Lors de la dernière Réunion internationale des descendants de huguenots en septembre dernier, l’un des participants, de nationalité danoise, a évoqué l’étonnant parcours de ses ancêtres aux XVIIe et XVIIIe siècles, des Pays Bas espagnols jusqu’au Danemark.

Il faut se souvenir qu’au XVIe siècle, les Pays-Bas étaient formés de dix-sept provinces gouvernées par l’empereur Charles-Quint, puis par son fils, Philippe II, roi d’Espagne. S’étendant sur une partie du Nord de la France, la Belgique et les Pays-Bas actuels, ce pays constituait alors une région très prospère.

En 1581, les sept provinces du nord, à majorité protestante, ont fait sécession en constituant les Provinces-Unies. En revanche, le protestantisme a été éradiqué des dix provinces méridionales restées sous domination espagnole et catholique, les protestants ayant quelques années pour les quitter.

D’après une tradition familiale, un certain Pierre Devantier est né vers 1637 dans un petit village du sud des Pays-Bas espagnols dans une famille qui s’était intéressée très tôt à deux nouvelles cultures importées d’Amérique : le tabac et la pomme de terre .

La famille Devantier étant de confession protestante, elle avait dû trouver refuge en France, à Calais, qui bénéficiait alors de la protection de l’Edit de Nantes. L’avènement de Louis XIV mit fin à ce refuge, puisque, très tôt, le roi a manifesté sa volonté de réunifier religieusement le royaume : « Un seul roi, une seule loi, une seule foi ».

C’est ainsi que Pierre Devantier est obligé de fuir vers Friesenheim, en Allemagne, dans le Palatinat, dont le prince-électeur était protestant. Il y est accueilli à bras ouverts et y passe quelques heureuses années. Il s’y marie et a de nombreux enfants.

Rétrospectivement, le choix du Palatinat n’était sans doute pas le meilleur… Cette principauté, qui avait déjà beaucoup souffert durant la guerre de Trente Ans, fut dévastée par deux fois par les troupes de Louis XIV. Sous la pression française, le nouveau prince se convertit au catholicisme, et lutta contre la Réforme.

En 1689, alors que la guerre de la Ligue d’Augsbourg faisait rage, Pierre Devantier s’est résolu à prendre une nouvelle fois le chemin de l’exil en choisissant de partir avec sa famille plus à l’est, dans le duché de Brandebourg, au nord de Berlin.

Là-bas, les Devantier retrouvent près de 20 000 protestants français obligés de fuir leur pays après la révocation de l’édit de Nantes en 1685.

Comme de nombreux réfugiés, Pierre Devantier a obtenu de grands terrains dévastés par les guerres et les épidémies, dans la région de l’Uckermarck, entre la mer Baltique et Berlin. Les huguenots y ont fondé une douzaine de colonies qui devinrent rapidement des villages. Plusieurs ont d’ailleurs conservé leur nom (Battin, Bergholz, Klein and Gross-Ziethen, Gramzow and Woddow).

Les Devantier s’installèrent à Woddow où ils ont pu reprendre la culture du tabac et de la pomme de terre. Des descendants Devantier habitent toujours ce village.

En 1719, le roi du Danemark invita trois familles de huguenots au Danemark, à Fredericia, où régnait également la liberté religieuse. Le roi voulait promouvoir la culture du tabac et celle de la pomme de terre afin de suffire aux besoins du royaume. Pour le tabac, la réalisation de ce plan n’a pas dû correspondre totalement à ses espérances puisque la production danoise n’a jamais excédé les 100 000 kilos par an alors que la consommation dépassait 1 000 000 de kilos ! Toujours est-il que le roi accorda aux familles réformées de nombreux privilèges économiques, culturels et religieux, exemptions de taxes, maintien de la langue française, pratique de la religion de Calvin, ouverture d’une école.

Jacob Devantier, fils de Pierre Devantier, a été en mesure d’acheter en 1723 sa propre ferme. Depuis lors, le nom de Devantier, assez courant au Danemark, est devenu le symbole de l’hospitalité et de la liberté propres à ce pays.

 

 

par Denis Carbonnier (Émission du Comité protestant des amitiés françaises à l’étranger diffusée sur France Culture, à 8 h 55, le dimanche 7 février 2016)

 

torben-devantieTorben Devantie évoquant l’histoire de sa famille lors de la XVIIème réunion Internationales de descendants de huguenots, en septembre 2015 à Libourne.

 

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