Nanteuil-les-Meaux ? Ce village de Seine et Marne devrait tenir une place plus importante dans la mémoire protestante. Savez-vous, en effet, que c’est dans son faubourg de Chermont, que fut édifié en France un des tout premiers temples réformés, vers 1570 (Robert Mousseaux : « Chassés de Meaux et de l’église qu’ils avaient achetée, en raison des désordres qu’ils avaient commis en 1561,les protestants s’enfuient vers Nanteuil. Ils construisent sur la route à un km le temple de Cornillon, rasé en 1567, après la Surprise de Montceaux ». Selon Gal-Ladevèze (1112 S.H.P.F) ils commencent la construction du temple de Chermont en 1570, à 5 kms de Meaux.) ?

Ceci nous ramène aux origines de la Réforme française à Meaux. Le curé Briçonnet avait attiré (Dès 1508) à St-Germain-des-Prés, puis à Meaux dont il est nommé évêque en 1520, son ancien professeur Jacques Lefèvre d’Etaples, théologien humaniste qui traduit la Bible en français et professe un retour au christianisme des origines.   L’évêque Briçonnet reprend en main son diocèse, ne gardant que les meilleurs éléments de son clergé, et fait prêcher en français – et non en latin- à partir des épitres de Paul et des textes bibliques traduits par Lefèvre.

En 1525, les démarches évangéliques du cénacle de Meaux sont condamnées, en dépit de la protection de Marguerite d’Alençon future reine de Navarre, sœur de François 1er. Elle avait aussi soutenu Louis le Berquin, le traducteur des textes de Luther en français, brulé en 1529 place de Grève à Paris. Lefèvre d’Etaples se réfugie chez elle à Nérac, Guillaume Farel à Strasbourg, mais leurs principes ont convaincu de nombreux adeptes qui « dressent » à Meaux en 1546 la 1ère église réformée française organisée selon la discipline calviniste, autour d’un pasteur désigné par des « anciens ». Surpris lors de la célébration de la Cène dans une maison particulière, les participants sont arrêtés, 14 brûlés vifs avec leur pasteur Pierre Leclerc, sur la place du marché, le quartier de Meaux privilégié des protestants.

Ceux-ci se dispersent, essaiment dans toute la Brie, se réunissant autour d’un pasteur itinérant dans les châteaux des nombreux nobles (A Chalendos-Saint-Siméon, Mortcerf où un temple est accordé en 1598, la Charmoy, Launois-Renault, etc.) qui ont rejoint les Condé, seigneurs de La-Ferté-sous-Jouarre.

Les réformés vont construire vers 1570, à 5 kms de Meaux, le temple de Chermont, qui sera détruit à la Révocation de l’édit de Nantes. Connu par un croquis retrouvé dans une vieille Bible, c’était un simple édifice rectangulaire couvert d’un toit à deux pentes, et dont le pignon était orné des tables de la Loi (Un fragment des tables de la loi découvert il y a quelques années à Chermont où elles ornaient le 1er temple, est visible dans le temple actuel.). Le temple actuel est édifié en 1827, sur la même commune de Nanteuil-les-Meaux en style néoclassique, précédé, en façade, de 4 imposantes colonnes.

Au sud de Meaux, près de Saint-Denis les Rebais, le seigneur Lhuillier accueillait au XVIes des cultes au château de Chalendos. Dans ce secteur, à Vaultavosne, un temple dont subsiste le cimetière protestant est élevé en 1811. A proximité se développe le hameau de Mazagran, autour d’une école protestante construite dès 1846 (Depuis 1838, une école fonctionnait déjà dans une grange.) malgré l’opposition du maire, laïcisée en 1882 sous Jules Ferry, puis un nouveau petit temple en 1859 (Puis au XXe siècle, un presbytère et une salle paroissiale qui servira à l’accueil de nombreux groupes et scouts de la région parisienne).

Ajoutons que c’est à Meaux que périt sur le bûcher le premier pasteur martyr en 1546 ; le dernier, Charmusy, battu à mort en 1771 (Charmusy arrêté à Nanteuil, décède dans la prison de Meaux, 9 jours après avoir été roué de coups. Le pasteur Hervieux sera lui, guillotiné pendant la Terreur en 1791.).

Beaucoup de protestants briards s’exilèrent en Allemagne et en Hollande comme le prouvent les registres des églises du Refuge.

Témoin de cette importante implantation protestante en Brie, la paroisse de Nanteuil-les-Meaux regroupe aujourd’hui les communautés de Coulommiers, Mazagran et Quincy.

 

 

par Christiane Guttinger

Chronique mensuelle des Amitiés huguenotes internationales (anciennement Comité protestant des amitiés françaises à l’étranger) diffusée sur France Culture, à 8 h 55, le 7 mai 2017.

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