Les 400 ans du siège de Montauban (Lettre 67)

par Hélène GUICHARNAUD

La ville de Montauban s’apprête à célébrer un événement qui a fait date dans la mémoire collective de ses habitants : le siège mis devant elle par Louis XIII en 1621, il y a donc exactement 400 ans.

Cet événement prend place dans le cadre des tentatives du jeune roi (il est dans sa 20e année) pour mater et reprendre les régions protestantes du sud-ouest, au premier chef, le Béarn. Le 13 octobre 1620, les troupes royales entament cette tentative de reconquête.

En janvier 1621, se tient à La Rochelle, dans l’illégalité, l’assemblée protestante qui organise la résistance à ces nouvelles hostilités.

A Montauban, le premier consul (les consuls gouvernent la Ville), Jacques Dupuy, jeune (il a une trentaine d’années), énergique et clairvoyant, organise la cité en prévision d’un siège qu’il prévoit inévitable. Il stocke des vivres, engrange des armes et des munitions.

Sur le plan militaire, le duc de La Force (qui avait échappé à la Saint-Barthélemy), assisté de ses fils et de Montbrun Saint-André, renforce les fortifications, équipe la ville en prévision d’un siège.

Le 18 juin Rohan, dans un vibrant discours qu’il prononce dans le temple après le prêche, enflamme les auditeurs.

En effet, la menace se rapproche. Depuis le mois de mai, une partie des troupes royales s’est emparée de bourgs et villages du Montalbanais. Deux villes protestantes de l’actuel département du Lot et Garonne sont assiégées par le roi : Nérac tombe le 13 juillet ; Clairac le 4 août.

C’est le 21 août que, fort de ces succès, Louis XIII, à la tête de ses troupes, met le siège devant Montauban.

Son armée royale se compose de 20 000 hommes avec 38 canons. A sa tête, Lesdiguières, le favori du roi de Luynes, le duc de Mayenne qui trouvera rapidement la mort. De son côté, Montauban compte environ 6 000 soldats des troupes huguenotes, 40 pièces sur roues, 32 couleuvrines.

Le siège se déroule dans des conditions aussi dures pour les assiégés que pour les assiégeants. Très rapidement, ces derniers connaissent de fortes pertes humaines. L’armée royale pilonne le clocher de l’église Saint-Jacques, transformé en tour du guet et qui en porte encore les traces. La légende veut qu’elle ait, en un seul jour, envoyé 400 boulets par 400 coups de canon. De là vient l’expression « faire les 400 coups » qui a dérivé vers une acception plus pacifique.

A l’intérieur des remparts, les habitants, stimulés par les prêches et prières des pasteurs, sont survoltés. Tous, vieillards, femmes, enfants participent activement à la défense. Plus long est le siège, plus déterminée est la résistance. La peste se met dans le camp royal, faisant de nombreuses victimes. Des tentatives de conciliation échouent. Le 13 novembre, après trois mois de siège infructueux, le roi se décide à lever le camp, laissant environ 16 000 hommes morts devant la ville.

En septembre prochain, la ville de Montauban commémorera cet épisode central de son histoire avec des manifestations populaires, un colloque interacadémique, une controverse religieuse – mais pacifique ! -, un concert de l’orchestre baroque « Les Passions » qui donnera, entre autres, des psaumes de la Réforme et, petit clin d’œil à l’histoire, un ballet inédit de M. de Luynes.

(Culture protestante, chronique mensuelle des Amitiés huguenotes internationales, diffusée sur France Culture, à 8 h 55, le 2 mai 2021).Gravure du siège de Montauban

Le siège de Montauban, détail d’une gravure allemande

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