La vallée de la Dordogne est profondément marquée par la Réforme, attestée par un culte célébré au château des Milandes dès 1535. Sous François Ier, le pasteur Aymon de la Voye prêche à Sainte-Foy. Condamné par le Parlement de Bordeaux (en 1541) il va au supplice en chantant des Psaumes de Genève, et exhorte la foule à étudier l’Evangile. Dès lors, Sainte-Foy-la-Grande, surnommée la petite Genève du Sud-Ouest, est un important foyer réformé. Les protestants sont majoritaires dans l’administration de la ville, les jurades, le syndic de l’hôpital, et la vie économique.

De Bergerac à Castillon, en amont et en aval de la rivière Dordogne, toutes les catégories sociales, du noble à l’humble artisan, embrassent l’idéal évangélique. Terre des Albret, la région est sillonnée par le jeune Henri de Navarre qui réunit à Bergerac une conférence de paix préliminaire à l’édit de Nantes en 1577. (Près de l’embouchure, le château de Vayres appartint aux Albret pendant 300 ans)

 

Louis XIII rétablit le culte catholique à Sainte-Foy, les fortifications sont rasées, les temples détruits. L’emplacement du temple jamais reconstruit, est devenu place du Marché. Sa cloche récupérée, sonne dans le clocher de l’église… Une pratique clandestine s’organise.

La Dordogne était un important axe fluvial. Les protestants y exerçaient, entre autres, toutes les activités liées au Gabare sur la Dordognevignoble : la culture, la vinification, la fabrication des tonneaux et des gabares pour le transport, un commerce privilégié avec les Iles Britanniques, puis la Hollande. Ces relations avec l’étranger facilitèrent l’exil de huguenots entretenant des liens commerciaux avec ceux qui étaient restés, ou traçant leur route outre-Atlantique comme Paul Revere[1]. Héros de l’indépendance américaine, Revere créa aux États-Unis une des premières fonderies de cuivre et une manufacture d’ustensiles à échelle industrielle. Moins chanceux, Jean Martheille[2], natif de Bergerac, fut envoyé aux galères.

Au XVIIIes, les protestants se réunissaient en nombre pour des cultes sur les rives pentues de la Dordogne ; une des assemblées les plus mémorables se tint aux abords du château du Fauga en 1745. Le paysage reste marqué par les périodes de clandestinité : les colporteurs distribuaient des pignes, en même temps que des Bibles et des ouvrages interdits. Ainsi, les années suivantes, les pins parasols signalaient les maisons ou châteaux amis aux coreligionnaires. La tradition persiste.

Au XIXes, la région connut un réveil religieux particulièrement dynamique dotant le moindre village, d’un ou deux temples – le réformé et le libriste, – reflet des divergences intestines de l’époque. Ainsi une quarantaine de temples s’élèvent encore entre Libourne et Bergerac.

L’éducation fut au cœur des préoccupations : Gabrielle Cadier le mois prochain, évoquera à propos des «  enfants célèbres de Ste Foy« , la création d’établissements remarquables.

Le grand temple de Sainte-Foy  temple de Sainte-Foy

Les mouvements de population du XXes ont amoindri leur présence, mais même moins nombreux, les protestants de la vallée manifestent un profond attachement à leur foi, entretiennent l’activité d’une quinzaine de lieux de culte et accompagnent la Fondation John Bost. La Société de l’histoire du Protestantisme de la Vallée de la Dordogne (SHPVD), collecte activement archives et objets, publie et anime un site très documenté, préparant l’ouverture d‘un musée à La Force en 2017.

 

 

 

par Christiane Guttinger

(Émission du Comité protestant des amitiés françaises à l’étranger diffusée sur France Culture, à 8 h 55, le 3 mai 2015)

Pour aller plus loin : les publications et le site de la SHPVD :  shpvd.org et john-bost.shpvd.org

 

Deux célèbres enfants de Sainte-Foy

Elie Faure                                                   Paul Broca

Elie Faure (1873″1937)                                               Paul Broca (1824-1880)

 

[1] Orfèvre de formation, né et mort à Boston (17351818) dans une famille des environs de Sainte-Foy qui avait émigré en 1715. John Singleton Copley a exécuté un très beau portrait de Revere conservé au Museum of fine Arts de Boston

[2] Jean Marteilhe (1684-1777) a laissé des Mémoires. Condamné en 1701, aux galères perpétuelles pour avoir voulu fuir le royaume pour cause de religion, il fut libéré en juin 1713, à Marseille, à la condition expresse de sortir du royaume. Il s’installa à Amsterdam.

 

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