Aujourd’hui, les Écoles du dimanche éveillent toujours encore de vivants souvenirs chez les protestants de tous les continents. Mais que sait-on de racines du mouvement français, de ses acteurs et de ses méthodes pédagogiques ?

1. Les racines anglaises

Le mouvement des Écoles du dimanche qui se répand dans le monde entier au XIXe siècle est né en Angleterre à la toute fin du XVIIIe siècle. Il est le fruit du Réveil protestant. Trois types de dispositifs, caractérisent ce mouvement originel.

Ce n’est cependant pas à un pasteur mais au publiciste Robert Raikes (1736-1811) que l’histoire attribue la paternité de ce dynamique mouvement d’éducation populaire, lancé en 1780, à Gloucester, sa ville natale. On ignore souvent que ces écoles avaient originellement pour but de scolariser et de socialiser le dimanche, de jeunes ouvriers, quelle que soit leur religion. Le mouvement a eu pour caution pédagogique celle du pasteur anglican Thomas Stock (1750-1803) parent par alliance de Raikes et pour son organisation, du baptiste William Fox (1736-1826) de Gloucester, qui avait fait carrière dans le commerce du drap à Londres.

Des femmes recommandées par leur pasteur, faisaient fonction d’institutrices. Elles accueillaient ces jeunes gens de familles modestes chez elles, pour leur apprendre à lire, à écrire, et un peu à compter. Comme cela se passait le dimanche, l’apprentissage des récits de la Bible allait de pair. Mais ce mouvement interdénominationnel était distinct du catéchisme. Une fois l’école terminée, Raikes menait à l’église les jeunes qui le souhaitaient. En 1852, on estime qu’un tiers de la population anglaise était inscrite dans une école du dimanche.

 

2. Le mouvement français

La première École du dimanche connue en France a été ouverte par le pasteur Laurent Cadoret (1770-1861), le dimanche 7 août 1814, à l’église réformée de Luneray, en Normandie. Il espérait voir le mouvement gagner la France à partir de son église. Le but de cette école était de contribuer à la reviviscence des églises protestantes d’alors, par le moyen de l’enseignement biblique auprès des enfants des familles protestantes.

L’initiative avait été provoquée par un écossais, le pasteur dissident David Bogue (1750-1825). Co-fondateur de la Mission de Londres, Cadoret avait fait sa théologie dans son séminaire à Gosport. Mais cette première école a surtout été l’œuvre d’un pasteur Jerséen, Edouard Le Vavasseur, dit Durell (1790-1861). Il n’avait pu rester que deux dimanches sur place, le Concordat interdisant aux ministres du culte étrangers d’exercer en France. Déjà en tension avec de cinq ou six membres de son église pour des raisons théologiques, l’initiative n’a sans doute duré que quelques semaines. Cadoret, était un revivaliste de tendance whitefieldienne qui avait près de vingt ans d’avance sur le Réveil en France. Fin 1817, il fut contraint de démissionner pour céder sa place à un de ses jeunes paroissiens, un pasteur libéral, Aimé-Jean Réville (1794-1861), le fils de son prédécesseur.

 

3. Le mouvement se développe depuis le sud de la France.

Ce n’est pas depuis la capitale, mais depuis le sud de la France, que le mouvement français s’est implanté et développé. En 1815, le pasteur François Martin père ouvrait une école du dimanche dans son église à Bordeaux, avec le soutien financier de l’Union anglaise.

Le pasteur David César Chabrand (1780-1863) de Toulouse, rédigeait en 1817 le premier guide pratique intitulé : Des écoles du dimanche de leur importance et de la manière de les diriger. Il serait parti en 1816 en Angleterre puis à Paris dans le but d’encourager le ministre de l’Intérieur de fonder des écoles du dimanche. Ce n’est qu’en 1822 que le pasteur Frédéric Monod (1794-1863), artisan du Réveil de Genève, ouvrait la première école du dimanche de la capitale à l’Oratoire du Louvre.

