Henri IVLe 4e centenaire de la mort d’Henri IV est encore d’actualité à Fontainebleau jusqu’au 28 février 2011 avec une exposition présentée dans un lieu conçu sous Henri IV – la salle de la Belle-Cheminée – et un circuit thématique intégré au circuit de visite principal, augmenté pour la circonstance par l’ouverture exceptionnelle et mis en valeur par une scénographie adaptée, de lieux construits et décorés sous le règne de ce souverain (galerie des Assiettes, salle des Gardes, salles Saint-Louis). Une centaine d’œuvres emblématiques de la Seconde École de Fontainebleau (peintures, sculptures, éléments lapidaires, dessins, gravures, livres, objets d’art) illustreront les grandes réalisations du règne d’Henri IV à Fontainebleau.

Parmi les évènements culturels qui vont marquer 2011, signalons :

- Le bicentenaire du temple de l’Oratoire du Louvre, attribué au Consistoire réformé en 1811 par Napoléon, fournira l’occasion d’évoquer ces deux siècles où accédant à la reconnaissance citoyenne et religieuse après des siècles d’oppression, les protestants se sont inscrits dans l’histoire de Paris (15 octobre-15 novembre 2011).

- Le centenaire de l’inauguration du Musée du Désert : Inauguré en 1911, le Musée du Désert ambitionne de célébrer son centenaire dans un cadre largement rénové. Jusqu’à présent, il se consacrait essentiellement à la période du Désert, entre la révocation de l’édit de Nantes et l’édit dit de tolérance et la Révolution française. Il apparaît aujourd’hui nécessaire d’ouvrir de nouvelles salles consacrées à la Réforme, en expliquant au grand public ce qu’est le protestantisme. A terme, il envisage de poursuivre l’exposition par des salles dédiées aux XIX°, XX° et XXI° siècles, pour offrir aux visiteurs un panorama complet de l’histoire du protestantisme français. Ce projet nécessite d’importants travaux, donc d’importants moyens financiers. Parce qu’il est un musée protestant de l’histoire protestante, le Musée du Désert ne peut être subventionné par les collectivités publiques ; et parce qu’il est ouvert à l’ensemble des familles du protestantisme et qu’il entend assurer en toute indépendance sa mission spirituelle, il ne reçoit aucune aide des Eglises. Le Musée du Désert compte, en revanche, sur l’aide que chaque protestant, de France et de l’étranger, pourra lui apporter. Ce sera, pour lui, un encouragement à poursuivre sa mission, à la fois culturelle et spirituelle. Vous pouvez apporter une aide décisive à cet ambitieux projet en adressant un don à l’ordre de « Association des amis du Musée du Désert », Le Mas Soubeyran, 30140 Mialet (don déductible des impôts).

- Le centenaire du scoutisme unioniste : Durant l’été 2011, Les EEUdF marqueront le coup en organisant 12 camps, rassemblant chacun 300 à 500 participants ; trois jours d’animation commune avec un grand jeu inter-camps et une veillée anniversaire vécue simultanément sur l’ensemble des camps, à laquelle tout le monde est invité. Le samedi 23 juillet, tous les camps vivront simultanément une grande veillée anniversaire. Parents, enfants, anciens, amis, responsables et cadres sont tous invités a y participer (www.eeudf.org).

- L’exposition Rembrandt et la figure du Christ, au Musée du Louvre, du 20 avril au 18 juillet.

Le Grand Temple de LyonLe Grand temple de Lyon (Rhône), 3 Quai Augagneur, construit en 1884 par l’architecte protestant lyonnais Gaspard André (architecte du Théâtre des Célestins et de la fontaine des Jacobins à Lyon, ainsi que de l’hôtel de ville de Neuilly-sur-Seine), propriété de l’Eglise réformée de Lyon doit être complètement rénové, pour faire face à sa vocation cultuelle et culturelle, incluant un programme de conférences et concerts faisant du Grand temple un des pôles reconnus de la vie culturelle et musicale lyonnaise. Vous pouvez aider en envoyant un chèque à l’ordre de « Fondation du Patrimoine – Restauration, mise en valeur du GT de Lyon » Fondation du Patrimoine Délégation Rhône-Alpes, 27 boulevard Saint Exupéry – 69009 Lyon (dons déductibles des impôts).

Contact et dossier : Thierry Koechlin (koechlin.thierry@free.fr ; 06 65 22 66 06 ; www.grandtemple.fr).

Le nouveau musée de Ferrières, Musée du Protestantisme en Haut-Languedoc, dans la montagne du Tarn, a déjà ouvert ses portes au public dans un nouveau bâtiment moderne de verre, bois et béton (Cabinet Basalt, architecture). Son inauguration officielle aura lieu au printemps 2011 (www.mpehl.org).

Communiqué de la Fédération protestante de France du 6 janvier 2011 : Solidarité avec les communautés de croyants attaquées et meurtries :

La Fédération protestante de France exprime son horreur devant les attentats visant des chrétiens désignés comme « cibles légitimes ». Elle dénonce toute violence faite à un être humain, à plus forte raison quand c’est prétendument au nom de Dieu.

Après l’attentat d’Alexandrie, les menaces à l’encontre de la communauté copte en France mettent en évidence la volonté des extrémistes de généraliser les tensions religieuses pour les transformer en guerre des civilisations.

Cette montée de la violence est bien visible dans les dégradations de lieux de culte, comme tout récemment celui de l’Église évangélique de Montfermeil (Seine Saint-Denis). Ces actes indiquent une grave perte du respect que traditionnellement l’être humain porte aux convictions profondes de ses concitoyens.

La Fédération protestante de France exprime sa solidarité et son soutien fraternel aux communautés attaquées et meurtries.

