Combien de huguenots s’exilèrent-ils à Londres à l’époque de la Révocation de l’Edit de Nantes ? Ils auraient été entre 20 000 et 25 000 au début du XVIIIe siècle !

Un récent colloque a évoqué cet héritage : des personnalités marquantes comme celle du pasteur Daniel Chamier, de scientifiques comme Papin, médecins comme Chamberlen l’inventeur des forceps, ou l’acteur shakespearien David Garrick.

Une charte accordée par le roi Edouard VI en 1548 par le roi Edouard VI au réformateur polonais Johann a Lasco pour l’établissement d’églises étrangères, facilita la fondation d’églises réformées françaises. Les plus importantes furent celle de Savoy dans le quartier de Westminster, et de Threadneedle Street dans la City.

Le faubourg de Spitalfields attira les artisans de la soie et de la mode. Tisserands, tailleurs, chapeliers, modistes, perruquiers, merciers, tapissiers, fabricants de mouchoirs et d’éventails développèrent leur industrie de pair avec toute une économie du quotidien et des métiers de bouche (vins, fromages, pain). Des rues anciennes -comme Fleur de Lys Street ou Elder Street, la rue des Anciens- évoquent encore ces huguenots.

Les plus prospères créèrent pour la main d’œuvre ouvrière, souvent misérable, des caisses de solidarité et des écoles.

photo de l'

Ancien temple de l’Artillerie(Sandys Row)

 

Ils firent édifier une trentaine de temples. Certains subsistent, mais leur changement de destination témoigne de l’assimilation des Huguenots et des vagues successives d’immigration qu’a connu Londres : la dernière ← synagogue de Spitalfields occupe l’ancien temple de l’Artillerie (Sandys Row) ; un temple de Brick Lane précédé d’un minaret d’aluminium est devenu mosquée, après avoir été synagogue, un autre utilisé un temps par des baptistes, puis des méthodistes (Hanbury Street), abrite de nos jours un marché de vêtements d’occasion…

Pour les huguenots, se posa au XVIIIes la question de rester dans la non-conformité des églises protestantes non anglicanes (églises réformées françaises, mais aussi Quakers et baptistes) … ou d’opter pour la conformité, c’est à dire intégrer l’église anglicane… ce qui donnait accès aux droits civiques et commerciaux, ainsi qu’à l’aide pécuniaire royale (royal bounty).

Les collections du Victoria and Albert Museum conservent de riches témoins de l’industrie huguenote. Les soieries, les porcelaines de Chelsea et de Derby, la verrerie, l’horlogerie Aiguière en argentdoivent beaucoup au « savoir faire » huguenot, mais un des domaines où ils semblent avoir excellé est celui de l’argenterie.

Comme les architectes, les portraitistes ou le sculpteur Roubillac, les orfèvres travaillèrent pour les plus grands. Selon le goût du client, leur style allait du classique élégant au rococo surchargé. Quelques formes (comme les aiguières en forme de casque renversé) et des techniques d’applications en relief leur étaient propres.

 

Certains s’imposèrent dans le négoce. A sa création le premier Gouverneur de la Banque d’Angleterre, le wallon John Houblon, s’entoura de six directeurs huguenots ou wallons d’origine française.

Les idées nouvelles et les découvertes se discutaient dans des cafés (comme le Slaughter’s Coffee House) et des loges maçonniques fréquentés par de nombreux huguenots.

 

De nos jours cet héritage est encore perceptible à Londres :

La maison de retraite, le French protestant Hospital de La Providence (de nos jours à Rochester, Kent) perpétue sa mission auprès des descendants de Huguenots âgés.

La Huguenot Society of Great Britain and Ireland, par ses publications, conférences et visites s’efforce de faire connaître l’histoire huguenote.

A la famille Courtauld qui fit fortune dans le textile puis la chimie, Londres doit une magnifique collection et un des plus grands centres mondiaux d’étude et de conservation d’art et d’architecture.

 

Photographie de l'église protestante française de Londres

Eglise protestante française de Londres

Enfin, l´Eglise protestante française de Londres, installée à Soho Square depuis 1893, accueille toujours une communauté vivante où la diversité francophone et les expatriés se retrouvent au culte le dimanche. (www.egliseprotestantelondres.org.uk)

 

par Christiane Guttinger

(Émission du Comité Protestant des Amitiés Françaises à l’Étranger diffusée sur
France Culture, à 8h55, le  3 mars 2013)

 

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Du 8 au 20 avril 2013, un festival soutenu par la Huguenot Society a animé le quartier de Spitalfield, avec culte à Christ Church, visites guidées, conférences, hommage à Anna Maria Garthwaite (1690-1763) descendante de huguenots, qui dessina de nombreux motifs de soieries destinées à la décoration et l’habillement.

 

Bibliographie :
Tessa Murdoch and Randolph Vigne, The French Hospital in England : Its Huguenot History and Collections, 2012, broché, 128 pages, c.120 illustrations en couleur. £30/US$60/AUS$90, Bulletin de commande à envoyer à : John Adamson Publishing, 90 Hertford Street, Cambridge CB4 3AQ, Royaume Uni / E-mail : jpap@netcomuk.co.uk

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