Chabrand voyait dans le faible nombre de protestants sachant lire, le plus sérieux obstacle au développement de ces écoles. Dès 1817, il encourageait l’utilisation des panneaux d’apprentissage de la lecture diffusée par la Société pour l’instruction primaire, pour apprendre à lire aux jeunes protestants non scolarisés, afin qu’ils puissent lire et comprendre la Bible eux-mêmes. Les premières écoles du sud de la France comme celle de Mens en Isère ont ainsi d’abord été destinées aux enfants protestants non scolarisés, aux filles en particulier, que leurs parents n’envoyaient pas à l’école craignant le prosélytisme d’instituteurs catholiques.

 

4. Le Comité d’encouragement des Écoles du dimanche (1826-1828)

Le premier Comité d’encouragement des Écoles du dimanche (CEÉdD) présidé à sa fondation en 1826 par le Baron Auguste de Staël (1790-1827), publiait dès 1827 un alphabet pour faciliter l’apprentissage syllabique de la lecture que la Société des Écoles du dimanche (SÉD) le rééditait en 1854. Pour lui le but de ces écoles était de contribuer au « bonheur des individus et la prospérité des peuples » par le moyen de l’enseignement primaire et l’enseignement religieux, intimement liés (Baron A. de Staël, 1er mai 1826).

C’est sous la présidence de Philippe Albert Stapfer (1766-1840), qu’une enquête fut menée en 1827 auprès des pasteurs des églises réformées. Il s’agissait de connaître le nombre de jeunes protestants à scolariser. Pour répondre à ce besoin, en 1829 des notables protestants, parmi lesquels François Guizot (1787-1874), décidèrent de créer la Société d’encouragement pour l’instruction primaire parmi les protestants de France (SEIPPF).

Les premières Écoles du dimanche françaises furent ainsi à la fois une œuvre de la mission intérieure des églises et à l’initiative du développement des écoles primaires en France au XIXe siècle.

 

  1. La Société des Écoles du dimanche (1852-2003)

C’est grâce au zèle du méthodiste Jean-Paul Cook (1828-1886) qu’en 1852, la Société des Écoles du dimanche (SÉD) voyait le jour. Cette Société interdénominationnelle avait pour cadres des pasteurs parisiens. Le pasteur de l’Oratoire du Louvre, Laurent Montandon (1803-1876) la présida, avant que le secrétaire le pasteur Henry Paumier (1820-1899) de l’Église de Plaisance ne prenne sa suite.

On estime qu’en 1828 il y avait 79 écoles en France et en 1900, 1200 auxquelles entre 1870 et 1900 il faut ajouter une trentaine d’écoles du dimanche missionnaire.

Les Écoles du jeudi, fruit de la volonté de la SEIPPF et de la SÉD naissaient en 1881 au moment où étaient promulguées les lois Ferry instituant la séparation de l’Église et de l’École. Cette société interdénominationnelle devenait le 10 juillet 1922 une association loi 1901 dénommée : Association Protestante Française des Écoles du Dimanche et du Jeudi.

Fin 1999 (21 décembre 1999 in JO 22/01/2000), la SÉD devenait un service des Églises Luthéro-Réformées, et prit en 2000 le nom de « Société d’édition et de diffusion du service catéchétique du conseil permanent luthéro-réformé (S.E.D.) », avant d’être dissoute en 2003.

 

Modèle de bon point

 

 

Les « bons points » qui ont de suite été imprimés pour valoriser les progrès plutôt que de punir, ont été rapidement abandonnés, à cause des petits « trafics » qu’ils occasionnaient.

 

 

 

 

 

Bibl. Anne Ruolt, La petite école de deux cités, genèse et contribution du mouvement des Ecoles du Dimanche au développement de l’éducation populaire en France, de 1814 à 1902. Un modèle d’éducation « pan-anthropique », Université de Rouen, thèse de doctorat, 2010, 1376 p.

Anne Ruolt, L’École du dimanche en France au XIXe siècle, pour croître en sagesse et en grâce. Collection religion – sciences humaines, Paris, L’Harmattan, 2012

 

 

 

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