plaque de la rue ViscontiLes commémorations de cette année Calvin ont un peu éclipsé le 450ème anniversaire du premier synode protestant, tenu à Paris, du 25 au 29 mai 1559.

Ce 1er synode s’est réuni clandestinement, rue des Marais-Saint-Germain, actuelle rue Visconti, située entre l’abbaye Saint-Germain des Prés et la Seine. Située hors les murs de Philippe Auguste ceinturant Paris, et de l’enceinte de l’abbaye de St-Germain des Prés, elle fut surnommée « La petite Genève », en référence aux nombreux réformés qui y habitaient discrètement. Rappelons aussi que l’abbaye St-Germain des Prés peut être considérée comme le berceau du protestantisme français car Lefèvre d’Etaples y commença sa traduction de la Bible en français et attira un large public à ses leçons.

La rue Visconti aujourd'hui

La rue Visconti aujourd'hui

1559 correspond à la douzième et dernière année du règne d’Henri II[1] sous lequel la Réforme s’est considérablement développée dans toute la France, en dépit d’une sévère répression[2] condamnant les hérétiques au bûcher, et l’exil des Huguenots vers Strasbourg et Genève.

Dans un premier temps, une assemblée se réunissait informellement pour prier, lire la Bible, chanter des Psaumes, constituant une église plantée. A partir de 1555, selon le modèle genevois, l’étape suivante était celle de l’église dressée, dotée d’un conseil d’anciens et d’un pasteur qui pouvait administrer les deux sacrements reconnus par les réformés : la Cène et le Baptême.

La première église dressée à Paris, le fut en 1555, dans cette même maison de la rue des Marais. La famille de La Ferrière refusait de faire baptiser un nouveau né par un prêtre. Le père demanda alors à la communauté protestante qui se réunissait là, de désigner des anciens qui élirent l’un d’entre eux comme ministre de la Parole de Dieu. Ils choisirent Jean Le Maçon de Launay, dit La Rivière, un jeune étudiant en droit de 22 ans, passé par Genève et Lausanne, qui devint ainsi le premier pasteur de Paris et baptisa cet enfant. La tenue du synode à Paris, révèle aussi l’importance du protestantisme parisien.

Le synode se réunit chez un protestant nommé Le Vicomte qui tenait une auberge à double issue, à l’actuel n°4 rue Visconti. Les actes du synode ne nous sont malheureusement pas parvenus, mais on sait qu’il fut présidé par François de Morel, pasteur revenu en France après avoir passé 2 ans à Genève, et qu’environ 72 églises locales « dressées » dans toute la France y étaient représentées par des pasteurs ou des anciens[3].

Calvin, alors à Genève, se montra très réticent quant à l’opportunité d’une telle réunion, la trouvant trop dangereuse ; elle s’organisa en dehors de lui, mais reprit les idées de l’Institution chrétienne publiée en 1541.

Le synode constitutif de 1559 affirme la doctrine réformée par une confession de foi connue sous le nom de Confession de Foi de la Rochelle et met en place l’organisation de l’église ou « Discipline ». Selon celle-ci, chaque église locale indépendante, composée d’un pasteur et d’un corps d’anciens se réunit en consistoire, puis en synode provincial et en synode national. L’enregistrement des baptêmes et des mariages doit être consigné dans des registres. Ce régime presbytérien-synodal, où les anciens sont appelés maintenant conseillers presbytéraux est toujours en vigueur dans l’Eglise Réformée de France. Toute hiérarchie ecclésiale est écartée ; l’église est l’assemblée des croyants, le pasteur le gardien du troupeau et la Bible permet seule de découvrir les vérités de la Foi.

La confession de foi élaborée à Paris est ratifiée 12 ans plus tard, en 1571 par le synode de La Rochelle[4], et alors largement diffusée par les imprimeurs. Ce synode contraste avec le synode clandestin de Paris. Il est surnommé le « synode des princes », présidé par Théodore de Bèze venu de Genève, sous l’égide de la reine Jeanne de Navarre, de son fils le futur Henri IV, du prince Henri de Condé et de son cousin l’amiral Gaspard de Coligny[5]. Le protestantisme est alors ouvertement reconnu mais la Saint Barthelemy surviendra l’année suivante en 1572

(Émission du Comité Protestant des Amitiés Françaises à l’Étranger diffusée sur
France Culture, à 8h25, le dimanche 6 décembre, 2009)

par Christiane Guttinger

Lettre N°44

Bibliogrphie :

Denise Hourticq, Robert Lecomte, Pierre Poujol, Le Paris protestant du XVIe siècle à nos jours, 1959.