Provoqués par cette guérilla religieuse qui envahit les médias et s’installe dans nos préoccupations quotidiennes, nous appelons à résister à l’engrenage de l’intolérance en méditant à nouveau l’histoire dramatique de Caïn et Abel. « Le péché est tapi à ta porte, et son désir se porte vers toi, à toi de le dominer » ; la violence séductrice est partout présente, la laisserons-nous dominer nos pensées, nos paroles et nos actes ? Non. Personne ne peut se prévaloir d’être fils unique, chacun est appelé à entrer en dialogue avec son frère en humanité.

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L’année Henri IV

Henri IVD’une année à l’autre, d’un siècle à l’autre, de Calvin à Henri IV

L’année 2009 a été une année faste pour le protestantisme réformé avec les commémorations du 500e anniversaire de la naissance de Jean Calvin. Le Comité protestant des amitiés françaises à l’étranger n’est pas resté à l’écart de ce mouvement, en organisant en septembre dernier à Paris un important rassemblement au cours duquel, venant de tous les continents, des descendants de huguenots, par le sang ou par l’esprit, sont venus attester de la vitalité du calvinisme. Jean Calvin a, en effet, ouvert la Bible à tous ceux, hommes et femmes de toute condition, qui avaient faim et soif de l’Evangile alors interdit. Il leur a expliqué l’Ecriture en langue vulgaire, par un manuel de théologie pratique, l’Institution de la religion chrétienne, par des commentaires, par un catéchisme, par la prédication. Il les a aussi exhortés à rompre avec les pratiques religieuses traditionnelles, contraires à la Parole source. L’ouverture au monde dont il a su faire preuve tout au long de sa vie, l’inventeur d’un modèle d’Eglise apte à être autonome par rapport à l’Etat, d’une éthique et même d’un style de vie « calviniste », expliquent l’impact international du calvinisme, et son essor. Sur tous les continents, il reste toujours une référence forte pour de nombreuses Eglises protestantes, les Eglises réformées et presbytériennes, des Eglises baptistes aussi. L’année 2009 a donc été l’année Calvin.

2010 a été l’année Henri IV, puisque, comme chacun sait, le « bon roi » a été assassiné en 1610 par Ravaillac.

Le futur Henri IV naît en 1553 à Pau. Sa mère, Jeanne III d’Albret, qui déclarera sa conversion à la Réforme à Noël 1560, prend soin d’instruire Henri selon les préceptes de la Réforme ; son père, Antoine de Bourbon, resté catholique, essaie de le soustraire à l’influence réformée, mais meurt en 1562. Agé d’à peine quinze ans, Henri est confié par sa mère à l’amiral Gaspard de Coligny, et participe à la troisième guerre de religion. La mort de Louis de Condé, tué à la bataille de Jarnac en 1569, fait du jeune Henri le nouveau chef du parti huguenot. Avec sa mère, il est présent au synode des Eglises réformées réuni à La Rochelle, en 1571. En 1572, Jeanne meurt et Henri devient roi de Navarre.

Le 18 août 1572, il est marié à Paris à la sœur du roi de France Charles IX, Marguerite de Valois, la « reine Margot ». Ce mariage « mixte » avait été arrangé pour favoriser la réconciliation entre catholiques et protestants. Catholique, Marguerite ne peut se marier que devant un prêtre ; Henri, « hérétique », ne peut entrer dans une église ; leur mariage est alors célébré sur le parvis de Notre-Dame. Le mariage est suivi quelques jours plus tard du massacre de la Saint-Barthélemy. Épargné par les tueries du fait de son statut de prince de sang, Henri est contraint quelques semaines plus tard de se convertir au catholicisme. Retenu prisonnier à la cour pendant plus de trois ans, Henri s’échappe en 1576, abjure officiellement le catholicisme et reprend la tête de l’armée huguenote.

Animé d’un esprit modéré, cherchant toujours à ménager la cour de France, il est contesté par son cousin le prince Henri de Condé, qui lui se bat pour faire triompher la cause protestante. Henri s’illustre dans les dernières guerres de religion. La prise de Cahors, en mai 1580, où il réussit à éviter pillage et massacre malgré trois jours de combats de rue, lui vaut un grand prestige à la fois pour son courage et son humanité. En 1584, la mort de Monsieur, frère du roi Henri III, fait de Henri de Navarre l’héritier présomptif de la couronne de France. Aussitôt se forme une Ligue catholique pour faire barrage à l’hérétique, obligeant Henri III à déclarer Henri de Navarre déchu de ses droits à la succession royale. Une nouvelle guerre de religion commence, la plus longue, la dernière (1585-1598). Contre l’offensive ligueuse, les troupes protestantes menées par Henri de Navarre sont victorieuses à la bataille de Coutras (1587).

Le 1er août 1589, quelques instants avant de mourir des blessures infligées par le moine fanatique Jacques Clément, le roi Henri III reconnaît formellement comme son successeur légitime son beau-frère et cousin le roi de Navarre, et celui-ci devient le roi Henri IV. Un roi virtuel : il lui faudra dix ans pour conquérir son royaume, par les armes, pied à pied contre la Ligue catholique. L’épuisement des forces protestantes et catholiques en présence, tant au niveau moral que financier, contribue à rallier progressivement à Henri IV les « bons Français », plaçant l’intérêt du royaume au-dessus des partis religieux. C’est dans le même sens politique que Henri IV fait le choix d’abjurer à nouveau la foi réformée, en 1593 : « Paris vaut bien une messe », ce qui lui permet d’être enfin sacré roi l’année suivante, à Chartres.

