2018, cinquantenaire de l’assassinat du pasteur baptiste Martin Luther King. Une exposition de panneaux a été inaugurée le 6 avril à la Maison du protestantisme, 47 rue de Clichy, à Paris, et y sera présentée toute l’année. 300 exemplaires sont à la disposition des associations, églises, établissements publics, sur le site www.mlk50.fr. Lors d’une tournée européenne effectuée dix-huit mois après avoir reçu le Prix Nobel de la Paix, Martin Luther King était venu à Lyon le 29 mars 1966, seule étape française, où 5 000 personnes vinrent l’écouter à la Bourse du Travail. La Bibliothèque Municipale de la Part-Dieu a consacré de février à avril, une exposition « Martin Luther King, le rêve brisé ? » rappelant cette visite et l’ensemble des luttes des Noirs pour leurs droits civiques et sur les personnalités qui les ont défendus, dont Angela Davis, Harriet Tubman ou Rosa Parks

De nombreux concerts célèbrent les 100 ans de l’introduction du jazz en France par les Afro-Américains et en attribuent la paternité au lieutenant James Reese Europe, de l’orchestre de l’armée américaine du 369th Hellfighter. L’histoire a assimilé la popularisation de cette musique à l’émancipation du régiment noir américain incorporé sous commandement français dont le courage fut reconnu par l’attribution de la Croix de guerre et pour 170, la Légion d’honneur. En France, tout citoyen, quelle que soit sa couleur de peau, jouissait des mêmes droits, alors que la ségrégation sévissait dans les rangs de l’armée américaine où les noirs ne pouvaient être armés, dévolus aux tâches de construction et aménagements logistiques.

L’historien L. Cuny, rappelle aussi que des formations telles que le groupe noir des Virginia Minstrels, se produisirent à Paris dès 1844 lors de tournées en Europe, accompagnés de banjo, violon, tambourin, avec des airs à racines éthiopiennes qui passèrent dans la Folk music traditionnelle américaine. Le gospel, accompagnait les nombreux offices religieux protestants organisés pour les membres du corps expéditionnaire sous l’égide des YMCA (source Erwan Le Gall, site enenvor.fr). Il fut popularisé dans les années 1950 par  une formation française, les Compagnons du Jourdain et des groupes comme les Golden Gate Quartet qui se fixèrent en France.

Le 13 juin, une conférence organisée par la librairie Jean Calvin au temple de l’Etoile, a réuni le journaliste-politologue Alain Duhamel et Patrick-Cabanel, directeur d’études à l’Ecole pratique des hautes études sur le thème de « La pertinence d’une parole politique des protestants ». Confrontation très intéressante de deux brillants conférenciers se donnant courtoisement la réplique. Guizot fut sans conteste le grand homme politique protestant ; furent cités Waddington pour le Second Empire dominé par les industriels protestants, Ferdinand Buisson, Jean Zay, Gaston Doumergue seul président de la République de confession protestante, Rocard, Couve de Murville, Jospin et sept ministres protestants du gouvernement Mitterand. Les protestants auraient été le plus influent en période de crise ; aujourd’hui, reconnus, ils sont un peu absents de l’arène…

Dans le bulletin n° 63 (mars 2018), de la Société d’histoire du protestantisme en Normandie, Jean Guérin publie une intéressante Esquisse biographique d’Edmond Bacot (Caen 1814-1875) qui a joué un rôle important dans l’évolution des débuts de la photographie après avoir suivi une formation de peintre à l’Ecole des Beaux-arts de Paris dans l’atelier de Paul Delaroche. Avec ses condisciples Charles Nègre et Gustave Le Gray, il s’oriente vers cette nouvelle technique présentée par Daguerre en 1839. Bacot photographie des monuments de Normandie et se fait particulièrement remarquer en 1851 avec une vague « instantanée« , dont il ne pourra malheureusement pas reproduire le procédé, objet des recherches des pionniers d’alors. L’intérêt pour la photo le met en relation avec Victor Hugo dont il partage les idées républicaines et pour qui il réalise à Guernesey une photographie du personnage de Cosette et un reportage photographique à Hauteville House, à l’origine d’un nouveau genre littéraire et artistique. Originaires de Tours, plusieurs membres de la famille Bacot ont émigré à la Révocation en Angleterre et Caroline du Sud ; une branche développe une manufacture de draps à Sedan.

Les musées du protestantisme des quatre coins de l’hexagone s’animent pendant l’été autour d’expositions, animations, colloques, conférences, moments musicaux et marches découvertes.

Le Musée du Désert multiplie les rendez-vous, autour d’un culte nocturne, de concerts, de représentations théâtrales et de conférences avant d’accueillir l’Assemblée annuelle le 2 septembre (voir 3ème et 4ème de couverture).

A Ferrières, au Musée du protestantisme de la Réforme à la laïcité a organisé le 7 juillet un colloque sur « Les enfants cachés » et une exposition ouverte jusqu’au 16 septembre, « Enfants espagnols et juifs réfugiés dans le Tarn pendant la 2ème guerre mondiale » ; du 10 au 12 août « Le musée et dans le pré« , exposition du peintre Claude Vallat (détails sur le site www.mprl)

Une Journée d’études « Protestantisme, éducation et pédagogie« , a été organisée le 9 juillet, à l’Espace culturel La Halle de Dieulefit (Drôme), par les associations Héloïse, Itinéraire des pédagogues européens, Patrimoine-Mémoire-Histoire du Pays de Dieulefit, Sur les pas des Huguenots, ITEP de Beauvallon, la Société du Musée du Protestantisme Dauphinois et les Amis du Musée du Trièves à Mens.

