Aujourd’hui, tout le monde s’accorde à penser que le scoutisme unioniste a joué un grand rôle dans la formation des cadres des Églises protestantes françaises au XXe siècle. Pourtant, jusqu’à présent nous ne disposions pas d’études historiques sérieuses sur le mouvement des Éclaireurs Unionistes. J’ai voulu tenter de remédier à cela en jetant les bases d’une histoire des Éclaireurs Unionistes. Et pour commencer je me suis intéressé, dans l’ouvrage intitulé l’Invention d’un scoutisme chrétien**, publié ce mois-ci, à cette période très mal connue et souvent dénigrée des toutes premières années du scoutisme : de 1911 à 1920. De son côté, le scoutisme féminin est aussi l’objet d’études portant sur la même période ***.

Quelques mots d’abord sur la naissance du scoutisme en Grande-Bretagne. Le fondateur Baden-Powell l’a conçu comme une méthode au service des organisations de jeunesse existantes. Les YMCA et les Boys Brigades ont fourni le cadre des premières expériences. Ce n’est que lorsque le scoutisme a pris de l’ampleur que Baden-Powell a pensé à le structurer en un mouvement indépendant.

En France, les Unions Chrétiennes de Jeunes Gens (UCJG, la branche française des YMCA) s’intéressent au scoutisme dès 1911. Plusieurs facteurs sont favorables à l’importation de la méthode. D’abord les unionistes sont férus de camping (ce qui est encore très rare à l’époque). Ensuite, les UCJG ont lancé des sections cadettes pour les jeunes de 10 à 17 ans. Mais ces sections ne fonctionnent pas bien. Le scoutisme arrive à point nommé pour leur donner une méthode et un programme adapté aux jeunes garçons.

Entre 1911 et 1914, la plupart des sections cadettes vont se transformer en troupes d’éclaireurs sous l’impulsion du secrétaire général des UCJG : Samuel Williamson.

Les premières années des Éclaireurs Unionistes sont encore très marquées par les habitudes des Unions Chrétiennes. Dans le domaine du camping, mais aussi dans le domaine spirituel. Les troupes ÉU pratiquent souvent un mélange des habitudes des sections cadettes et des prescriptions de Baden-Powell. Le scoutisme unioniste des années 1911 à 1914 forme un ensemble assez hétérogène. Toutefois, la méthode se précise peu à peu et la direction des ÉU élabore – surtout à partir de 1913 – un cadre théorique qui va définir les caractéristiques du scoutisme unioniste masculin : les Éclaireurs Unionistes s’affranchissent des UCJG en affirmant la spécificité éducative du scoutisme (hérité des pédagogies nouvelles) et ils se démarquent du scoutisme laïc qui naît en même temps en affirmant leur caractère chrétien.

La Première Guerre Mondiale intensifie ce mouvement. Les membres des UCJG sont mobilisés et les Unions sont la plupart du temps suspendues. Les troupes ÉU, en revanche, maintiennent leurs activités, sous la direction de très jeunes chefs. Pour survivre, le mouvement ÉU se centralise sous l’autorité de Jean Beigbeder – jeune chef de 20 ans qui a été réformé à cause de ses yeux et qui prend le poste de Commissaire national par intérim. La précision de la méthode et de l’organisation du scoutisme unioniste se poursuivent – tant et si bien qu’à la fin de la guerre, au moment ou la première génération de chefs est démobilisée, ceux qui leur ont succédé demandent et obtiennent la fondation d’une association indépendante des UCJG. Le Mouvement des Éclaireurs Unionistes de France est fondé en décembre 1920.

Parallèlement au déclin de l’influence des UCJG, le poids des Églises protestantes se renforce. La méthode achève de se perfectionner, les louveteaux font leur apparition, ainsi que les éclaireurs marins. Progressivement apparaissent les traits du scoutisme plus classique et mieux connu de l’entre-deux-guerres.

(Emission du Comité Protestant des Amitiés Françaises à l’Etranger, diffusée le dimanche 2 novembre, à 8 h 25, sur France-Culture)

par Arnaud Baubérot *
« La Lettre » N°20 de Novembre 1997

* Né en 1969, Arnaud BAUBEROT est agrégé d’Histoire, professeur dans un collège de la région parisienne et chargé de cours à l’Université de Paris XII-Val de Marne. Le sujet de ce livre a fait l’objet de son mémoire de Maîtrise d’Histoire ; il prépare actuellement une thèse sur le mouvement naturiste en France de la fin du XIXe siècle à la Seconde Guerre mondiale. Louveteau, puis éclaireur, chef louveteaux , chef éclaireur à l’Oratoire-du-Louvre, il a fondé et dirige une troupe d’éclaireurs Unionistes à Noisy-le-Grand.

**A. Baubérot, L’Invention d’un scoutisme chrétien, les éclaireurs unionistes de 1911 à 1921, Ed. les Bergers et les Mages, 47 rue de Clichy, 75009 Paris, 1997.

*** Anne-Sophie FAULLIMMEL, Les Origines de la Fédération française des Eclaireuses, 1912-1927, Mémoire de Maîtrise, Université de Paris IV, 1995.

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