Choqués par sa conversion, qui entraîne celles de nombreuses personnalités de la noblesse, les protestants reprochent au roi de les avoir abandonnés et négocient âprement leur soutien. Victorieux des ligueurs et de leurs alliés espagnols, Henri IV prépare un édit de pacification religieuse entre tous les Français : l’édit de Nantes, signé le 30 avril 1598. Il peut dès lors consacrer ses forces à relever le pays en ruines. Grâce à son ministre Sully, resté huguenot, la douzaine d’année qui précède son assassinat sera une période d’essor de l’économie, des arts et des métiers.

Pourquoi rappeler ici, au sein du Comité protestant des amitiés françaises à l’étranger, la figure ambiguë de Henri IV, le « vert galant » volage, aussi prompt à changer de religion que de maîtresse ? Sur les convictions religieuses de Henri IV, les historiens ne sont pas unanimes. Mais qui peut se targuer de sonder les reins et les cœurs ? Toujours est-il que les protestants lui doivent avec l’édit de Nantes une reconnaissance légale qui leur a permis d’avoir une place en France pendant plusieurs décennies. Outre l’occasion rare d’être un peu présents, sans connotation négative, dans les manuels d’histoire des écoliers français.

Denis Carbonnier

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Bibliothèque huguenote

Samuel BORTSCH, Félix Neff, l’apôtre des Hautes Alpes, éditions Ampelos. Réédition de la biographie du pasteur suisse, Félix Neff (Genève 1798-1829), qui exerça son ministère en Dauphiné œuvrant comme évangéliste, enseignant, agronome et ingénieur, contribuant par son action à faire évoluer la situation des hautes vallées du Piémont (Freissinières) sur le plan moral, social et économique.

Mauricette BERNE et Ambroise MONOD, Théodore Monod, Editions du Chêne, 240 pages, 45 €. Ce remarquable livre d’art abondamment illustré évoque les différentes facettes de ce personnage multiple, sa famille (descendant de toute une lignée de pasteurs, ses préoccupations spirituelles accompagnent ses différents engagements) et sa vie de chercheur naturaliste incluant des spécialités diverses telles que la botanique, la géologie, l’archéologie, l’étude des poissons et des crustacés. Les illustrations révèlent que le talent de dessinateur humoristique de Théodore et de son frère Samuel -alias Maximilien Vox, leur vient de leur père, le pasteur Wilfred Monod. A l’occasion du 10e anniversaire de sa mort, le Museum d’Histoire naturelle a rendu hommage au naturaliste par une petite exposition, un court métrage de Caroline Reussner, et la présentation de cet ouvrage.

Françoise BONIOL, Pierre-Antoine Labouchère. Un peintre du XIXe siècle (1807-1873), La Cause, décembre 2010, 38 €. Labouchère a peint plusieurs tableaux inspirés par l’histoire du protestantisme (Le chef camisard Cavalier, l’Electeur de Saxe et sa femme en prière auprès de leur enfant, Luther à la diète de Worms, conservés au Musée du Désert, Jeanne d’Albret et Henri de Navarre au camp de La Rochelle au temple de St-Germain en Laye, des épisodes de La vie de Luther) et peut-être des œuvres conservées dans les familles protestantes : on ignore où est conservé le portrait collectif des réformateurs largement diffusé par la gravure. Un livre à offrir autour de vous.

Luc DAIREAUX, « Réduire les Huguenots ». Protestants et pouvoirs en Normandie au XVIIe siècle, H. Champion, Collection La vie des Huguenots n° 57, 1119 p., 15,5 x 23,5 cm, 205 €.

François Guizot (1787-1874) Passé Présent, Actes du colloque organisé par la société d’Histoire moderne et contemporaine de Nîmes et du Gard en 2008, sous la présidence de Gabriel DE BROGLIE, de l’Académie française, chancelier de l’Institut de France, éd. L’Harmattan. Ces actes, réunis par Robert CHAMBOREDON, abordent la vie extrêmement riche d’un personnage aux multiples facettes et dont l’influence jusqu’à nos jours est réelle. Né en 1787 d’une famille protestante des Cévennes, François Guizot fut hanté par le retour des violences de la Terreur – son père a été guillotiné à Nîmes en 1794 – et s’efforça de fonder en France une monarchie constitutionnelle.

Laurent LOISEAU, Paris d’Henri IV, Ed Chène, 2010, 254p, ill, 15 €. Henri IV urbaniste a transformé, structuré, embelli et donné une dimension de capitale à Paris ; son empreinte est encore bien présente comme en témoigne cet agréable petit livre merveilleusement illustré.

DVD : Ensemble « Ludus Modalis », « Dix Pseaumes de David » de Claude le Jeune. Nouveau disque lancé à l’occasion d’un concert au Temple du Foyer de l’Ame, à Paris. Livret trilingue.

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Erlanger Neustadt

Erlanger Neustadt

À l’occasion du 325e anniversaire de la Nouvelle Erlangen (Erlanger Neustadt) fondée en 1686 par le margrave Christian Ernst pour accueillir des réfugies huguenots, l’assemblée générale de la Deutsche Hugenotten-Gesellschaft (Société huguenote allemande) aura lieu dans _l’église réformée (Hugenottenkirche) de cette ville le samedi 24 septembre 2011. Sont prévus un tour guidé de la ville, une conférence et, si l’on veut rester, un culte matinal le dimanche 25 septembre. Des hôtes seront les bienvenus ; pour vous inscrire contactez la Deutsche Hugenotten-Gesellschaft e. V., Hafenplatz 9a, D-94385 Bad Karlshafen.

