En France, les commémorations liées à l’année Luther 2017, cinq siècles de protestantisme ont été lancées cet été en juillet, sous le chêne séculaire du Bois Tiffrais, par un culte présidé par le pasteur Clavairoly, président de la Fédération protestante de France. Une exposition de 20 panneaux, Aux sources du protestanisme, 500 ans de réformation, circulera dans les paroisses, la F.P. F. organise un colloque historique international les 22-23 septembre à Paris axé sur la diversité du protestantisme à travers les siècles, puis un rassemblement Protestants en fête qui se déroulera du ainsi (renseignements sur le site www.protestants2017.org) Signalons de nombreuses sorties d’ouvrages importants en librairie concernant notre sphère d’intérêt. Ce 500e anniversaire a ceci de particulier que le pape François et l’Eglise catholique ont manifesté la volonté de s’y associer.

L’année Luther est, entre autres, commémorée activement à Orléans dans un esprit œcuménique, « faire mémoire pour une église vivante« , entamé le 5 novembre 2016 par un « culte de la cité » au temple protestant et se terminant par une célébration œcuménique à la cathédrale le 21 octobre 2017. Conférences, expositions, lectures, concerts se succèderont tout au long de l’année. Une jolie brochure-programme a été éditée et est téléchargeable sur le site erf-orleans.org. Les contacts qu’eut Calvin avec la pensée luthérienne à Orléans, où il poursuivait des études de droit auprès du professeur de grec, l’allemand Melchior Wolmar, et avait comme condisciples des étudiants allemands, semblent avoir été déterminants dans la maturité de sa conversion.

 

L’année 2017 sera aussi marqué par le bicentenaire de la naissance de John Bost (voir p. ?), l’ouverture du musée John Bost début mars, à La Force (Dordogne) lieu du colloque européen des musées protestants 2017 sur le thème de la mémoire des œuvres médicales sociales.

 

Une vingtaine de musées (voir la liste sur notre site huguenots.fr) se reconnaissent comme musées du protestantisme français. Ils se réunissent lors de réunions et d’un colloque annuel, mais au cours de visites de musées communaux ou nationaux il est fréquent de découvrir des sections ou quelques vitrines et documents révélant un personnage ou un épisode lié à l’histoire du protestantisme.

Ainsi, le musée de Laon (Aisne) consacre une vitrine au médailleur protestant Guillaume Dupré (Sissonne 1576 – Paris, 1643) gendre de son coreligionnaire le Médaille de Henri IV et Marie de Médicissculpteur Barthélemy Prieur. Entré en 1597 au service d’Henri IV, promu en 1604 Contrôleur des poinçons et monnaies de France, logé au Louvre, la double médaille d’Henri IV et Marie de Médicis associés à Mars et Pallas ayant particulièrement satisfait le roi. En 1611, il prend la suite de Barthélemy Prieur comme Premier sculpteur du Roi. Vers 1629, il est aussi nommé Commissaire général de l’Artillerie et s’occupe de la fonte de canons à l’Arsenal, charge à laquelle lui succèdera son fils Abraham Dupré. Il grava des médailles pour Henri IV, Louis XIII (enfant et adulte) et au début du règne de Louis XIV. Sont aussi exposées à Laon des médailles représentant le Maréchal de Toyras, né à Saint-Jean du Gard, qui s’illustra lors du siège de La Rochelle; le connétable François de Lesdiguières portant fraise et cuirasse (dernier connétable de France, nommé à cette charge après avoir abjuré son protestantisme), et Philippe-Guillaume de Nassau, prince d’Orange, époux d’Eléonore de Bourbon-Condé, élevé catholique, mort sans prospérité, mais qui avait instauré à Orange un édit garantissant la liberté de religion. On doit également à Dupré une statue d’Henri IV conservée au musée du Louvre.

 

Le 2 juillet 2016, s’est déroulée au petit cimetière protestant du Petit Maine Cabaud (Commune de La Tremblade, Charente-Maritime) une cérémonie de commémoration du bicentenaire du naufrage de La Méduse organisée par la municipalité de La Tremblade, en présence de la famille Coudin descendant du commandant survivant du radeau, le jeune élève officier de 23 ans Jean-Daniel Coudein. Parallèlement, une exposition s’est tenue à la mairie de La Tremblade, des conférences sur le naufrage et le sauvetage, sur le tableau de Géricault.

