Maison d’oraison

Maison d’oraison de Maine Geoffroy (Cliché Martel)

A l’automne 1755, Jean-Louis Gibert[1], pasteur au Désert, s’enhardit à installer des maisons d’oraison en Saintonge. A la fin de l’année 1756, elles étaient une trentaine. Si l’administration royale laissa faire en Saintonge, elle les fit démolir en Périgord, en Cévennes et en Poitou. Ces faits sont plutôt méconnus.

Que s’est-il donc passé en 1755, Louis XV régnant et interdisant toujours la R.P.R., la religion prétendue réformée, et la construction de temples ?

On sait que pour écouter la parole de Dieu, les fidèles se réunissaient clandestinement dans les bois et les endroits écartés, et que ces cultes, considérés comme séditieux, étaient constamment dénoncés et les participants poursuivis.

Le cévenol Jean-Louis Gibert, arrivé en Saintonge en 1751, n’échappe pas à cette situation. Ce pasteur de trente ans, au tempérament ardent, est un homme intrépide, doué d’une force de conviction peu commune. Il est sans cesse en mouvement et déploie une activité inlassable à travers toute la Saintonge et le Périgord. Il échappe toujours aux recherches. Bien que condamné à mort par contumace par l’intendant de La Rochelle où il est brûlé en effigie, il parvient néanmoins à réorganiser les églises réformées.

A l’automne 1755, après mûres réflexions et prières, sentant que le prédicateur se lasse, il ose un acte fou. Il achète une grange à Breuillet, près de Royan. La vide. Y place des bancs et une chaire afin que les fidèles puissent y écouter la Parole et sanctifier le jour du Seigneur. D’autres suivront, notamment dans les villages écartés des environs. Les curés dénoncent la construction de « temples ». L’administration royale enquête, interdit, mais n’agit pas, sauf à Breuillet où la Maison d’oraison est brûlée, mais aussitôt réinstallée à l’autre bout du bourg.

Pourquoi l’administration royale accepte-t-elle en Saintonge ce qu’elle refusera partout ailleurs ? Sauf dans le Comté de Foix, au statut si particulier.

Il existe de fortes présomptions politiques. En effet, les premières maisons d’oraison voient le jour à la veille de la guerre de sept ans, et les Anglais tentent de s’installer dans les îles. Le littoral de Saintonge maritime est une frontière à défendre. Plus de la moitié des marins sont protestants, et, à Rochefort, l’amirauté royale craint que les marins protestants désertent et passent à l’ennemi. Persécutions et brimades cessent. Ils resteront fidèles au roi et se feront remarquer par leur bravoure. Le Maréchal de Sénecterre en rendra compte à Versailles.

Les Maisons d’oraison de Saintonge resteront debout. Ailleurs, elles disparaîtront. Aussi, peu à peu, les fidèles s’enhardiront à les appeler temples.

Hélas ! La majorité de ces Maisons d’oraison étaient de piètre qualité et, après 1815, les communes ont préféré construire un temple neuf plutôt de restaurer des bâtiments vétustes, en train de s’écrouler. Nous en connaissons encore trois, devenus maisons particulières.

Une exception. La Maison d’oraison de Maine Geoffroy, qui, du fait du bombardement de 1945, est devenue l’édifice public le plus ancien de Royan après l’Eglise Saint-Pierre. Elle est affectée à l’Eglise Réformée qui l’a mise à la disposition d’une église membre de la Fédération Protestante pour son culte dominical.

Aujourd’hui, ces Maisons d’oraison, dûment répertoriées lorsqu’elles sont encore debout, appartiennent donc au patrimoine protestant qui est d’autant plus précieux qu’il est rare.

Celles et ceux qui souhaitent en savoir davantage trouveront des renseignements complémentaires soit dans le Guide du protestantisme charentais qui vient de sortir à Geste Editions, soit sur le site Internet de la Maison du Protestantisme charentais : http://parpaillot@free.fr/mpc/

(Emission du Comité Protestant des Amitiés Françaises à l’Etranger, diffusée sur France-Culture le dimanche 4 juin 2006, à 8h25)

par le pasteur Robert Martel

Lettre N°37

*

Le 23 avril 2006, à l’occasion de la sortie du Guide du protestantisme charentais qui fait suite au Guide du Poitou protestant, aux éditions Geste, plusieurs associations oeuvrant pour la mémoire et le patrimoine protestants du Sud Ouest ont organisé un forum, avec différents stands, dans la salle des fêtes d’Arvert (Charente-Maritime) : le Musée du Bois Tiffrais (Vendée) ; les Amis du Musée rochelais de l’histoire du protestantisme ; la Maison du protestantisme poitevin ; Poitou – Saintonge – Protestants ; la Maison du protestantisme charentais; Sauvegarde des cimetières familiaux ; les Amis du temple de Saintes ; le Comité du cinquantenaire du temple de Royan. A la suite de promenades dans le bourg et la Maison d’Oraison d’Arvert, et à Etaules, M. Philippe Caviglioli fit une conférence sur l’Histoire de la presqu’île d’Arvert aux XVIe et XVIIe siècles. Deux associations de généalogie ont montré au grand public l’importance de cette discipline pour la mise en valeur du patrimoine : Le Cercle généalogique de Saintes qui a saisi sur informatique l’état civil de nombreuses communes de Saintonge et le CDIP qui a mis l’outil informatique au service de la généalogie : son imprimante permet de sortir des documents de 60 cm de large sur la longueur voulue ( www.guide.genealogie.com/)

Summary : PLACES OF WORSHIP IN SAITONGE by pastor Robert Martel

In 1756, places of worship were set up in Saintonge, Périgord, the Cévennes and Poitou. But why were those of Saintonge the only ones to survive? It was because, at the beginning of the Seven Years War against the English, Louis XV feared that the sailors, (half of whom were protestant), living in the frontier town of Saintonge, might defect to the enemy. However, this did not happen and in the meantime, the places of worship were not demolished. Today, few of them remain and many have been replaced by new churches.


[1] A la fin de l’année 1751, Louis Gibert récemment consacré au « saint Ministère pastoral », et arrivant du séminaire de Lausanne obtint du synode des Cévennes « d’évangéliser » la région de Saintonge, Angoumois et Périgord.

Bibl. Daniel BENOIT : Les frères Gibert, deux pasteurs au désert et du refuge, aux éditions : Le Croît vif, 2005. La réédition de cette biographie comporte une préface du pasteur Denis Vatinel et une postface de Robert Martel.

Une Réponse à “Les maisons d’oraison en Saintonge”

  1. MARTEL Robert dit :

    Mes recherches sur les maisons d’oraison m’ont conduit à écrire un article dans le Bulletin de la Sté D4histoire et d’archéologie de Saintonge maritime paru en 2104 pages 22 à 24. Il est plus complet et rectifie un erreur sur la maison d’oraison de Maine Geoffroy (Royan).

Laisser un commentaire