Nouveaux livres publiés par la Deutschen Hugenotten-Gesellschaft : Jochen DESEL, Hugenotten und Waldenser und ihre Familien im Landkreis Kassel (2009), Robert VIOLET, Daniel Chodowiecki (1726-1801). Eine verschollen geglaubte Autobiographie (2010).

Le 5e Conférence Internationale Huguenote s’est déroulée à l’Université d’Ulster, à Londonderry (Irlande du Nord) du 2 au 5 septembre 2010. Trois journées de conférences passionnantes sur des aspects extrêmement divers de l’histoire des huguenots en France et ailleurs, de dîners conviviaux et d’un concert ont été suivies, le dimanche, par une excursion sur le site de la fameuse bataille de Boyne (lors de laquelle des régiments huguenots avaient lutté aux cotés de Guillaume III, roi d’Angleterre) et à la capitale irlandaise, Dublin, où avait lieu, dans la cathédral St Patrick, un culte commémoratif en l’honneur des huguenots.

L’assemblée générale de l’Association Suisse pour l’Histoire du Refuge Huguenot s’est tenue le 13 novembre dernier à Lausanne autour du thème d’Antoine Court, également mis à l’honneur lors de la dernière Assemblée du Désert de septembre, à Mialet. Mme Amélie Lecoq a parlé du Refuge suisse et théologie du Désert: l’exemple du séminaire de Lausanne (1726-1812).

La Fondation VIA (Elfenstrasse 19, Postfach 1009, 3000 Berne 6 – info@stiftung-via.ch) a pour objectif la mise en valeur, sur le territoire suisse, d’un chemin « Sur les pas des Huguenots » parcouru par environ 170.000 huguenots et vaudois du Piémont aux XVIe et XVIIe siècles, et de réaliser la jonction avec les itinéraires français et allemands, sur 1600 km au départ du Poët-Laval (Drôme) ou de Torre Pellice (Piémont italien) jusqu’à Bad Karlshafen (Hesse, Allemagne), via Genève et Schaffhouse en Suisse. Les villes-étapes se feront l’écho de l’histoire du Refuge, et le trajet pourra être fait à pied, à cheval ou en voiture. Cet itinéraire culturel a été « inauguré » par deux marcheuses et leurs ânes sur la section française reliant Le Poët-Laval à Genève (400 km) où elles sont arrivées le 31 octobre, escortées et saluées par un public enthousiaste au pied du Mur des Réformateurs, puis à la cathédrale.

Nouvelles du Canada : En 2003, la Société d’histoire du protestantisme franco-québécois a pris le relai de la Huguenot Society of Canada. Elle dispose d’un site internet (www.shpfq.org) et est présidée par Richard Lougheed. Son secrétaire, Jean-Louis Lalonde, a consacré, il y a quelques années, un livre « Un loup dans la bergerie » à cette histoire des protestants du Québec. Pour le Canada, nous sommes aussi en relation avec « La Vie Chrétienne », journal de l’Eglise presbytérienne au Canada (fondé par le pasteur André Poulain en 1951) qui anime l’église St-Luc de Montréal. Joël Coppieters vient de le prendre en main après quelques années assurées par un « étudiant-pasteur », Richard Bonetto. Nous pratiquons un échange de revues comme avec les autres sociétés huguenotes.

John Pintard

John Pintard (1759-1844)

Dans le dernier numéro du « Huguenot Heritage », Lois Stewart a consacré un long article à John Pintard (1759-1844), Patriote et philanthrope. Descendant d’une lignée de huguenots remontant à son arrière-grand-père arrivé dans le New-Jersey en 1695, John Pintard fut une des personnalités les plus en vue de New York. Membre de l’église française du Saint-Esprit pendant 34 ans, il traduisit le Book of Common Prayer en français, fonda les Sociétés d’Histoire de New-York et du Massachusetts, des Sons of Tammany – société offrant un contrepoids démocratique à l’aristocratique Société des Cincinnati – des sociétés savantes et scientifiques, fut trésorier de l’Académie américaine des Beaux-Arts, fondateur de la Bibliothèque du Commerce, conservateur de la Société littéraire et philosophique de New York (à l’origine de l’Académie des Sciences et du Musée d’Histoire Naturelle), membre du conseil de la Bibliothèque, de la Chambre de Commerce, de la Société de l’Ecole libre, de la Société contre le Paupérisme, de la Société théologique, de la Société Biblique, de la Maison du Refuge, d’un hospice pour anciens marins. A côté de ces sociétés philanthropiques, il fut un des fondateurs de la 1ère assurance contre l’incendie, de la 1ère caisse d’épargne mutuelle, et de la Compagnie des bateaux à vapeur et mena une carrière politique, élu de l’Assemblée de l’Etat de New-York où il institua la grille des rues et avenues de la ville et créa les registres d’état civil. Le Huguenot Heritage dédié à l’histoire culturelle huguenote et ses représentants célèbres se devait donc de rappeler la mémoire de cette personnalité un peu oubliée, reconnue comme « le père des sociétés d’histoire américaines » et dont le champ d’action fut multiple.

Une nouvelle version de la Bible en chinois vient de sortir, œuvre « d’unité et d’harmonisation de la diversité linguistique des chinois ». La 1ère version datait de 1919 et 4 millions d’exemplaires sont vendus annuellement ! Il est difficile d’évaluer le protestantisme en Chine, mais il semble en plein développement dans les milieux expatriés en région parisienne.

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dessin de Renée de France par Clouet (Musée Condé, Chantilly)

Renée de France par Clouet (Musée Condé, Chantilly)

À l’occasion du cinq-centième anniversaire de la naissance de Renée de France, princesse royale, duchesse de Ferrare et dame de Montargis, plusieurs biographies ont été publiées sur cette personnalité hors du commun.

