A Blérancourt, situé à 15 kms de Noyon (Oise), la ville natale de Calvin, le musée de l’amitié franco-américaine a rouvert après plusieurs années de rénovation. Ce musée dédié à l’amitié franco-américaine a été fondé par Anne Morgan qui mena pendant la 1ère guerre mondiale une action sociale et de reconstruction auprès des populations civiles de l’Aisne de 1917 à 1924.

Anne Morgan était la richissime héritière du magnat des chemins de fer, de l’acier et banquier, John Pierpont Morgan, son père, mort d’une crise cardiaque en 1913. Elle est née en 1873, marquée par une éducation assez rigide venant de son arrière grand-père, le pasteur unitarien John Pierpont dont les prêches contre l’esclavage (aboli aux US seulement en 1865) et la reconnaissance des droits de l’homme furent célèbres. Son père, engagé dans l’église épiscopalienne, était déjà très attentif aux questions sanitaires et à la lutte contre la tuberculose dès 1903. Anne, d’un caractère volontaire et indépendant s’occupe des ouvroirs de la paroisse, puis participe aux mouvements philanthropiques féminins, milite pour le sort des ouvrières et femmes des milieux ouvriers, la création des premières résidences sociales en Amérique.

En vacances en France en août 1914, Anne Morgan admire le courage des soldats français mobilisés et veut s’investir.

Elle offre sa villa de Versailles pour accueillir des blessés puis retourne aux Etats Unis. Elle y participe à la levée de l’aide américaine en faveur de la France, et constitue une association de femmes volontaires, le CARD – Comité Américain pour les régions dévastées. En mai 1917, en accord avec les autorités militaires françaises, elle s’installe à Blérancourt, dans l’Aisne, au cœur d’une région ruinée. Avec ses amies américaines volontaires portant l’uniforme des poilus et au volant de Ford, elle organise l’acheminement de produits de première nécessité -nourriture, vêtements, ustensiles de cuisine-, mais aussi outils agricoles, tracteurs et semences pour remettre les terres en culture et ouvre une école ménagère. Recrutant du personnel spécialisé formé par la Maison de santé protestante de Bordeaux (méthode Florence Nightingale), un dispensaire ouvre dans une baraque, et des visiteuses se déplacent dans les familles (souvent des femmes seules dont les maris sont mobilisés) avec enfants et nourrissons, dispensant soins et conseils d’hygiène. Notons que l’aide est toujours liée à l’éducation !

En mars 18, plus de 800 familles se sont réinstallées et peuvent s’auto-suffire. Le gouvernement français salue cette réussite, mais la région se retrouve au cœur de l’offensive allemande de mars 1918. Le Comité installe des structures provisoires, des solutions de repli pour les réfugiés civils, et vient aussi en aide aux soldats avec des cantines ambulantes sur le front et dans les hôpitaux.

Le musée de Blérancourt possède une documentation exceptionnelle sur cette période, mais revient aussi sur les épisodes historiques de l’amitié franco-américaine du XVIIe à nos jours (La Fayette dans la guerre d’indépendance), les échanges artistiques au XIXe et XXe siècle.

L’action remarquable du CARD, que l’on peut associer à celle d’autres œuvres américaines d’origine protestante comme l’Armée du Salut, la Croix rouge, les YMCA (Young Men Christian Association), YWCA (Young Women Christian Association), le rôle des philanthropes protestants, a exercé une influence durable sur l’état sanitaire, l’éducation, l’image de la femme moderne, responsable et indépendante.

« Patience, courage, persévérance et rapidité d’action » tels ont été les maître-mots de l’action d’Anne Morgan, qui avait adopté la devise des ducs de Gesvres anciens propriétaires du château de Blérancourt.

par Christiane Guttinger

Chronique mensuelle des Amitiés huguenotes internationales (anciennement Comité protestant des amitiés françaises à l’étranger) diffusée sur France Culture, à 8 h 55, le 1er octobre 2017.

Bibl. Evelyne DIEBOLT et Jean-Pierre LAURANT, Anne Morgan une américaine en
Soissonnais (1917-1952) Le griffon
insigne du Card

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