Ligier Richier, voit le jour vers 1500, à Saint-Mihiel sur Meuse, en Moselle, et meurt à Genève en 1567. L’essentiel de sa carrière se déroule dans les cours des duchés de Lorraine et de Bar, alors indépendants. Ses œuvres majeures marquant le début de la Renaissance sont visibles dans les églises de plusieurs localités ponctuant un circuit touristique de découverte du sculpteur, la « route Ligier Richier » qui, de Bar-le-Duc à Étain, passe par Saint-Mihiel.

On ne sait exactement où Ligier Richier s’est formé. On a parlé de voyages en Italie et de contacts avec Michel Ange mais rien ne le prouve. Certaines œuvres ont pu être datées grâce au récit[1] d’un marchand champenois, de passage à Bar-le-Duc et Saint-Mihiel vers 1532.

Ligier Richier a 30 ans lorsque le duc Antoine de Lorraine dit le Bon, également duc de Bar, fait appel à lui. En 1543, il devient syndic de la ville de Saint-Mihiel.

En 1547, Anne de Lorraine[2], lui commande un monument à la mémoire de son mari, René de Chalon, Prince d’Orange, allié de Charles Quint, mort 3 ans plus tôt, lors du siège de Saint-Dizier. Surprenant, debout, impressionnant le Transi, squelette hyperréaliste, couvert de lambeaux de peau en décomposition ; il tourne son visage aux orbites creuses vers le ciel, le bras levé, brandissant son cœur[3]. Le Transi, est un ressuscité, triomphant de la mort, qui évoque les Christ en croix, yeux ouverts, de Cranach, le peintre ami de Luther. Ligier Richier s’est-il déjà, à l’époque, converti au protestantisme ? Il introduit une image tout à fait novatrice, en accord avec la foi protestante qui ne s’appesantit pas sur la mort et proclame sa confiance en Dieu.

La Pietà (1523) de l’église Saint-Martin d’Étain marque aussi une rupture avec l’iconographie classique : la Vierge est agenouillée humblement à même le sol à côté du Christ mourant.

A Bar-le-Duc, l’Eglise SaintEtienne (1315-1520) de style gothique flamboyant nuancé de Renaissance, abrite le Transi et un immense calvaire composé d’un Christ en croix entouré des deux larrons, sculptés dans du noyer.

 

La Mise au tombeau[4] de l’église Saint-Etienne à Saint-Mihiel est l’œuvre la plus aboutie. Elle met en scène 13 personnages un peu plus grands que nature, sculptés dans du calcaire fin de Tonnerre, auquel une restauration récente a redonné tout son éclat. Chacun, très individualisé et expressif, est traité avec réalisme. Les drapés et la texture des costumes ornés de broderies et de bijoux sont sculptés avec une finesse remarquable. Regardons de plus près : Ligier Richier a donné à Nicodème les traits de Calvin !

Il adresse à Charles III de Lorraine, une pétition réclamant le libre exercice de la religion réformée, mais il quitte la Lorraine vers 1563 et s’exile à Genève.

 

Ligier Richier, éminent sculpteur de la Renaissance, a ainsi réalisé en pays catholique des œuvres exprimant discrètement son adhésion à la Réforme, par la forme et l’esprit, mêlant naturalisme et forte valeur symbolique.

 

Ligier Richier est à l’origine d’une dynastie de sculpteurs. Son fils Gérard le suit à Genève puis revient à Saint-Mihiel[5] et travaillera au palais ducal de Nancy. Son petits fils, Jacob s’attachera au duc de Lesdiguières, dans la région de Grenoble.

 

Christiane Guttinger 

(Chronique mensuelle des Amitiés huguenotes internationales (anciennement Comité protestant des amitiés françaises à l’étranger), diffusée sur France Culture, à 8 h 55, le 8 avril 2018).

 

 

[1] Nicolas Chatourup ou Chatonrupt selon un document aujourd’hui disparu

[2] la fille d’Antoine de Lorraine.

[3] Ce geste symbolique, Théodore de Bèze l’associera plus tard, dans ses Emblèmes, éditées en 1580, à Calvin qui offre son cœur à Dieu.

[4] Réalisée entre 1554 et 1564, ce fut une des 1ères œuvres que Prosper Mérimée proposa au classement sur la toute première liste des monuments historiques.

[5] Il exécute des portraits en médaillon dont un de son père (Musée de Berlin)

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