Traditionnellement, le protestantisme – et tout particulièrement le protestantisme réformé – est réputé comme une religion sans image ou pire sans art, à l’exception notable de la musique. Deux livres parus récemment nous démontrent brillamment qu’il n’en est rien.

Le cinq-centième anniversaire de la Réforme a été pour le Ministère de la Culture l’occasion d’étoffer sa remarquable collection de référence « Vocabulaires » d’un 14e volume consacré au vocabulaire typologique des « Protestantismes ». Sous ce titre (« Protestantismes » au pluriel), sont donc considérés cinq siècles de patrimoine(s) protestant(s) mais aussi les usages, les pratiques ainsi que leur évolution dans le temps et dans l’espace. Dans une perspective très large, il englobe également le patrimoine moins connu que celui des Eglises dites « historiques », à savoir celui des Églises protestantes plus récentes comme, entre autres, l’Eglise baptiste ou encore l’Armée du Salut.

Son auteur, l’archiviste-paléographe Mireille-Bénédicte Bouvet, est conservateur en chef du patrimoine, responsable de l’Inventaire général du patrimoine culturel – Région Grand Est – site de Nancy. Ce qui explique l’importance des exemples pris dans l’est de la France et dans l’aire germanique.

C’est volontairement que l’ouvrage n’est pas conçu comme un dictionnaire. Après une solide introduction présentant la place du patrimoine dans les protestantismes français, s’articulent 11 grands chapitres qui regroupent 170 notices assurant un panorama très complet du sujet malgré la modestie de l’auteur qui avance ne pas avoir « la prétention d’être exhaustif ».

Nous devons aussi souligner le nombre, la variété et la qualité documentaire des illustrations. Au nombre d’environ 400, elles permettent de participer et de compléter par leur spécificité, les définitions et descriptions des entrées.

In fine, parmi les annexes, plutôt qu’une stricte chronologie historique du protestantisme français a été privilégiée une riche « Chronologie » intégrant les grandes dates d’événements ayant eu une conséquence patrimoniale.

On n’aura garde d’oublier de signaler la riche bibliographie sur laquelle s’est fondée l’auteur, soit environ 500 ouvrages ou articles.

Enfin, un intérêt supplémentaire de ce – vous l’aurez compris – très riche ouvrage réside dans l’exercice, ô combien délicat, de proposer une traduction en anglais et en allemand des termes qui composent ce « Vocabulaire ».

Le second ouvrage est dû à l’historien bien connu Patrick Cabanel, directeur d’études à l’Ecole pratique des hautes études et responsable de l’actif musée du protestantisme de Ferrières, dans le Tarn.

Sous le titre «Le protestantisme français », l’auteur retrace les moments clés de cette, – comme il la nomme en sous-titre – « belle histoire XVI-XXIe siècle», en se fondant sur des œuvres variées (peintures, gravures, médailles, photos, etc.) contemporaines ou rétrospectives des grandes pages du protestantisme français. C’est pour lui, l’occasion de créer en paraphrasant Malraux, un musée non pas « imaginaire » mais « idéal » composé de plus de 50 sections accompagnées chacune d’une bibliographie et qui déroulent les événements, heureux ou malheureux du protestantisme français.

En conclusion, il est donc possible d’affirmer que ces deux ouvrages, fondés sur des démarches très différentes, offrent enfin une approche originale du protestantisme.

 

Hélène Guicharnaud

(Chronique mensuelle des Amitiés huguenotes internationales (anciennement Comité protestant des amitiés françaises à l’étranger), diffusée sur France Culture, à 8 h 55, le 6 mai 2018).

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