La poste polonaise vient d’éditer un timbre commémoratif de la Réforme et Wroclaw est ville européenne de la Réforme. Un paradoxe dans la catholique Pologne ?
Valdo et Jean Hus avaient fait de nombreux disciples en Pologne. Aussi la Réforme se répand très rapidement, ainsi à l’université de Cracovie (autour du grand imprimeur Jan Trzecieski), Varsovie, mais aussi les campagnes. La haute noblesse adopte la foi évangélique, tel les princes Nicolas et Rufus Radziwill en Lithuanie (1552). Les princes Leszcinski font de Lezsno et ses environs un foyer actif, où les protestants de Bohème, chassés par Ferdinand de Habsbourg, trouvent refuge.

Nicolas Radziwill, met son immense fortune au service de sa foi, fonde des églises, écoles et imprimeries et finance la traduction de la Bible en polonais. La région de Gdansk, la Silésie, Lublin, optent pour la foi évangélique.

La Réforme prend son essor avec l’humaniste Jan Laski, secrétaire du roi Sigismond Auguste II sympathisant évangélique. Il organise l’Eglise Réformée et tente de rapprocher luthériens et réformés, avec le pacte de 1555 (pacte de Kozmineck qui reçoit les félicitations de Calvin). Malgré sa mort en 1560, le rapprochement se concrétise en 1570 par la Confession de foi de Sandomir, impulsée par les palatins de Cracovie et de Sandomir.
C’est l’apogée du protestantisme polonais, avec 2000 paroisses. En 1573, les protestants représentent 50 % de la Chambre haute et 65 % de la Chambre basse de la Diète ; une loi accorde la tolérance religieuse. La noblesse essentiellement réformée est nombreuse en Pologne du sud et Lithuanie, les Frères de Bohème se concentrent dans la Grande Pologne au nord, les marchands luthériens sont dans les grandes villes de la baltique. Des communautés protestantes italiennes, françaises s’établissent à Cracovie, Vilnius etc, qui semblent des foyers de tolérance.
Les dissensions théologiques empêchent la création d’une Eglise unie et affaiblissent peu à peu la foi nouvelle. La mort en 1565 du prince Nicolas Radziwill est un coup fatal aux évangéliques de Lithuanie et en 1583 les protestants sont expulsés de Varsovie. La montée des idées anti trinitaires au sein des Frères de Bohème sous l’influence des frères Lelio et Fausto Sozzini, riches siennois réfugiés en Pologne, sème le trouble.
En 1571, pour contrer les Habsbourg et favoriser les protestants en Europe centrale, Coligny manœuvre pour faire élire Henri de Valois au trône ; ce dernier abandonne bien vite.

Un prince protestant hongrois, Etienne Bathory lui succède, qui finit par abjurer tout en garantissant la liberté de foi. Mais avec le règne de Sigismond III (1587-1632), triomphe une politique de re catholicisation à outrance : fin des charges officielles pour les protestants, privilèges et influence considérables donnés aux jésuites. Les protestants et les grecs orthodoxes (50% de la population) sont persécutés, chassés des villes, les pasteurs bannis. En 1658, les Frères unitariens sont expulsés, le comte Waclaw Potocki (1621-1696), un des grands poètes polonais baroques, abjure le protestantisme, auquel sa femme reste fidèle.

C’est le déclin, la clandestinité ou l’exil, les conversions de la noblesse pour sauver ses privilèges et les confiscations des églises.

En 1768, sous la pression de la Russie et la Prusse, les droits politiques et la liberté religieuse sont rétablis.

Sous le règne du roi Stanislas Poniatowski (1766-1795), avec le concours du banquier de la cour Tepper, est inaugurée l’église luthérienne de la Trinité à Varsovie (1778). C’est la refondation dans tout le pays des communautés protestantes.

Après l’essor du XIXe siècle, les protestants polonais connaîtront les tribulations du nazisme et du communisme.

Depuis la chute du rideau de fer, malgré l’émigration et la dénatalité, des paroisses se créent ou se recréent. Le patrimoine luthérien et ses belles églises baroques ou néo-gothiques est remis à l’honneur, le pays découvre son passé protestant, celui d’une époque où le paysage confessionnel était tout sauf monolithique.

par Thierry Rousset

(Chronique mensuelle des Amitiés huguenotes internationales (anciennement Comité protestant des amitiés françaises à l’étranger) texte dit par Isabelle Rousset, diffusée sur France Culture, à 8 h 55, le 3 septembre 2017).

Bibliographie :

Jacek Wijaczka : The reformation in Poland in the 16th century, a success story or a failure ? – Université Copernic – Torun
Comte Valerian Krasinski : Essai d’histoire religieuse des nations slaves, Londres, 1849 -1851
Sites internet : www.luteranie.pl (avec traduction anglaise) et www.reformowani.org

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