Dans le cadre de la commémoration de la Réforme, Venise a été élue ville européenne de la Réforme, par décision de la Municipalité et de la Conférence des Eglises protestantes d’Europe. Une cérémonie en l’église luthérienne de Venise, Campo S.S Apostoli, Canareggio, le 31 octobre 2016, célèbre cet événement.

Venise, grand port international et haut lieu de l’imprimerie au XVI e siècle, est la porte de la Réforme en Italie. Dès 1520, les idées de Luther se répandent avec succès, grâce aux marchands allemands du Fondaco dei Tedeschi, non seulement à Venise mais aussi Bassano, Padoue, Vicence, Trévise et les villes de l’Istrie. En 1525 l’imprimeur Aristotele Rossi, publie une anthologie d’écrits de Luther en italien. En 1530 est imprimée à Venise la traduction du Nouveau Testament par le protestant florentin Bruccioli, suivie en 1532 de toute la Bible. Cette traduction, avec ses commentaires est un des moyens les plus efficaces de diffusion de la Réforme en Italie. Plusieurs fois réimprimée, la Bible « Bruccioli » pénètre dans les cours princières comme les foyers des artisans. En 1543 paraît le manifeste de la Réforme en Italie, le Bénéfice du Christ de Benedetto da Mantova, qui est plusieurs fois réédité.

Le secrétaire de l’ambassadeur d‘Angleterre à Venise, Baldassare Altieri, adepte de la réforme, écrit à Luther en 1542, au nom des communautés évangéliques de Venise, Vicence et Trévise ; il lui demande d’intervenir en leur faveur auprès des princes de la ligue de Smalcade. A la suite de quoi, l’électeur de Saxe, Jean-Frédéric plaide la cause des protestants auprès du doge.

Les adhérents de la Réforme, sont des artisans du textile, des libraires, des marchands, avocats et médecins, quelques moines et membres du patriciat tel le frère du doge Niccolo da Ponte, Andrea, protecteur de ces crypto évangéliques. Les cultes se tiennent dans la clandestinité dans les maisons, les négoces. La ville est considérée comme « infestée par l’hérésie ».

La politique religieuse de Venise est de se protéger d’une ingérence de la papauté, le Sénat nomme le patriarche. Toutefois, après la défaite de la ligue des princes protestants de Smalcade en 1547 et l’élection de Caraffa qui devient le pape Paul IV (1555-1559), la persécution des protestants se fait bien plus intransigeante. Venise dont le déclin économique est entamé, ne peut s’aliéner la papauté. L’Inquisition a commencé son œuvre de répression.

Les marchands luthériens allemands, qui forment une communauté de plusieurs centaines de personnes, célèbrent leur culte dans leur comptoir, le célèbre Fondaco. Les évangéliques vénitiens eux, subsistent dans la clandestinité. Aux premiers cercles luthériens, se sont ajouté des groupes calviniste et anabaptiste mais l’essor de la Réforme à Venise est brisé. En 1567 est arrêté le chef de la communauté, le médecin Teofile Panarelli di Monopoli, jugé puis expulsé à Rome où il meurt supplicié. C’est l’exil ou la clandestinité de la communauté, même si les cultes se poursuivent au Fondaco, secrètement, pour les négociants allemands. En 1695, l’Inquisition perd un procès contre l’un d’entre eux, les allemands obtenant le droit de pratiquer leur foi comme les grecs ou les juifs, mais avec interdiction de faire du prosélytisme. En 1719 les luthériens allemands peuvent établir un cimetière et sortent de la clandestinité avec la République transalpine puis les Habsbourg.

 

Napoléon accorde en 1806 la liberté religieuse à la communauté qui doit cependant renoncer à son cimetière et à la chapelle du Fondaco. Après des tractations, l’oratoire de l’Angelo Custode, est attribué aux luthériens et le 1er culte célébré en 1813. C’est le début d’une période de renouveau et d’évangélisation.

 

 

L’église conserve des trésors artistiques remarquables : un retable du Titien, venu de la chapelle du Fondaco, un portrait de Luther par Cranach, un bel orgue et un pupitre offerts par les Hohenzollern en 1914. La communauté luthérienne cosmopolite des négociants et des artistes s’est renouvelée dans l’après- guerre pour devenir italienne et internationale.

Fidèle à son riche passé, c’est un lieu de foi et de culture musicale et artistique.

 

Ne manquez pas de la visiter lors de votre prochain voyage à Venise.

 

 

par Thierry Rousset

Chronique mensuelle des Amitiés huguenotes internationales (anciennement Comité protestant des amitiés françaises à l’étranger) texte dit par Isabelle Rousset, diffusée sur France Culture, à 8 h 55, le 5 février 2017.

 

 

 

 

Bibliographie :

Salvatore Caponetto : La Riforma nell’Italia del Cinquecento, Claudiana 1997

Norbert Denecke : Le Communita luterane in Italia, Claudiana 2002

Un roman : L’œil de Carafa, par Luther Blissett (collectif italien), traduit de l’italien, Seuil, 2001

www.kirche-venedig.de

 

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