Sait-on qu’à l’origine des colonies de vacances figurent des personnalités protestantes qui, à partir de 1880 environ, mirent en place ces structures d’accueil destinées aux petits Parisiens défavorisés ?

 

Lors de vacances qu’il passe en Suisse en 1880, Edmond Cottinet,  philanthrope protestant – mais aussi auteur dramatique et poète- prend connaissance d’une innovation due au pasteur zurichois Wilhem Bion. Dans le contexte social difficile de la deuxième moitié du XIXe siècle, ce dernier réunit des enfants défavorisés pour des séjours à la campagne où ils vont pouvoir bénéficier des bienfaits du grand air, non pollué par les usines et les promiscuités des logements malsains. Convaincu des effets bénéfiques de ce régime, Edmond Cottinet qui fait partie des administrateurs de la Caisse des Ecoles du IXe arrondissement de Paris, persuade ses confrères.

Le principe de la colonie de vacances que prône Cottinet, privilégiant l’accueil collectif des enfants, reçoit un accueil favorable et se répand dans les autres arrondissements parisiens. Si bien qu’en 1890, dix neuf de ceux-ci (sur les vingt qui composent Paris) auront adopté ce système et organiseront, sous la conduite d’instituteurs et d’institutrices, pour les écoliers des classes populaires, des séjours de trois semaines à la campagne, véritables cures d’air, qui font pièce aux maladies habituelles des enfants soumis au rachitisme, à l’anémie, à la sous-alimentation et à la tuberculose.

 

Mais, dès 1887, toujours grâce à l’influence bénéfique d’Edmond Cottinet et à l’appui de Ferdinand Buisson, directeur de l’Education primaire, est mis en place un Comité parisien des Colonies de vacances, destiné à soutenir financièrement  ces dernières. Les plus célèbres personnalités politiques et littéraires s’y retrouvent avec Alexandre Dumas fils, Victor Duruy, le pédagogue Octave Gréard et bien d’autres. Grâce à cet appui efficace, le nombre des enfants bénéficiaires ne cesse de croître.

 

Parallèlement à l’action bénéfique d’Edmond Cottinet sur les instances municipales parisiennes, se met en place une organisation confessionnelle en faveur des colonies de vacances. Sous l’influence, cette fois indirecte, du pasteur Bion, et grâce au pasteur Théodore Lorriaux et sa femme Suzanne, se dessine peu à peu l’Œuvre des Trois Semaines, qui sera soutenue par Elise de Pressensé et son Œuvre de la Chaussée du Maine, dirigée par Alice Delassaux. En province, le pasteur Louis Comte développe le même type de colonies avec l’œuvre stéphanoise des Enfants à la Montagne.

 

Ces œuvres qui font partager aux enfants la vie des paysans tout en assurant des animations collectives, reposent sur un réseau local de notables protestants qui ont pour mission de sélectionner les familles d’accueil tout en exerçant une surveillance attentive. A Paris, Elise de Pressensé active aussi ses réseaux protestants de bienfaiteurs qui vont apporter les fonds nécessaires à son œuvre. Un des postulats des colonies protestantes est le principe de la liberté individuelle opposé à la structure collective, plus contraignante et donc moins épanouissante pour l’enfant. Il constitue une innovation pédagogique en avance pour son temps.

 

Mais aussi, inspirée par les convictions du philosophe fouriériste Victor Considerant, Elise de Pressensé veut développer une solidarité active entre ruraux et urbains, riches et pauvres. Edmond Cottinet partage lui aussi cette conviction en établissant un rapprochement entre écoliers d’origines sociales différentes : « En frappant à la porte du lycée Condorcet et du collège Rollin, nous ne voulions pas seulement l’argent, nous prétendions établir un lien entre des écoliers de conditions différentes » déclare-t-il.

 

Le principe de solidarité vient donc soutenir une œuvre qui, pour Edmond Cottinet, comme Elise de Pressensé, répond d’abord à des préoccupations d’hygiénisme et de bienfaisance avant d’être « subsidiairement » -comme le dit Edmond Cottinet- une œuvre pédagogique. A la fin du XIXe siècle, les priorités s’inverseront au profit des visées pédagogiques pour les près de 4% des élèves des écoles primaires parisiennes qui peuvent alors partir en colonies de vacances.

 

par Hélène Guicharnaud

(Émission du Comité Protestant des Amitiés Françaises à l’Étranger diffusée sur France Culture, à 8h55, le mai 2013).

 

Bibliographie : Laura Lee Downs, Histoire des colonies de vacances, de 1880 à nos jours, Paris, 2009.

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