Née en1510 et morte en 1575, Renée de France était la fille cadette du roi de France Louis XII, et d’Anne de Bretagne. Elle était donc la belle-sœur de François Ier, et a été, de son vivant, la tante et la grand-tante de quatre rois de France. Ses biographes la présentent comme très intelligente, ayant fait des études assez poussées pour l’époque. Elle aurait ainsi reçu l’enseignement de Lefèvre d’Etaples, venu à la cour comme précepteur des enfants de France et bibliothécaire du roi, et été en contact avec les cercles humanistes « évangéliques » gravitant autour de Marguerite d’Angoulême, future reine de Navarre.

A 18 ans, elle épouse l’héritier du duché de Ferrare, Hercule II d’Este. Installée à Ferrare, Renée est entourée d’une cour importante qui devient l’un des foyers les plus brillants de la Renaissance italienne. De nombreux évangéliques, venus d’Italie, d’Allemagne, de France ou de Genève, se pressent à Ferrare. Très rapidement, en effet, elle accueille et protège ceux qui se réclament de l’Evangile : elle prend comme secrétaire le poète Clément Marot, protège de nombreux « évangéliques » poursuivis pour leurs idées religieuses, sans pour autant manifester le désir de structurer ce mouvement à la manière des calvinistes de Genève.

L’année charnière de son séjour italien, celle où se manifeste son engagement politique et religieux, est 1536. Calvin, qui vient de publier l’Institution de la religion chrétienne, séjourne pendant trois semaines à Ferrare. Ensuite, durant une trentaine d’années, Calvin et la duchesse poursuivront un échange épistolaire nourri.

Parce qu’elle n’en avait pas la liberté, Renée de France n’a pas officiellement rompu avec l’Église catholique, mais ses sympathies et ses préoccupations l’orientent indéniablement vers la foi réformée. Rome demande des sanctions contre la duchesse : ses filles sont placées dans un couvent et son fils aîné, le futur Alphonse II, dans un collège de jésuites. Accusée d’hérésie, le Tribunal de l’Inquisition condamne la duchesse à la prison à perpétuité et à la confiscation de tous ses biens. Son époux la fait enfermer. Pour être libérée, elle doit assister à la messe, communier et se confesser, reniant ainsi en apparence sa foi.

A la mort de son époux, la duchesse de Ferrare revient en France en 1560, et s’installe à Montargis. Elle fait appel à l’architecte réformé Androuet Du Cerceau pour les transformations et réparations qui s’imposent dans son château. Là, elle poursuit une vie riche de contacts intellectuels et fait de Montargis un lieu d’accueil pour les réformés. Agrippa d’Aubigné évoque le refuge de Montargis où lui-même fut accueilli alors qu’il était en fuite. Elle se lie d’amitié avec l’Amiral de Coligny.

Pour autant, l’attitude de Renée de France face à la « Cause » protestante, doit être nuancée. Elle s’est montré »e pragmatique. Ainsi, durant les trois premières guerres de religion, Renée de France a su préserver Montargis grâce à d’habiles négociations avec les armées protestantes et l’armée royale commandée par le duc d’Anjou, futur Henri III. Elle a imposé l’idée que cette ville pouvait rester une poche de neutralité n’accueillant ni un parti ni l’autre. Sans doute parce que Renée de France et sa fille ainée, Anne d’Este, étaient très proches, la mère ne semble pas s’être beaucoup formalisée de ce que sa fille se marie avec François de Guise, le chef des catholiques, celui qui, en 1562 déclenchera les guerres de religion par le massacre de la grange de Wassy.

Ayant conservé des contacts avec la cour, Renée de France était présente au mariage d’Henri de Navarre. Elle s’y trouve donc le jour de la Saint-Barthélemy, mais, grâce sans doute à une protection royale et guisarde, elle réussit à quitter Paris. A Montargis, elle accueille et protège les huguenots fuyant les massacres perpétrés en province et en particulier à Orléans. Elle meurt à Montargis le 15 juin 1575. Selon son souhait, elle est inhumée, sans messe, cérémonie ou pompe funèbre.

par Denis Carbonnier

Bibliographie : Huguette Leloup-Audibert, Les dernières dames de Montargis au temps des guerres de religion, Renée de France et Anne d’Este, Ed. de l’écluse, 2010 ; Anne Puaux, La huguenote Renée de France, Hermann, 1997 ; Nicole Vray, Renée de France et Anne de Guise, mère et fille entre la loi et la foi au XVIe siècle, Olivétan, 2010.

(Emission du Comité protestant des Amitiés françaises à l’Etranger, diffusée sur France-Culture le dimanche 2 janvier 2011 à 8h25)

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tableau Les trois grâces par Lucas Cranach

"Les trois grâces" par Lucas Cranach

Une exposition « Cranach et son temps » ouvrira du 9 février au 23 mai 2011, au Musée du Luxembourg (19 rue de Vaugirard, 75006 Paris) dont la gestion a été récemment attribuée à la Réunion des Musées Nationaux. Lucas Cranach l’Ancien (1472-1553), proche des premiers réformateurs luthériens à Wittemberg, est le témoin des profonds bouleversements politiques et religieux de la société de son temps. L’exposition fait ressortir les liens étroits qui l’unissaient à ses contemporains européens, en Allemagne, en Italie et aux Pays-Bas, tels Dürer et Metsys.

Cranach est particulièrement à l’honneur cette année, vedette d’expositions à Bruxelles et à Rome qui se terminent en janvier. D’autre part, en ayant recours au mécénat privé qui a fourni le million d’Euros manquant sur les quatre demandés par son propriétaire, le musée du Louvre a pu le 31 janvier 2010, faire entrer dans ses collections « Les Trois Grâces » (monogrammé et daté de 1535, peint sur un petit panneau de bois de 37 sur 24 cm).