Emile G. Léonard, Histoire générale du protestantisme, P.U.F. 1988, t.II, chap. 3.

Encyclopédie du protestantisme, Ed. Cerf-Labor et Fides, 1995.

Summary : THE FIRST NATIONAL PROTESTANT SYNOD HELD IN PARIS IN 1559

by Christiane GUTTINGER

The 450th anniversary of the first protestant synod which took place in Paris from May 25. to 29. 1559 was somehow overshadowed by the celebration of the Calvin year. This was a clandestine meeting in the rue des Marais St. Germain (now rue Visconti), between the St. Germain-des-Prés abbey and the river Seine. The district was soon to be called ‘The small Geneva’ referring to many refugees who lived there half hidden: cellars communicated from one house to another making their escape easier if necessary. St. Germain-des-Prés was the birthplace of French Protestantism, as Lefèvre d’Etaples began his translation of the Bible in the abbey, and a large audience were attracted to his teaching.

1559 was the last year of Henri II’s reign, during which the Reformation had a considerable development in the whole of France despite a strong repression condemning the heretics to be burnt at the stake, and in spite of the massive exile of the Huguenots to Strasburg and Geneva.

It began with informal meetings to read the Bible, pray together and sing psalms; this was called a ‘plantée’ church. From 1555 on, following the Geneva example, the next step was a ‘standing’ church, with a council of elders and a minister who could give the two sacraments accepted by the Reformed church: Holy Communion, and Baptism.

The first ‘standing’ church in France was in Paris in 1555, in the same rue des Marais. The synod met in the same street at a protestant’s house which had an escape door. We do not have the proceedings of the synod, but we know that it was presided over by François de Morel, a minister who stayed two years in Geneva. Some 72 ‘standing’ local churches from all over France were represented by their elders or their ministers. Calvin who was in Geneva did not favour at all such a reunion, because of the danger; it was organised without him, but it took up the ideas of ‘The Christian Institution’ edited in 1541.

The synod claimed their confession of faith and set up the organisation of the church which they called ‘Discipline’. Accordingly each independent local church with a council of elders and a minister met in a ‘consistoire’, a province synod, and a national synod. Baptisms and marriages were registered in a church book. This ‘presbyterian-synodal’ organisation is still working in the Reformed Church of France (the elders are called now ‘conseillers presbytéraux’). No church hierarchy; the congregation of believers makes the church, the minister is the shepherd of the herd and the sole Bible helps to discover the truth of the Faith.

The synod of La Rochelle took place in 1571, confirming the confession of faith widely known thanks to the printers. It was called the ‘synod of the princes’, presided by Theodore de Bèze coming from Geneva with the Queen Jeanne de Navarre, her son the future King Henri IV, admiral de Coligny and prince Henri de Condé (son of Louis). Protestantism was then openly acknowledged.

The Saint-Bartholomew massacre however took place in the following year, in 1572.


[1]Il meurt le 10 juillet 1559  des suites d’une blessure à l’œil lors du tournoi des Tournelles

[2] L’édit de Compiègne du 27 juillet 1557 permet de tuer sans jugement tout protestant en fuite ou révolté. La mise en place à Paris, en 1549, d’une « chambre ardente », envoie les hérétiques au bûcher

[3] Certains représentaient d’ailleurs plusieurs églises.

[4] En 1571, 7ème synode après Poitiers 1561, Orléans 1562, Lyon 1563, Paris 1565, Verteuil 1567

[5] La reine de Navarre avait présenté les deux jeunes princes comme chefs naturels des huguenots après la mort de Louis de Bourbon premier prince de Condé, assassiné après avoir été fait prisonnier à la bataille de Jarnac (mars 1569), Coligny exerçant le commandement effectif.

Une Réponse à “Le premier synode national protestant réuni a Paris en 1559”

  1. ARMAND dit :

    Chère Madame,

    J’ai lu avec grand intérêt votre texte sur le premier synode national protestant réuni à Paris ; si vous le permettez, je souhaiterais le faire partager aux visiteurs du temple de Tours lors des Journées européennes du patrimoine en septembre prochain ; en effet, vous répondez parfaitement et si clairement aux questions qui nous sont posées chaque année !
    Je vous prie d’agréer mes sincères salutations et vous remercie de l’attention que vous voulez bien porter à ma demande,
    D. Armand

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