Les protestants exclus des cimetières catholiques ensevelirent clandestinement leurs morts, de nuit et sans rassemblement sur des terres protestantes. Isolées ou familiales, les tombes à l’origine juste marquées d’un arbre ou une pierre brute, reçurent de sobres monuments qui se diversifièrent, gravés un verset biblique, regroupés parfois en enclos et cimetières familiaux. Plusieurs associations prennent soin de leur conservation (Mulhouse, Poitou-Charente, Normandie). Dans la Drôme, MM. Jean-Claude Rouchouse et Dupaigne ont créé une association afin de recenser, nettoyer et entretenir les petits cimetières familiaux. Ils en ont recensé plus de 500. Certains sont toujours utilisés, mais d’autres complètement délaissés si les familles ont disparu (www.cimetieresfamiliauxdrome). Montpellier et Nîmes ont des cimetières protestants urbains privés.

A la mort prématurée du pasteur Jean-Frédéric Mestrezat en 1807, premier des trois pasteurs nommés à Paris par Napoléon dans le cadre du Concordat, le consistoire Photo de la tombe du pasteur Jean-Frédéric Mestrezat au Père Lachaiseréformé demanda la création d’un cimetière protestant, ce qui lui fut refusé, le cimetière de l’Est ou Père Lachaise, nouvellement créé devant être le premier cimetière destiné à tous, sans distinction de religion. Le consistoire acquit un emplacement, les amis réunirent une somme destinée à l’élévation de la tombe en forme de sarcophage antique souligné d’acrotères et orné sur ses faces latérales de plaques de marbre noir gravées de versets bibliques et de quelques éléments biographiques. Le marbre étant devenu gris et poreux avec le temps, les inscriptions illisibles, cette tombe vient d’être restaurée par des descendants collatéraux du pasteur et l’Oratoire du Louvre, ancien siège du Consistoire de Paris de 1811 à 1882. La 39e division regroupa les tombes des familles protestantes françaises et étrangères. Les deux autres premiers pasteurs du Consistoire de l’Église Réformée de Paris, Paul-Henri Marron et Jacques-Antoine Rabaut-Pommier, furent aussi enterrés à proximité.

 

La Mairie de Versailles a accueilli du 11 au 20 novembre 2016 une remarquable exposition sur les Aumôniers dans la Grande guerre. La loi de 1905 avait supprimé l’exercice du culte dans les hôpitaux militaires, mais un décret de 1910 rétablit les aumôneries aux armées financées par l’Etat, au sein du Service de Santé en campagne. Les aumôniers catholiques, protestants et israélites, furent rattachés aux brancardiers et infirmiers, sous l’autorité des médecins-chefs. L’aumônerie musulmane ne sera créée qu’en 2005 ; pendant la Grande guerre, des officiers indigènes remplirent parfois cet office, servant aussi d’interprètes; dans certains cas, les aumôniers protestants accompagnèrent des ensevelissement musulmans en respectant leurs rites. Des religieux mobilisés étaient dans les forces combattantes.

 

La rénovation du Temple-mémorial américain de Château-Thierry va bientôt commencer. La levée de fonds concernant les vitraux est un succès, mais il faut aussi se préoccuper de la toiture et des extérieurs qui font faire l’objet d’une levée de fonds opérée directement par les Amis des temples de Château-Thierry et Monneaux (8 place de l’Hôtel de ville, 02400 Château-Thierry) qui ont reçu l’agrément d’intérêt général permettant les avantages fiscaux. L’assemblée générale des Amis des temples se tiendra le 29 janvier dans le temple de Château-Thierry, à 15 h, suivie d’une conférence illustrée par Christiane Guttinger consacrée à l’histoire exceptionnelle des protestants de Monneaux, communauté qui s’est maintenue depuis 1563 et a prospéré dans la clandestinité, même pendant la période du Désert, protégée par une abbaye aux environs de Château-Thierry.

 

Une exposition de panneaux présentée dans la cour d’Honneur des Invalides (Paris) à partir du 1er février, intitulée « La Fayette nous voilà ! » évoquera le rôle des Etats-Unis dans la Grande guerre, celui des volontaires dès 1914, puis leur entrée en guerre en 1917. Cette mémoire américaine est honorée par les monuments élevés et Un vitrail de l'église américaineentretenus en France par l’American Battle Monument Commission (ABMC) créée en 1923. Le temple-mémorial de Château-Thierry élevé sous l’égide de l’ABMC, mais financé par la Reformed Church of America, est inscrit dans cette mémoire et y sera évoqué par la reproduction du vitrail mettant en scène le général Pershing accueilli par La Fayette, illustrant l’intitulé de l’exposition, reprenant la célèbre phrase prononcée au nom du général Pershing, par le colonel Stanton, sur la tombe de La Fayette, le 4 juillet 1917. La Fayette n’était pas protestant, mais les huguenots du côté des insurgents héros de la guerre d’Indépendance (Huger, Washington, Henri Laurens) furent ses premiers contacts. L’idéal des combattants américains de 1917 était de lutter au nom de la Liberté, en répondant à l’engagement de La Fayette et de la France dans la fondation de leur nation.

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