A lire : Jérôme Cottin, Lucas Cranach et le Protestantisme, dans la revue Arts Sacrés, n°7, septembre-octobre, 2010, p 28-35.

Philippe Melanchthon

Philippe Schwarzerd (Melanchthon)

Sans la Réforme de Luther, nous les Allemands, nous serions restés catholiques. En tout cas, c’est fort probable. Or, la Réforme de Luther n’aurait sans doute pas eu autant de succès en Allemagne et en Europe sans l’inlassable travail du disciple et ami de Luther, Philippe Melanchthon, mort il y a 450 ans.

Né à Bretten dans le Palatinat, sous le nom de Philippe Schwarzerd, ce savant brillant devient très célèbre dans le cercle des humanistes à cause de ses écrits sur la rhétorique, la dialectique et la philosophie ainsi que de ses grammaires du latin et du grec, rééditées en France à plusieurs reprises.

Melanchthon considère la lecture des textes originaux de la Bible en hébreu et en grec comme une condition nécessaire pour l’étude de la théologie. Qui plus est, tous les hommes doivent être capables de lire la Bible par eux-mêmes. C’est pourquoi Luther et Melanchthon œuvrent pour l’amélioration des écoles élémentaires. Tous les enfants, y compris les filles, doivent aller à l’école. C’est en raison de son engagement pour une éducation globale qu’on appelle Melanchthon dès le XVIe siècle le « précepteur de l’Allemagne ».

Sous l’influence de Luther, Melanchthon devient l’un des maîtres à penser de la Réforme. C’est à sa plume que l’on doit la confession de foi luthérienne la plus célèbre : la Confession d’Augsbourg. Son travail théologique et humaniste marque profondément Calvin qui œuvre pour faire connaître les ouvrages de son ami allemand au public francophone.

Melanchthon est convaincu que l’Europe pourra surmonter de manière pacifique ses divisions, si elle revient à ses sources antiques et chrétiennes. L’Europe a besoin de Cicéron et du Christ, de l’humanisme et de la réformation, de la culture et de la foi. L’unité peut être retrouvée grâce à la culture humaniste et une réforme de l’Eglise.

Pour l’unité, Melanchthon est prêt à faire des compromis. Au cours de plusieurs entretiens sur la religion il essaie de convaincre l’Empereur Charles Quint et les princes catholiques de réformer l’Eglise. Il rédige un rapport sur les points communs entre catholiques et protestants pour François 1er qui l’invite à sa cour afin de disputer avec les meilleurs professeurs de la Sorbonne. Pour des raisons politiques, Melanchthon ne viendra pas en France.

Ce « grand amateur de paix » (comme l’appelle Marguerite de Navarre, qui correspond avec Melanchthon) veut aussi préserver l’unité parmi les protestants. C’est pourquoi il tente de faire reconnaître la Confession d’Augsbourg par les réformés, en atténuant la conception luthérienne de la Cène. Dans sa version modifiée, la Confession d’Augsbourg est signée par Calvin lui-même!

Faire découvrir Melanchthon, ce réformateur resté à l’ombre de Luther, voici ce que se propose l’exposition présentée jusqu’au 11 février 2011 à l’IPT – l’Institut Protestant de Théologie – au 83 boulevard Arago, Paris 14ème. Cette exposition correspond en grande partie à l’exposition internationale qu’on peut admirer en ce moment dans les Eglises protestantes en Allemagne. Traduite en français, elle a été augmentée de quatre panneaux illustrant l’intérêt de Melanchthon pour le monde hors de l’Empire et en particulier pour la France.

A noter également: un colloque sur la théologie de Melanchthon le 11 décembre 2010 (programme disponible sur le site de l’IPT : www.iptheologie.fr) A l’issue de ce colloque, l’historien Albert de Lange conduira une visite en français, où il expliquera aussi comment il a conçu et réalisé l’exposition originale.

par Nicola Stricker

(Émission du Comité Protestant des Amitiés Françaises à l’Étranger diffusée sur France Culture, à 8h25, le 5 décembre 2010)

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bas relief de Goujon "l'évangéliste"

Évangéliste (Musée du Louvre)

Le cinquième centenaire de la naissance de Jean Goujon, une des figures majeures de la Renaissance française, mériterait une rétrospective officielle. Si ses sculptures sont saluées comme des chefs d’œuvres, plusieurs épisodes de sa vie sont restées mystérieuses.

Il est né en Normandie en 1510, mais son style révèle qu’il s’est probablement formé en Italie ou au contact d’artistes italiens. Ses premières œuvres connues sont les vantaux ornés de scènes bibliques des portes de l’église Saint-Maclou à Rouen, puis, vers 1540, il travaille au château d’Ecouen pour le connétable Anne de Montmorency.

Arrivé à Paris vers 1544, il exécute pour l’architecte Pierre Lescot les sculptures du jubé de Saint-Germain l’Auxerrois qui sera malheureusement démantelé au XVIIIe siècle, mais dont 5 magnifiques bas reliefs, 4 Evangélistes et la Déploration du Christ, sont conservés au musée du Louvre.

La Fontaine des Innocents

La Fontaine des Innocents (disposition d'origine)

Encore avec Pierre Lescot, à l’angle d’une maison de la rue St-Denis, il sculpte la fontaine des Nymphes ornant les 3 arcades d’une loggia édifiée pour assister au cortège d’entrée d’Henri II dans Paris en 1549. Cette fontaine est déplacée au centre du terrain libéré par le cimetière des Innocents lors de sa fermeture en 1788, puis une 2ème fois au XXe siècle lors du réaménagement du quartier des Halles. Ainsi isolée, la fontaine des Innocents fut complétée d’une 4ème arcade par Augustin Pajou, et les sculptures du sous-bassement furent déposées au Louvre. Elles révèlent la parfaite maitrise de la composition en faible relief, occupant harmonieusement tout le cadre qui lui est dévolu. Les drapés fluides, les musculatures finement soulignées, donnent un sentiment de grâce qui lui a valu le terme de maniériste.

