Guy de Pourtalès (1881- 1941) est demeuré célèbre pour ses biographies de Berlioz, Chopin, Liszt, Wagner ou Louis II.Iere de couverture

Son Journal de guerre, de 1914 à 1919, paru aux Editions Zoé à Genève en 2014, est une œuvre singulière dans la production littéraire inspirée par le 1er conflit mondial. C’est le témoignage d’un aristocrate suisse, ayant choisi la nationalité française en 1912 après la crise d’Agadir sur le terrain des rivalités coloniales entre la France et l’Allemagne. Ce choix était tout sauf évident : les Pourtalès réfugiés à Neuchâtel à la suite de la Révocation de l’édit de Nantes, étaient au service du roi de Prusse, Neuchâtel étant jusqu’en 1848, possession de ce dernier. De la Suisse, ils essaimèrent en Allemagne, France et Angleterre, s’illustrant pour de nombreuses générations, dans la diplomatie, les armes, l’industrie et la finance.

La guerre de Pourtalès n’est pas celle d’un poilu, d’un combattant des tranchées, ce n’est pas non plus celle d’un planqué de l’arrière ; c’est le récit informé et précis d’un témoin privilégié, acteur et spectateur à la fois, qui se veut un mémorialiste des événements auxquels il assiste plus qu’il n’y participe. A travers ses contacts familiaux européens ou ceux de sa femme issue de la haute banque protestante parisienne, il puise à diverses sources d’information.

Chauffeur d’un officier puis interprète auprès des armées britanniques en Flandres, il doit être hospitalisé quelques mois, période de transformation intérieure et d’approfondissement de sa foi. Il a l’idée de créer un Comité protestant de propagande auprès des puissances neutres, comité qui voit le jour en 1915. Cela le prédispose à se voir confier en 1916, la propagande française en Suisse pour le compte du Ministère des Affaires étrangères. Il y organise des campagnes de presse, des tournées théâtrales et des concerts, en véritable ambassadeur de la culture française, afin de convaincre les élites suisses que la cause française est juste.

 

En dépit de son succès, il est révoqué à la fin 1917, du fait de sa parenté avec des diplomates et officiers allemands. Il termine la guerre à Strasbourg auprès du général Gouraud puis en Rhénanie en tant qu’officier chargé de l’information et notamment de convaincre les alliés Américains à comprendre les revendications françaises sur la Sarre et le Palatinat.

S’il veut servir sa patrie d’adoption, aller au contact du peuple français, il conserve un regard distancié, à l’abri des passions aveugles. Son récit dénonce les horreurs de la guerre, qu’il a pu voir dans les Flandres, sans la dramaturgie de son coreligionnaire Henri Barbusse.

Il vivra la guerre comme un cheminement qui le révèle à lui-même, au sortir duquel s’affirme sa vocation littéraire.

Il y développe un talent de passeur d’idées entre la France et l’Allemagne, fidèle à cet esprit de Genève, illustré encore par ses confrères Robert de Traz ou Denis de Rougemont, huguenots de vieille roche comme lui et qui s’épanouira avec la SDN dans l’entre deux-guerres.

Son expérience de la grande guerre lui inspirera son chef-d’œuvre : La pêche miraculeuse. C’est une puissante fresque familiale, un roman d’apprentissage et l’histoire d’une vocation artistique et humaine, comme celle de son auteur à travers l’épreuve de la guerre.

 

par Thierry Rousset

Émission du Comité protestant des amitiés françaises à l’étranger diffusée sur France Culture, à 8 h 55, le dimanche 2 aout 2015.

Bibliographie :

Guy de Pourtalès :

–   Journal de guerre– Editions ZOE – Genève 2014.

La pêche miraculeuse – NRF 1937 – Folio 1980 (Grand prix du roman de l’Académie française en 1937)

 

 

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