Vauban et les huguenots

Vauban

À l’occasion du troisième centenaire de sa mort, Vauban a été sacré “ homme de l’année”. Et la France a proposé à l’UNESCO l’inscription au patrimoine mondial de 14 sites : 13 forteresses qu’il a construites et son château de Bazoches, à 6 km de Vézelay.

Ce n’est pas de ce Vauban-là que nous allons parler ce matin, mais de celui qui osa, d’abord en 1687, soit deux ans après la Révocation de l’Édit de Nantes, puis de nouveau en 1689, envoyer à Louvois un Mémoire pour le rappel des Huguenots. A une époque où tout le monde, la Cour, la Ville, louait Louis XIV d’avoir révoqué l’Édit de Nantes, Vauban est pratiquement le seul à aller à contre-courant et à demander que le roi rappelle les Huguenots. Quelles raisons donne-t-il ?

En 1689, la France est de nouveau en guerre. Elle a contre elle toute l’Europe, les pays catholiques comme les protestants. Or, Vauban estime que ce sont 80 à 100 000 Huguenots (il n’emploie jamais que ce nom-là) qui ont fui la France. Les premières raisons qu’il donne sont militaires : voilà 8 à 9000 marins, 10 à 12 000 soldats bien aguerris, 5 à 600 officiers perdus pour la France et qui sont partis renforcer les armées de ses ennemis. Aujourd’hui, on pourrait penser qu’ainsi ces protestants ont trahi leur pays. En fait, dans la mentalité de l’époque, ils se sont sentis déliés de leur devoir d’obéissance envers le roi puisque celui-ci avait trahi son serment en révoquant un édit que son grand père Henri IV avait dit irrévocable.

A ces raisons militaires, Vauban ajoute des raisons économiques : ces Huguenots ne sont pas partis les mains vides. Bien sûr, certains ont emporté des fonds, mais surtout leur savoir-faire. Et la conséquence est, pour la France, un appauvrissement des métiers d’art et des manufactures que Colbert avait développés. Désormais ces artisans vont mettre leur habileté au service des pays étrangers concurrents. Comment effectivement ne pas penser à l’accueil que leur fit le Grand Électeur de Brandebourg ?

Et là, on en arrive aux raisons politiques qu’avance Vauban. Quand la guerre actuelle va finir, lors des discussions du Traité de paix, les puissances étrangères risquent d’imposer au roi leurs conditions, et parmi elles, de rétablir l’Édit de Nantes. Il vaut donc mieux que le roi prenne les devants pour s’attirer la reconnaissance des Huguenots et les détacher des princes protestants. En fait, on sait aujourd’hui que ces princes étaient bien trop satisfaits de cette arrivée des Huguenots pour demander leur départ !

Enfin, les dernières raisons que donne Vauban sont religieuses : Vauban est sincèrement catholique, mais aussi gallican et anticlérical. Quand il sillonnait la France du sud, notamment quand il a travaillé au Canal du Midi, il a vu les conséquences de la Révocation sur les populations. Il a été scandalisé par les conversions forcées et surtout par les communions forcées. Et il écrit : « La contrainte n’a jamais produit que des relaps, des impies, des sacrilèges de ce que nous avons de plus saint.» Et il ajoute : « La violence est un méchant moyen de remettre un homme de cœur à la raison.» En plus c’est inutile puisque les persécutions ne font que conforter les persécutés dans leurs sentiments. Et il donne comme exemple la Saint-Barthélemy après laquelle le nombre de protestants avait augmenté. Il va même jusqu’à penser que deux religions qui se concurrencent c’est bien et il dit : « Il n’y a qu’à remonter jusqu’au règne de François Ier et voir ce que c’étaient que les ecclésiastiques de ce temps-là, leurs mœurs et leur doctrine.» En écrivant cela, Vauban va contre l’opinion commune qui était celle de l’uniformité religieuse dans un même pays, selon le principe cujus regio, ejus religio.

Vauban n’a pas convaincu Louvois, le ministre de la guerre. Louvois n’a sans doute jamais parlé de ce mémoire au roi. On ne le connaît que parce que Vauban l’a fait recopier et l’a joint aux autres mémoires manuscrits qu’il a écrits, sur divers sujets d’économie et de démographie. Ce mémoire a été réédité par La Cause, et LibreSens, le Bulletin du Centre Protestant d’Etudes et de Documentation , en a fait une présentation historique et une longue analyse dans son numéro de juillet-août dernier.

(Emission du Comité Protestant des Amitiés Françaises à l’Etranger, diffusée sur France-Culture à 8h25, le dimanche 7octobre 2007.)
par Gabrielle Cadier-Rey
Lettre N°40

Bibl. VAUBAN, Mémoire pour le rappel des huguenots, La Cause, 2007, 9 €.

Exposition Vauban, bâtisseur du Roi Soleil, Paris, Cité de l’architecture et du patrimoine, Paris, 1 pl. du Trocadéro, jusqu’au 5 février 2008.

Une Réponse à “Vauban et les huguenots”

  1. lily lefevre dit :

    Vouloir effacer le passé, réduire et aliéner un cimetière familial de plus de 200 tombes tel que celui des huguenots à NIEULLE SUR SEUDRE (17600)( voir le journal du SUD-OUEST du 16 aout 2013)pour des intérêts financiers avec celui de nos voisins qui se trouvaient au conseil municipal en 1994, dont certains le sont toujours Y compris le maire (LAGARDE) avec un géomètre corrompu (bayou) sans nous informer puisque l’on avait pas juridiquement à le faire (sic)
    Je m’interroge si cela avait été un cimetière catholique voir juif, l’impact des médias auraient donnés. Ainsi, force est de constater avec la complicité de l’Etat notre bien a été réduit de 25% (les sentiers en périphérie et le terrain sur l’arrière ou nous pensons qu’il y a des tombes du 15ème siècle!
    Le jugement sera rendu au tribunal d’instance de ROCHEFORT le 8 janvier 2014
    Comment peut-on faire cela dès lors que la mémoire collective, l’histoire, le symbole ne s »achètent pas. Comment peut-on laisser faire de telle chose. Le mal existe, mais les gens qui savent , qui connaissent et laissent faire, CE SONT EUX LES RESPONSABLES la responsabilité doit être collective, mais aussi la défense de notre bien que nous avons hérité par des générations de PASTEURS ILLUSTRES.
    Les seuls droits que nous avons c’est d’avoir demandé un bornage car nous n’avons pas de délais. Le cimetière exclu du remembrement avec leurs sentiers sont inaliènables et incessibles (jurisprudence constant depuis avril 1938)
    la propriétaire: lily lefevre

Laisser un commentaire