Jean Goujon est emprisonné quelques temps pour une cause demeurée inconnue, peut-être liée à sa foi protestante. Mais sitôt libéré il retravaille pour Henri II, toujours en complicité avec Pierre Lescot. Il réalise alors (entre 1549 et 1562), la décoration sculptée de l’aile du nouveau palais du Louvre considérée comme l’apogée du « beau XVIème siècle ». Les figures de Mercure, de l’Abondance, de génies soutenant les armes d’Henri II, les victoires et les allégories se réfèrent à une iconographie romaine pour glorifier le roi. Nommé sculpteur d’Henri II, Goujon réalise les cariatides soutenant la tribune des musiciens de la grande salle éponyme du Louvre. C’est là que fut célébré devant une nombreuse assistance, le prêche de Carême de 1534, à la demande de Marguerite de Navarre, par son aumônier Gérard Roussel, ami de Lefèvre d’Etaples. Le doctrinaire catholique Noël Béda laissa éclater sa fureur et François 1er, encore favorable aux humanistes bibliens, l’expulsa de Paris.

Bernard Palissy

Bernard Palissy

C’est dans cette même salle que, plus tard, Catherine de Bourbon, fit célébrer le culte en présence de son frère Henri IV qui avait officiellement abjuré…

Les quatre Saisons réalisées pour le président du Parlement de Paris, ornent toujours l’actuel Musée Carnavalet.

Jean Goujon exécuta aussi des médailles pour Catherine de Médicis. Elle le sauva peut-être car il n’est pas mort à la Saint-Barthelemy comme une légende erronée l’a colporté, mais, inquiété pour ses convictions religieuses, il a quitté Paris et s’est exilé à Bologne où il serait mort vers 1568 -ou même après 1572.

Un autre artiste protestant, Bernard Palissy, connut un destin tragique, mort à la Bastille, son corps jeté aux chiens. Il avait aussi travaillé pour Anne de Montmorency et Catherine de Médicis.

Ambroise Paré

Ambroise Paré

Ambroise Paré (1510-1590) qui fit faire des progrès fondamentaux à la chirurgie et à la médecine bénéficia de la confiance de Catherine de Médicis et des 4 derniers Valois, soignant Anne de Montmorency, Henri II et Coligny blessés. Ses convictions religieuses étaient connues, mais il était discret. Son second mariage et le baptême de ses enfants à l’Eglise permit à sa famille d’être préservée.

Ces trois protestants célèbres pour avoir mené leur art vers la perfection, nés tous trois en 1510, Jean Goujon, Bernard Palissy et Ambroise Paré incarnent 3 destins, 3 attitudes. En cette période dangereuse, quelle aurait été la nôtre ?

par Christiane Guttinger

(Émission du Comité Protestant des Amitiés Françaises à l’Étranger diffusée sur
France Culture, à 8h25, le 7 novembre 2010)

couverture du livreLe Comité protestant des Amitiés françaises à l’étranger vient de recevoir le premier livre édité par la Société Huguenote d’Australie. Cet ouvrage fondamental couronne en quelque sorte la création de cette société fondée en 2001 par un petit groupe désireux de mieux connaître et faire connaître l’histoire des descendants de Huguenots d’Australie.

La Huguenot Society of Australia s’est vite développée, créant des sections dans les différentes provinces d’Australie, publiant une revue semestrielle, « Huguenot Times » et maintenant cet ouvrage illustré de 262 pages, « The Hidden Thread, Huguenot Families in Australia » : le fil caché, familles huguenotes d’Australie. Les recherches historiques du dynamique secrétaire de l’association, Robert Nash, ont été étoffées par les contributions généalogiques initiées par les familles. Un index de 500 noms de familles mentionne leur date d’arrivée en Australie, le lieu de leur premier Refuge, le lieu d’origine en France et la source d’information justifiant ces données.

Comme les 200 000 protestants qui ont du quitter la France à l’époque de la Révocation de l’édit de Nantes, autour de 1685, les huguenots australiens sont originaires de toutes les régions françaises gagnées au protestantisme au XVIIe siècle.

Ils ont fui par bateau vers l’Angleterre et les Pays-Bas, par des chemins de montagne vers l’Italie du Nord, la Suisse et l’Allemagne.

L’émigration des huguenots en Australie ne s’est cependant faite qu’à partir de la fin du XVIIIe siècle et surtout au XIXe siècle : second exil depuis le Refuge européen, ou parfois troisième étape d’émigration avec une étape intermédiaire en l’Afrique du Sud, en Amérique ou dans les empires coloniaux britanniques et hollandais.

Les premiers arrivants furent essentiellement des soldats et des condamnés pour petits délits, dont de nombreux adolescents issus de classes pauvres qui avaient commis de menus larcins pour subsister. Les 11 premiers bateaux arrivèrent en 1788. Le soyeux Jacob Bellet en était. Le voyage s’effectuait dans des conditions périlleuses par bateaux à voiles, puis progressivement à vapeur, à partir de 1870. Le typhus, la dysenterie et la typhoïde firent des ravages.

