Connaissez-vous le 11e arrondissement de Paris, savez-vous qui y habite et depuis quand ?

Déjà sous Louis XI, au XVe siècle, des ouvriers du bois étaient installés avec leurs familles sur les terres de l’enclos religieux du couvent des « Dames de Saint-Antoine » qui leur donnaient asile. Et, au cours des deux siècles suivants, beaucoup d’ouvriers et d’artisans du meuble continuent à se fixer autour de ce noyau premier en en faisant une spécialité.

Mais c’est au XVIIIe siècle que le Faubourg Saint-Antoine connaît son âge d’or quand, après la mort de Louis XIV (1715), la société mondaine vient se réinstaller de Versailles à Paris. Pour répondre à cette nouvelle demande, l’appel de main-d’œuvre est tel que l’on voit affluer vers la capitale des artisans provinciaux et étrangers qualifiés. Alsaciens et Allemands rhénans arrivent en nombre. Spécialisés en ébénisterie, ils s’installent tout naturellement au Faubourg Saint-Antoine, où certains, comme Oeben et Riesener font fortune. Beaucoup d’entre eux sont luthériens, et tout heureux, dans ce royaume d’intolérance, d’être accueillis aux chapelles luthériennes des ambassades scandinaves -suédoise et danoise- qui leur assurent protection, libre exercice du culte dirigé par des pasteurs nommés par leurs rois, registres d’état civil, assistance, soins et possibilité d’être inhumés au cimetière des étrangers de la Porte Saint-Martin.

Ainsi se développent à la fin de l’Ancien Régime, en plein Paris catholique, deux communautés luthériennes très vivantes, qui, après l’épreuve révolutionnaire, seront regroupées par Napoléon en une seule Eglise consistoriale, l’Eglise française de la Confession d’Augsbourg à Paris, officiellement installée en 1809 dans l’ancien couvent des Carmes-Billettes, au Marais.

Au XIXe siècle, les guerres napoléoniennes terminées, l’immigration germanique reprend. Ce sont souvent des gens modestes de « petits métiers », qui se sentent mal à l’aise à l’église des Billettes maintenant très francisée et embourgeoisée. Ils cherchent à se regrouper pour prier par quartiers. C’est ainsi que, dans un ex-couvent de Bénédictines de la rue de Charonne au Faubourg s’installe l’ « Oratoire luthérien de Bon-Secours ». En 1863, on y célèbre 128 baptêmes, et la paroisse compte 4 500 fidèles.

Venons–en au Temple actuel de Bon-Secours, 20 rue Titon, toujours dans le quartier du Faubourg Saint-Antoine. A la fin du XVIIe siècle, un Monsieur Maximilien Titon, directeur des manufactures royales d’armes, fait construire une magnifique maison de campagne. Le lieu s’appelle « la Folie Titon ». Plus tard, le propriétaire change, et c’est là qu’a lieu en 1783 l’ascension en vol captif de la première montgolfière.

L’histoire de la montgolfière et celle de l’incendie sont racontées sur une amusante frise en carreaux de céramique, sous le porche de l’immeuble, 33 rue de Montreuil.

Lors de la guerre de 1870, des ouvriers allemands du meuble, non naturalisés, sont repartis dans leur pays ; beaucoup d’Alsaciens, refusant l’occupation allemande, sont venus les remplacer, et ont rejoint des proches déjà installés dans le quartier.

Voilà 1884, et l’arrivée du pasteur Frédéric Dumas, appelé à Bon-Secours. C’est un travailleur acharné, doté d’une grande autorité morale et de ce que l’on appellerait aujourd’hui un vrai « charisme ». Le temple est vétuste, inadapté (sous la salle du temple, il y avait une écurie et un poulailler…), et le propriétaire refuse de renouveler le bail. Sur la proposition du pasteur Frédéric Dumas, le consistoire décide d’acheter un terrain et d’édifier une église ; la première pierre est posée en 1895.

L’originalité de ce temple -qui est classé à l’inventaire des Monuments Historiques- vient de sa charpente, apparente, construite par les maîtres-charpentiers du faubourg ; cette voûte, les murs de la nef entièrement lambrissés comme le cul-de-four du chœur sont en bois de pitchpin du Canada. Ces boiseries donnent une sonorité exceptionnelle à l’édifice, qui est éclairé par une grande verrière en forme de croix.

L’Eglise évangélique luthérienne de Bon-Secours héberge depuis quelques années l’Eglise évangélique Coréenne, une communauté très active et nombreuse.

Le Comité Protestant des Amitiés Françaises à l’Etranger va tenir sa prochaine Assemblée générale à Bon-Secours, le 20 mars. Nous sommes infiniment reconnaissants au Conseil Presbytéral de Bon-Secours de bien vouloir nous accueillir dans cette église, riche de souvenirs et de promesses.

Janine DRIANCOURT-GIROD, agrégée de l’Université, Docteur ès Lettres, que nous remercions très vivement de sa contribution, a bien voulu rédiger la première partie de ce texte. La deuxième partie, sur la rue Titon, est une adaptation de la brochure « Bon-Secours et ses Paroissiens », éditée en 1995 pour le centenaire de l’Eglise, 20 rue Titon, Paris 11ème, écrite par le Docteur Pierre SCALI, alors Président du Conseil Presbytéral.

(Emission du Comité Protestant des Amitiés Françaises à l’Etranger, diffusée le dimanche 7 mars 2004 à 8 h 25, sur France-Culture).
par Alix GUIRAUD
Lettre N°33

Summary : THE BON SECOURS LUTHERAN CHURCH, IN PARIS

By Alix GUIRAUD

What do you know about the 11th arrondissement, who lives there now and how long they have been there?

In the reign of Louis XI, in the XVth century, workmen specialised in woodwork already lived, with their families, on land which belonged to the “Dames de Saint Antoine” convent, where they found refuge.

But the golden age of the Faubourg St. Antoine was in the XVIIIth century, when, after the death of Louis XIV (1715), fashionable society moved from Versailles back to Paris.  This new situation created the need for many more workers – indeed, qualified craftsmen flooded into Paris from the provinces and from abroad, especially Alsatians and Germans from the Rhine valley. As they were cabinet-makers, it was natural for them to settle in the Faubourg St. Antoine area, and some of them became very rich.  Many were Lutherans and, arriving in a mainly intolerant country, were grateful for the welcome they received from the Lutheran chapels of the Swedish and Danish embassies.

In this way, at the end of the Ancien Régime, two active lutheran communities developed in the heart of catholic Paris.  Napoleon later made them into one consistorial Church, the French Church of the Confession of Augsbourg in Paris.  It was officially installed in 1809 in a building which was once the Carmes-Billettes convent, in the Marais. 

In the XIXth century another church, the Bon Secours Lutheran Oratory was set up in the Rue de Charonne, where, in 1884, pastor Frédéric Dumas was appointed. He masterminded the building of a new church, (now classified as a historic monument), for the community in Rue Titon. This is where the Comité Protestant des Amitiés Françaises à l’Etranger held their Annual General Meeting on 20th March 2004.

Une Réponse à “L’Eglise lutherienne de bon-secours à Paris”

  1. BIZOZA dit :

    je serais d’appartenir a ce groupe des croyants qui sont des chrétiens lutheriens

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