Gravure de Claude GoudimelIl est des artistes dont l’œuvre rayonne dans le temps sans que leur vie soit connue. C’est le cas de Claude Goudimel, dont les réformés chantent chaque dimanche les Psaumes.

Sa date de naissance déjà est incertaine, autour de 1520. Il est le fils d’un boulanger de Besançon, ville libre de l’Empire germanique et particulièrement aimée de Charles Quint. Notre chantre des Psaumes n’est donc pas un français de naissance. Il a reçu une éducation musicale et générale sans doute auprès de l’Eglise locale à laquelle il restera attaché puisqu’en 1554/55 il témoigne en faveur de l’archevêque de Besançon dans un procès.

Or, Claude vit déjà à Paris où il publie le 20 janvier 1549 ses premières compositions dans un ouvrage collectif

« 1er livre contenant XXV chansons nouvelles à quatre parties «

Ce recueil de chansons nous dévoile un artiste tourné vers une forme musicale bien précise et très à la mode : le chant à 4 voix que l’on pratique chez soi, entre amis. Beaucoup de compositeurs se dédient au chant a cappella et grâce à eux vont se définir les formes et les règles de genres emblématiques de la musique de ce temps, le Madrigal et le Motet. Dès ses premières publications de 1549 Goudimel apparaît comme un maître de la composition à 4 voix sur des textes profanes, chansons d’amour dépassant parfois allégrement la bienséance. Goudimel n’est pas un prude ! par ailleurs on ne lui connaît aucune famille ni aucun emploi, ni dans l’Eglise, ni à la Cour. A côté de son nom sera toujours imprimé le seul mot de COMPOSITEUR. C’est un artiste prolifique et à succès qui vit bien de son art et pour son art seul. On a dû souvent fredonner Goudimel dans les rues de ce temps…

Le premier livre est le début d’une série de 9 tomes publiés sur 3 ans, preuve que ses chansons plaisaient et que l’on chantait beaucoup à 4 voix. Une habitude générale qui se glissera naturellement dans le culte réformé.

Le 9 mars 1551 paraît le dernier tome cette série et le 6 août de la même année un « Premier livre contenant 8 Psaumes traduits par Clément Marot et mis en musique au long en forme de motet à 3, 4 ou 5 voix »

Quand s’est fait le passage de Goudimel à la Réforme, nul ne le sait mais on ne sent aucun effet de rupture dans sa création. Son style est le même quel que soit le thème traité. Le premier essai de mise en musique des Psaumes sera suivi par les « Amours de Ronsard », en collaboration avec d’autres compositeurs dont Clément Janequin.

Jusqu’à sa mort, Goudimel alternera ainsi publications profanes Page de garde édition1665et sacrées. En 1565 1566 il se consacre à l’énorme travail d’harmonisation à 4 voix des Psaumes, sur des mélodies contemporaines. On lui connaît en tout 4 versions différentes du Psautier dont une à l’harmonie simple, non pas écrite spécialement pour le culte mais pour être chanté « es maisons », avant ou après les repas, comme Goudimel l’écrit lui-même dans sa préface. Une autre version complète les voix par une accompagnement en contrepoint.

Au contraire de sa naissance, la fin horrible de Goudimel est parfaitement documentée. En août 1572, il se trouve malade à Lyon. Il écrit de là deux lettres à son ami poète allemand Melissus, les seules que nous lui connaissons, lui promettant de composer bientôt sur ses vers. Le pauvre Claude ne semble pas informé des massacres de la Saint Barthélémy. Deux jours plus tard, il sera mort lui aussi, victime des Vêpres lyonnaises du dimanche 31 août, égorgé et son cadavre jeté dans le Rhône.

(Culture protestante, chronique mensuelle des Amitiés huguenotes internationales, diffusée sur France Culture, à 8 h 55, le 6 juin 2020).

Page de garde de l’édition de 1665

 

par Isabelle Rousset

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