L’exil australien offrit à ces hommes et à ces femmes une seconde chance : ils devinrent de respectables citoyens dans leur nouveau pays. Issus de toutes les classes sociales, ils perpétuèrent souvent le métier de leurs ancêtres français : artisans, juristes, professeurs, marchands, brasseurs. Ils cultivèrent aussi la terre avec succès: le vignoble australien doit ainsi, comme en Afrique du Sud, son origine aux Huguenots. Leurs conditions de vie furent souvent dures, incendies, inondations, épidémies, accidents et veuvages anéantissant les premiers efforts.

Leurs facultés d’adaptation, leur acharnement au travail, la foi rivée au corps, un haut sens moral caractérisent ces huguenots. Au delà de la réussite transparaissent les préoccupations sociales, le souci du bien-être général dans les domaines de la santé, de l’éducation, des sciences et de la préservation de la nature. Ainsi Minard Crommelin, originaire de Picardie créa la première réserve naturelle. De nombreux hommes politiques exercèrent des responsabilités comme Charles Latrobe (le 1er gouverneur de la colonie de Victoria) et George Grey (gouverneur d’Australie du Sud et de Nouvelle-Zélande), contribuant à faire de l’Australie un pays démocratique et pacifié. Le cinéaste Charles Chauvel et le photographe Harold Cazneaux firent connaître leur pays, comme le footballer Roy Cazaly. Des femmes de caractère se distinguèrent particulièrement dans le domaine de l’éducation (Augustine Soubeiran), des arts, des sciences et même du sport comme la montagnarde Freda du Faur.

Les descendants de huguenots australiens ont gardé une mémoire vive de leur origine protestante française et entretiennent cet héritage à travers l’histoire, la généalogie, les rencontres amicales, des conférences et des cultes dont une partie se déroule en français. Lors des dernières Réunions internationales de descendants de Huguenots organisées par le Comité protestant des Amitiés françaises à l’Etranger, ils ont ainsi constitué la plus nombreuse délégation!

En octobre 2010, la Société Huguenote d’Australie organise un grand tour de France intégrant les plus importants lieux de mémoire huguenots !

par Christiane Guttinger

(Émission du Comité Protestant des Amitiés Françaises à l’Étranger diffusée sur France Culture, à 8h25, le 3 octobre 2010)

carte d'Anduze de 1638

Anduze de 1638

Durant l’été 2010, une exposition était proposée aux visiteurs retraçant les 450 ans de l’Eglise réformée d’Anduze. C’est en effet le 20 juin 1560 que l’Eglise réformée d’Anduze a été « dressée » à Anduze.

Pour Théodore de Bèze, le “successeur” de Calvin à Genève, le ministère de la parole et la discipline sont les deux traits qui font une “Église dressée”, une Église sur le modèle de Genève. A défaut, tout au plus peut-on reconnaître une “Église plantée”. De fait, dès le début des années 1540, en dépit de la répression antihérétique dans le royaume, de petites Églises clandestines sont signalées en France. Elles ont été “plantées” par des prédicateurs éphémères s’échappant dès que repérés, des maîtres d’école ou des religieux entrés en dissidence à la suite de lectures ou de voyages.

photo du temple d'Anduze

temple d'Anduze

La ville et la région d’Anduze n’ont pas échappé à ce mouvement. En 1547, un frère cordelier n’avait pas hésité à prêché dans l’Eglise catholique les idées nouvelles, au grand dam du reste du clergé mais sous les applaudissements d’une partie de la population. Les bibles traduites en français, acquises auprès de colporteurs venant de Genève en descendant la vallée du Rhône, étaient diffusées par les commerçants revenant de la foire de Beaucaire. La famille Airebaudouze, qui avait acquis la baronnie d’Anduze en 1545, s’est ensuite prononcée pour la Réforme. L’un des fils, archidiacre à la cathédrale de Nîmes, est alors parti à Genève pour y étudier la théologie et est devenu un prédicateur de renom sous le nom de Monsieur d’Anduze. On rapporte qu’en 1557, des prédicateurs venant de Genève ont été accueillis à bras ouverts par les habitants d’Anduze et des environs, prêchant devant des assemblées de 2 à 3.000 auditeurs. Il ne s’agissait cependant là que d’une église « plantée ».

D’après Théodore Bèze, la première Église réformée « dressée », à la genevoise, est née à Paris en septembre 1555. Presque en même temps sont « dressées » les Églises de Poitiers, Angers, Loudun, Meaux. En l’espace de cinq ans, dans toutes les provinces, plus de douze cents « petits troupeaux » se sont constitués en Églises réformées clandestines, sur le modèle de Genève. Le pullulement des Églises réformées en France entre 1555 et 1560 reflète un bond en avant des adhésions individuelles et familiales à la « nouvelle religion ». La population réformée du royaume atteint environ 10 % de la population globale : gens des villes pour la plupart, avec une forte présence de noblesse, d’élites municipales, de juristes. À ce moment, la clandestinité n’est plus tenable, pas plus que la politique de répression. Les assemblées se tiennent souvent au grand jour et en pleine ville.

Les Églises réformées « dressées » suivent la liturgie de Genève, avec le chant des psaumes. Elles sont pourvues chacune d’un corps d’anciens, tandis que les ministres passent fréquemment d’un lieu à l’autre et contribuent à l’essaimage. C’est ainsi qu’à Anduze, le 20 juin 1560, l’« Eglise de Dieu » est dressée, c’est-à-dire définitivement organisée. Des registres sont ouverts pour y consigner tous les actes publics : naissances, mariages, décès. Anduze a un pasteur venu de Genève, un consistoire composé de diacres et d’anciens. La rupture avec Rome est consommée. La population entière, hormis trois familles restées catholiques, entre résolument dans les rangs de la Réforme, y compris les prêtres et le vicaire d’Anduze.

par Denis Carbonnier

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