Il s’agit de l’histoire vraie, bien qu’un peu romancée, de la famille Boissevain, celle de la mère de l’auteur. Le récit couvre environ 250 ans et neuf générations. Mon premier héros naît au bord d’une rivière, la Dordogne, près de Bergerac, en Périgord. Son père et son grand-père étaient déjà huguenots, mais après la Révocation de l’Edit de Nantes, en 1685, sa vie étant en danger, il s’enfuit. Un bateau le dépose à Amsterdam, la ville des canaux – d’où le titre du livre.

Dépourvu de tout, il est recueilli par l’église wallonne, l’église protestante de langue française d’Amsterdam. Il survivra en donnant des leçons. Si pauvre qu’il soit, il prendra l’initiative de s’unir à des compatriotes pour venir en aide à d’autres huguenots âgés, malades ou infirmes. Marié avec une réfugiée française, il fonda avec elle un orphelinat. Plus tard, nous voyons un autre descendant voler au secours de malades, lors de l’épidémie de choléra, d’autres encore s’occuperont du premier asile pour aveugles.

Ce qui m’a touchée, c’est précisément cette générosité d’être, cette fidélité qui se répète de génération en génération à la foi protestante ; c’est un même élan de soutien au prochain, un même culte de la langue française et le dévouement à une autre patrie. De pauvres qu’ils furent, ils devinrent aisés sans ostentation. De plus, ils semblent avoir tous été pourvus d’un charme particulier, de sorte qu’ils furent très aimés. Renonçant à retourner dans leur chère Dordogne, ils faisaient honneur à la cité d’Amsterdam dont ils devinrent des patriciens respectés.

Enfin, cessant d’être victimes de ce clivage sévissant entre confessions religieuses différentes, alors qu’appartenant à une même ville où l’on vivait côte à côte, sans se voir ni communiquer, dans une ignorance mutuelle confondante, ils s’ouvrirent et tournèrent le dos à cette méfiance, se donnant la peine de connaître l’autre. Ils cessèrent de le mépriser.

Survint la guerre de 39-40. Pour des êtres aussi attachés à leurs libertés, l’occupation nazie fut atroce et la résistance une obligation morale sans conteste. Quatorze de mes cousins et d’intimes amis y laissèrent leurs jeunes vies. On ne peut parler de tous et devant le drame, la pudeur commande le silence. C’est pourquoi, j’ai habillé un seul d’entre eux du douloureux vêtement de tous les autres ; quintessence de vie exemplaire.

Amsterdam, à la Libération, cessa d’être le Refuge des Huguenots. Mon récit s’achève dans un moment où la famille se disperse de par le monde. Le passé est révolu ; il faut aller plus loin, au propre comme au figuré. Aujourd’hui, dans le respect de sa propre identité confessionnelle, mais non dans un à peu près fluctuant, un bricolage de croyances, il s’agit, et c’est urgent, de former une chaîne de chrétiens se connaissant, se respectant et s’aimant surtout.

« Soyez un, afin que le monde croit », nous dit le Christ. Vivre ce que l’on croit, si peu que ce soit.

(Emission du Comité Protestant des Amitiés Françaises à l’Etranger, diffusée sur France-Culture, le dimanche 7 décembre 1997 à 8h25)
Présentation de son livre, par Denise de Uthemann
« La Lettre » N°21 d’ Avril 1998

Née à Genève de parents hollandais protestants, Denise de Uthemann y fit ses études et s’y maria. La découverte de documents, pour la plupart en hollandais (qu’elle parle pour ainsi dire d’instinct, sans l’avoir étudié) l’éclaira sur les origines huguenotes et périgourdines de sa mère, lui donnant envie d’écrire ce livre – son quatrième – dédié à sa fille, ses petits-enfants et arrière-petits-enfants. Les bénéfices de son livre sont destinés au mouvement d’unité SEVE, à Paris.

Laisser un commentaire