Le mois dernier, la Faculté de théologie protestante de Paris a eu l’heureuse idée de proposer une très intéressante exposition destinée à commémorer le 450ème anniversaire du Catéchisme de Heidelberg. Si l’exposition est

Page de couverture du catéchisme

Première page de l’édition de 1563

malheureusement aujourd’hui terminée, la réédition il y a quelques semaines chez Labor et fides, du Catéchisme avec une importante préface due à la plume du professeur Pierre-Olivier Léchot, permet de rappeler cet évènement majeur de la Réforme protestante.

La ville de Heidelberg, capitale du Palatinat en Allemagne, ne resta pas à l’écart du bouillonnement des idées nouvelles au XVIe siècle, puisque six mois après avoir affiché ses 95 thèses à Wittenberg, Martin Luther y est venu les présenter.

Ces idées nouvelles ont, on le sait, entrainé d’importants changements dans les méthodes éducatives. Jusqu’alors, l’enseignement, privilège des riches, était donné en latin. A mesure que la Réforme progressait, de nombreuses écoles, ouvertes tant aux garçons qu’aux filles, étaient créées avec trois matières principales : la lecture, l’écriture et … le catéchisme ! Il n’est dès lors pas surprenant que le besoin se soit fait sentir d’un catéchisme, un catéchisme qui contribuerait à l’unification et à la solidification de la réforme religieuse, tout en répondant à un besoin élémentaire en matière d’enseignement.

Du point de vue politico-confessionnel, la rédaction du Catéchisme souligne une réalité nouvelle dans le paysage européen : l’expansion du calvinisme en Europe, et plus particulièrement en Allemagne.

La très vive controverse sur la signification de la cène qui, en 1560, opposa à Heidelberg théologiens luthériens et calvinistes, convainquit ainsi le Prince électeur Frédéric III de faire basculer son pays dans le camp réformé. Pour donner corps à la nouvelle orientation confessionnelle, il convoque une commission de théologiens chargée de rédiger, comme à Genève en 1542, une liturgie et un catéchisme. Pour ce qui concerne le catéchisme, la rédaction en est confiée à une jeune équipe animée par deux théologiens réformés, Caspar Olevianus, qui avait alors 26 ans, et surtout Zacharias Ursinus, qui en avait 28. Leur ordre de mission est délicat : proposer un nouveau catéchisme suffisamment précis doctrinalement pour rompre avec les orientations théologiques des luthériens, mais sans trop prêter le flanc à une éventuelle critique de ces derniers.

Lorsqu’il est publié en janvier 1563 avec une préface de Frédéric III, le Catéchisme est accueilli comme un véritable « outil de clarification doctrinale », ce qui explique sa large diffusion au sein de l’Allemagne calviniste. Il se présente sous la forme de 129 questions et réponses, divisées en trois parties, pour les 52 dimanches de l’année.

Dès sa première année de publication, la version allemande du Catéchisme de Heidelberg a connu quatre éditions et impressions successives.

Parallèlement, le Catéchisme est traduit en latin. C’était là d’ailleurs la volonté du Prince électeur : que les enfants du Palatinat reçoivent leur éducation dans les écoles allemandes ou dans les écoles latines, il voulait qu’ils apprennent tous le même catéchisme.

Les communautés huguenotes réfugiées dans l’Empire, – au Palatinat, bien sûr, mais aussi à Francfort -, ne tardent pas à se l’approprier, en abandonnant le catéchisme de Calvin et se conformer ainsi aux us et coutumes du pays d’accueil.

 

Dès 1563, le Catéchisme de Heidelberg a également été traduit en néerlandais et occupe, encore aujourd’hui, une place de choix dans la vie des Églises réformées hollandaises.

 

D’autres traductions ont rapidement suivi : en anglais (1572), en hongrois (1577), en français (1590), en grec (1609), etc. L’importance théologique du texte et son actualité sont attestées par le nombre croissant des traductions. Un site internet est d’ailleurs intégralement dédié au Catéchisme de Heidelberg, et en propose près d’une quarantaine de traductions en libre accès ![1]

 

Ainsi que le souligne le professeur Léchot, le Catéchisme de Heidelberg est sans conteste l’un des plus grands documents de la Réforme protestante. Des générations de réformés ne s’y sont pas trompées : il a souvent été employé dans l’enseignement catéchétique jusqu’au milieu du XXe siècle, allant même jusqu’à y supplanter le catéchisme de Calvin. Associé à une véritable confession de foi par des nombreuses Eglises à travers le continent, il a été également une source d’inspiration pour la résistance protestante au nazisme, tant en Allemagne qu’en France.

 

 

par Denis Carbonnier (Émission du Comité protestant des amitiés françaises à l’étranger diffusée sur
France Culture, à 8 h 55, le 5 janvier 2014)

Bibl. Le catéchisme de Heidelberg : au cœur de l’identité réformée. Introduction de Pierre-Olivier Léchot, traduction P. Fraenkel, O. Fatio, M. Hoegger, Labor et Fides, Genève (Suisse), 2013, 12 €

[1] http://www.heidelberg-catechism.com/fr/history/?s=62

 

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