 

Le musée du Poitou protestant à Beaussais propose du16 juin au 9 septembre, une exposition Les îles britanniques, une terre d’exil pour les huguenots. Le 20 juillet à 20 h, une soirée nocturne, Partez à une assemblée du Désert, évoquait les conditions dans lesquelles se préparaient et se déroulaient les assemblées clandestines à haut risque. Le 11 juillet, était proposée une initiation à la généalogie protestante, au Centre Jean Rivierre à La Couarde (www.museepoitouprotestant.com)

 

Le Musée Médard de Lunel, Centre d’interprétation du livre et du patrimoine écrit, présente, du 18 avril au 22 septembre 2018, « Savantes lumières, Louis Médard et l’aventure du XVIIIe siècle », les idées des « Lumières » – liberté, tolérance, instruction – à travers sa collection. Le protestant Louis Médard (1768-1841), né à Lunel il y a 250 ans, formé aux études classiques suivies à Nîmes, négociateur en indiennes, humaniste et bibliophile, soucieux d’éducation, a légué sa propriété et les 5 000 ouvrages de sa bibliothèque à sa ville, sous condition « de maintenir en tous temps le Collège, de ne jamais dénaturer en rien ma collection de livres et d’en faire jouir les habitants de Lunel avec l’aide d’un bibliothécaire ». En 2017, le musée a reçu l’appellation nationale « Musée de France ».

 

Le Temple-mémorial américain de Château-Thierry a été reconnu comme lieu mémoriel par le ministère des Armées. Ce concept de temple-mémorial est unique en Europe, étranger à la conception réformée qui n’introduit les plaques à la mémoire de ses membres disparus qu’à la suite du traumatisme engendré par la Grande guerre et relève de la tradition américaine. Sa restauration se poursuit : la moitié de ses remarquables vitraux, restaurés et complétés, a été remis en place. Une nouvelle souscription (sur le site de la Fondation du Patrimoine) a été lancée pour la restauration du clocher et de la façade. Une présence de mérule, champignon lignivore, nécessite des travaux d’urgence et imprévus assumés par l’association des Amis des Temples (8 place de l’Hôtel de Ville, 02400 Château-Thierry).

La ville de Noyon essentiellement connue des protestants pour son musée Calvin installé sur le site de sa maison natale reconstruite de 1927 à 1930 par l’architecte Charles Letrosne, met cet été en lumière au musée du Noyonnais l’évocation de la ville en 1918 par l’exposition « Peindre les ruines » et « Portraits d’hommes dans la Grande Guerre par Joseph-Félix Bouchor ». Peintre de l’armée, Bouchor (1853-1937) nous intéresse aussi par sa proximité avec le pasteur Charles Wagner dont il a exécuté un portrait dédicacé « A mon ami » et ses liens d’amitié et de travail avec David Burnand, l’auteur des cartons des vitraux du Temple-mémorial américain de Château-Thierry.

 

 

 

Sur l’initiative du professeur Thomas Römer, titulaire de la Chaire « Milieux bibliques,  le Collège de France présentera du 15 septembre au 19 octobre 2018 (lundi au vendredi 10h-18h) une exposition « Mésha et la Bible, quand une pierre raconte l’Histoire« . Cette stèle en basalte noir d’environ 1 m 20 de haut fut découverte il y a 150 ans, par un missionnaire alsacien, F. A. Klein, dans l’ancien Royaume de Moab (Jordanie actuelle). Les Bédouins, pensant que son intérêt était du à un trésor caché la brisèrent. Charles Clermont-Ganneau, futur professeur du Collège de France, en fit réaliser un estampage qui permit de la reconstituer puis en déchiffrer l’écriture.

La stèle de Mésha (musée du Louvre)

est d’une importance majeure pour l’étude des écritures du Levant ancien et la Bible : l’intervention du dieu tutélaire de Moab peut ainsi être comparée à celle de Yahvé pour Israël. L’exposition présentera l’estampage original et des objets rares illustrant le contexte religieux et historique du Levant ancien grâce au concours du musée du Louvre, du musée Bible et Terre Sainte (Institut catholique de Paris), du musée national de Beyrouth et de la Société de l’histoire du protestantisme français.

Suivant deux journées d’étude, les 12-13 novembre, la Bibliothèque Mazarine, 23 quai de Conti, Paris 6e, présentera une exposition co-organisée avec la SHPF, intitulée « Maudits livres luthériens 1518-2018: 500e anniversaire de la Réforme en France ». Les œuvres de Luther arrivent à Paris en 1518 sous la forme d’un recueil de textes publié à Bâle, circulent dans tout le royaume, réimprimées, traduites, suscitant aussi condamnations et destructions. L’Index des livres interdits est créé en 1544. Le livre et l’imprimerie deviennent acteurs et témoins privilégiés du renouvellement des idées; maudits, « hérétiques », ils mènent à l’exil et au bûcher…

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