Sedan, dominée par son puissant château fort connait la prospérité avec les La Mark-Bourbon qui adhèrent au protestantisme dès le XVIe siècle. Les princes y garantissant la liberté religieuse, elle est une terre d’asile pour les réfugiés qui commencent à arriver dès la Saint-Barthélemy.

Les artisans protestants participent à son essor, tels le graveur de caractères, imprimeur et éditeur Jean Jannon, les horlogers Forfaict et Bernard Palissy qui y invente son procédé d’émaillerie. Henri de La Tour d’Auvergne établit à Sedan un cursus scolaire de qualité depuis le primaire et le collège, avec en 1607, la création d’une académie calviniste francophone qui lui assure un immense rayonnement intellectuel. La porte d’entrée de l’académie est surmontée d’une inscription biblique. Son caractère confessionnel affiché attire les étudiants de toute la France et même d’Europe. Le grand temple transformé en église[1] à la Révocation est l’actuelle église Saint-Charles.

Sedan, à majorité huguenote, passe par mariage à la maison de Turenne; elle est confisquée par Richelieu et rattachée à la France en 1642. En 1646, Fabert, gouverneur, encourage par un privilège la fabrication de drap à la manière hollandaise. Ce sera l’origine de la Manufacture du Dijonval,palais-usine, seule manufacture royale de draps fins en France.

 

Le collège et l’académie sont supprimés en 1681. Les étudiants poursuivent alors leurs études à l’académie de Saumur ou s’exilent. Pierre Jurieu, professeur de théologie et d’hébreu se réfugie à Rotterdam où il devient pasteur de l’église wallonne. Jacques Basnage[2] et Pierre Bayle[3] s’exilent aussi aux Pays-Bas.

Le mathématicien Abraham de Moivre poursuit ses études à Saumur puis Paris et s’exile à Londres. Après des débuts difficiles, il sera élu membre de la Royal Society, puis à titre étranger, à l’Académie des sciences de Paris.

Jessé de Forest, marchand de drap, se réfugie à Leyde. Il meurt au Brésil au cours d’une reconnaissance des côtes de Guyane en 1624; il est, par sa fille, l’ancêtre de Théodore Roosevelt.

De nos jours, témoins de cette prospérité, de beaux hôtels des XVIIe et XVIIIe siècles bordent les rues. Les ateliers donnaient sur cour, tels ceux des Berchet, des drapiers-teinturiers Labauche, et des Poupart-Neuflize. Après la Révolution, la draperie sedanaise reprend sous le Consulat et l’Empire. Deux industriels y jouent un rôle essentiel : Abraham Poupart et Guillaume Ternaux, dont la réussite coïncide avec la mécanisation du travail de la laine. André Poupart de Neuflize est fait baron d’Empire en 1810 et s’associe à la banque protestante Neuflize-Schlumberger-Mallet.

Aux environs de Sedan, la forge de Bazeille, créée au XVIe siècle connut son apogée au XIXe avec Eugène Schneider qui, financé par les banquiers Sellière, fournit chemins de fer et voies ferrées.

Les usines démantelées pendant les guerres ne survivront pas au XXe siècle.

La ville de Sedan a entrepris la mise en valeur de son patrimoine et Sedan sera, depuis Reims, la destination ardennaise d’une excursion de la prochaine réunion internationale de descendants de huguenots.

 

Christiane Guttinger

(Chronique mensuelle des Amitiés huguenotes internationales, diffusée sur France Culture, à 8 h 55, 4 mars 2018).

 

Temple XIX°s →

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Ancien temple XVII°s

 

 

 

 

[1] Par l’architecte Robert de Cotte qui rajoute un chœur arrondi.

[2] Basnage devient pasteur à Rotterdam, puis à La Haye. Il est, entre autres, l’auteur de L’Histoire des Juifs, depuis Jesus-Christ jusqu’à présent. Pour servir de continuation a l’histoire de Joseph, La Haye, Henri Scheurleer, 1716 et d’une Histoire de la religion des Églises Réformées, depuis Jésus-Christ, jusqu’à présent. Dans laquelle on voit la perpétuité de la Foi, la succession de l’Église, l’Établissement de la Réforme. Avec une histoire de l’origine et du progrès des erreurs de l’Église Romaine. Rotterdam & La Haye, Abraham Acher & Pierre Husson, 1725, et d’Annales des Provinces-Unies.

[3] Bayle continuera à enseigner à Rotterdam comme à Sedan la philosophie et l’histoire. En relation épistolaire avec l’élite intellectuelle européenne, il publie les Nouvelles de la république des lettres, périodique de critique littéraire, historique, philosophique et théologique, diffusé dans toute l’Europe.

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