Dans la famille Bost il n’y a pas seulement John, même si, cette année, on fête le bicentenaire de sa naissance. Un musée, sous le nom de « Maison John et Eugénie Bost« , a été inauguré à La Force et une exposition itinérante, sur la famille Bost, circule dans les paroisses qui la demandent. On peut la voir actuellement à Paris, à la Bibliothèque du Protestantisme, 54 rue des Saints-Pères.
A l’occasion de cet anniversaire, le projecteur a été braqué sur d’autres membres de la famille Bost, frères de John ou leurs descendants. C’est d’ailleurs l’objet d’un livre qui vient de sortir chez Labor et Fides sous le titre LA SAGA BOST. Il pourrait avoir comme sous-titre : destin huguenot, dynastie française, diaspora mondiale. Car, si sur les dix fils d’Ami Bost, le père de John, cinq sont restés en France, tous les cinq pasteurs, d’ailleurs les cinq autres ont des descendants éparpillés, de l’Ecosse à l’Australie ou à la Californie.


Ces derniers sont les descendants du neuvième fils, Théodore, parti pour les Etats-Unis à 17 ans, pour y faire fortune, comme tout émigrant en rêvait… Ce qu’il a vécu, ses espoirs, ses échecs, sa foi profonde, son amour pour sa famille restée en Europe, tout cela nous est connu grâce aux lettres qu’il écrivait à ses parents et à sa fratrie. Une bonne partie de cette correspondance a été publiée chez Hachette sous le titre : « Les derniers puritains, pionniers d’Amérique ». Théodore a connu de multiples petits métiers typiques de la Frontière. Il a été tout à tour instituteur-missionnaire, professeur de français, colporteur (pour une Société biblique), pêcheur, ouvrier sur un chantier routier (d’ailleurs trompé par un escroc qui ne payait pas ses ouvriers), vendeur de bois, un temps fermier, exploitant un lopin de terre au cœur du Middle West, dans le Minnesota. Il vit alors dans une cabane en rondins, plus que rudimentaire. C’est là qu’il accueille enfin, en 1858, sa fiancée, Sophie Bonjour, la jeune fille suisse de 23 ans qu’il n’avait jamais vue et qu’il attendait pour partager sa vie. Ils eurent six enfants. Sophie ne reverra jamais ni l’Europe, ni sa famille. Théodore, lui, oui, lors d’un voyage qu’il fit en 1870/1871.

La mise en valeur de sa terre se révélant plus que décevante, Théodore se lance dans de nouveaux métiers, apiculteur, boutiquier, avant de partir pour la Californie, en 1887. Malgré ses déboires, il garde une confiance inébranlable en Dieu, il lit quotidiennement la Bible … ainsi que la « Feuille religieuse du canton de Vaud »…! Il s’était fait américain pour faciliter ses démarches administratives, mais sans conviction, trouvant les Américains trop matérialistes : « Ô Amérique, terre où l’on ramasse de l’argent à pleines mains, tu es plus faite pour les coquins que pour les chrétiens ! », s’était-il écrié. Théodore Bost qui n’a jamais ramassé l’argent à pleines mains, peut être vu comme un contre-exemple du rêve américain !

par Gabrielle Cadier-Rey

 

(Chronique mensuelle des Amitiés huguenotes internationales (anciennement Comité protestant des amitiés françaises à l’étranger), diffusée sur France Culture, à 8 h 55, le 6 août 2017).

Bibliographie :
Théodore Bost et Sophie Bonjour, Les Derniers Puritains Pionniers d’Amérique 1851 -1920 Lettres, Hachette, 1977, 436 p. ill.
Laurent Gervereau et Patrick Cabanel (ouvrage collectif sous la direction de), La saga Bost Des dragonnades à Renaud, XVIIIème-XXème siècle, Labor et Fides, 2017, 35€

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