Étienne Delaune, fils du tailleur d’habits de François 1er, nait à Milan vers 1519[1].

Il se forme en France, peut-être à Orléans puis exerce comme orfèvre et graveur de médailles à Paris (1551), à la Monnaie du Moulin, créée par Henri II.

Son adhésion à la Réforme contraint-elle Delaune à la discrétion ? A pratiquer en chambre, illégalement, puis, poursuivi, se tourner vers la gravure ? Ses premières estampes remontent à 1561. Il utilise les techniques du burin et de la taille-douce, ainsi que le pointillé inventé par l’Italien Campagnola[2].

Il grave des compositions allégoriques, mythologiques et des suites bibliques d’après des esquisses de Baptiste Pellerin, dessinateur lié au milieu des orfèvres parisiens.

Dans la mouvance des artistes italiens du chantier de Fontainebleau[3], Delaune va jouer un rôle éminent dans la diffusion du nouveau vocabulaire artistique composé de grotesques et rinceaux, habités de petits animaux et chimères.[4]

Ornemaniste prolixe du XVIe siècle : on lui attribue près de 450 estampes, généralement de petite taille, qui vont être utilisées comme modèles dans tous les domaines : arts du métal, orfèvrerie, médaille, armurerie, émaux peints sur cuivre des ateliers limousins, ainsi que pour la tapisserie et l’illustration de livres.

Delaune échappe au massacre de la Saint Barthélémy, mais il quitte Paris pour se réfugier à Strasbourg puis Augsbourg. Ce parcours le met en contact avec les graveurs germaniques à qui il emprunte la technique des gravures à fond noir, et contribue à la diffusion de ses estampes à travers toute l’Europe.

Delaune calviniste n’est certes pas l’angle d’attaque de l’exposition présentée actuellement au Musée national de la Renaissance à Ecouen, mais la foi de cet artiste transparait dans son itinérance à travers l’Europe et la diffusion internationale de son œuvre. Evoquant ses débuts parisiens, la gravure, L’atelier d’orfèvre, exécutée à Augsbourg en 1576, a valeur de témoignage, par la minutie de la description des outils, mais aussi en restituant l’atmosphère d’un atelier d’artisan où, toutes les générations travaillent côte à côte, l’apprenti à la même table que le maître, la tâche préparatoire de l’étirement des fils d’or confiée à un jeune apprenti. Tout en travaillant, souvent en famille, on parlait, confrontait ses idées, un enfant lisait la Bible à haute voix dans l’ambiance recueillie du travail manuel. Ainsi se propagea une nouvelle pratique de la foi dans les échoppes d’imprimeurs ou autour des métiers à tisser, relayée par les marchands voyageurs.

Delaune revint à Paris après 10 ans d’exil et disparut peu après vers 1583.Sa dernière gravure est un portrait d’Ambroise Paré (daté de 1582, conservé au Petit Palais, Paris), l’audacieux chirurgien protestant des rois de France.

Affiche de l'exposition : graver à la RenaissanceAu musée national de la Renaissance à Ecouen, jusqu’au 3 février 2020, l’exposition « Graver la Renaissance, Etienne Delaune et les arts décoratifs », rassemble des œuvres disséminées dans le monde entier.

 

 

par Christiane Guttinger

(Culture protestante, chronique mensuelle des Amitiés huguenotes internationales, diffusée sur France Culture, à 8 h 55, le 2 février 2020).

Bibl. Le catalogue de l’exposition (éd. RMN 2019), richement illustré, fait le point sur les dernières recherches.

Lire en particulier : Michèle Bimbenet-Privat, Etienne Delaune (1518/19-1583). Un orfèvre calviniste dans la France des guerres de religion ;

Guy-Michel Leproux, Baptiste Pellerin, « designer d’environ toute l’œuvre de Stephanus » ;

Julie Rohou, Stefanus Fecit : un orfèvre-graveur au service des arts du métal.

[1] Le catalogue de l’exposition fait le point sur les dernières découvertes concernant la biographie de Delaune, son lieu de naissance et le rôle d’inventeur des motifs du dessinateur méconnu Baptiste Pellerin, peintre et enlumineur parisien, actif à partir de 1549 mort en 1575.

[2] Giulio Campagnola (vers 1482 – vers 1515) graveur rattaché à l’école vénitienne.

[3] Dominée par les fresquistes Le Primatice, Luca Penni et Le Rosso Fiorentino.

[4] Inspiré du bolognais Marcantonio Raimondi (vers 1480-1534), et Hans Sebald Beham (Nuremberg 1500-Francfort 1550), illustrateur, dessinateur de vitraux et graveur allemand.

 

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