mosaïque de Jones Burnes représentant Garibaldi en "Chevalier de la foi"

BURNES JONES, MOSAÏQUE
GARIBALDI (2eme à partir de la gauche)

 

L’Italie célèbre depuis mars 2011, les 150 ans de son unité ; les protestants italiens s’associent largement à cet anniversaire et nombreuses sont les conférences et expositions sur les liens entre Risorgimento et protestantisme.

Voyons pourquoi, grâce notamment à l’ouvrage clé du grand historien Giorgio Spini « Risorgimento e protestanti ».

 

Après la chute de Napoléon Ier, la liberté accordée aux protestants des vallées vaudoises est anéantie, les voici confinés dans leur ghetto alpestre. C’est grâce aux entrepreneurs suisses comme à Bergame, Florence, Naples ou Gênes, aux négociants anglais à Livourne, Florence  Rome ou Palerme, que les idées protestantes se diffusent à travers la péninsule. La pensée protestante circule sous l’influence du courant piétiste du Réveil mais aussi des idées libérales développées par Benjamin Constant ou Gian Pietro Vieusseux, le directeur protestant du cabinet littéraire de Florence. Le cabinet littéraire de Vieusseux est l’un des centres majeurs de la conscience nationale italienne au XIX e siècle et tous les grands réformateurs politiques toscans en firent partie.

Les résidents suisses et les britanniques se font le relais des sociétés bibliques britanniques et déchargent clandestinement des Bibles, traduites en italien, dans les ports de Livourne, de Gênes ou de Sicile. Ils ouvrent des chapelles qui vont devenir, malgré l’interdiction de prosélytisme, des foyers d’évangélisation.

 

En parallèle de nombreux italiens se sont exilés pour des motifs politiques, à Genève et à Londres. Beaucoup d’entre eux y découvrent l’Evangile et se convertissent, tel le poète Gabriele Rossetti, père du peintre Dante Rossetti et de sa sœur la poétesse Christina. Ces exilés et parmi eux de nombreux prêtres, gravitant dans l’entourage de Mazzini, voient en la papauté un obstacle à l’unité italienne. Certains vont à regretter l’échec de la Réforme en Italie au XVIe siècle, idée qui sera reprise au XXe, par le philosophe Piero Gobetti.

 

Evoquons quelques figures  de ces combattants de l’unité italienne et champions du protestantisme. A Bergame, parmi les combattants de 1848 contre l’Autriche, Giovanni Morelli, conservateur de la Pinacothèque et grand collectionneur, deviendra député de Lombardie après l’unité italienne. Teodorico Pietroccola Rossetti, réfugié à Londres auprès de son cousin le poète Gabriele Rossetti, se convertit, rentre en Italie en 1857 comme missionnaire à Alexandrie et comme apôtre des idées libérales et de la laïcité. Le comte Piero Guicciardini, descendant d’une des plus illustres maisons toscanes, se convertit à Florence dans la chapelle suisse. Fervent militant il doit s’exiler pour échapper à la condamnation pour avoir lu la Bible, tandis que ses coreligionnaires, d’humble extraction, sont emprisonnés ; il se déchaine une campagne passionnée dans le monde anglo-saxon en faveur de la cause des prisonniers et de la liberté religieuse en Italie. C’est l’affaire des époux Madiai condamnés pour « propagande contraire à la religion d’état », et dont on peut voir la tombe dans l’un des deux cimetières protestants de Florence, le cimetière faussement intitulé « anglais » place Donatello, qui fut fondé par la paroisse suisse.

 

photo de Alessandro Gavazzi

Alessandro Gavazzi

Citons encore le marquis Giulio Especo, défenseur de l’éphémère république romaine de 1849, un des fondateurs de la 1ère paroisse vaudoise de Rome, en face du palais Colonna (rue du 4 novembre, près de la place de Venise) famille à laquelle il était apparenté ce qui facilita l’achat du terrain. Bonaventura Mazzarella, magistrat des Pouilles, élu brièvement en 1848, doit fuir la répression des Bourbons ; à Turin, il découvre l’Evangile et devient pasteur après des études à Genève. Il fonde la paroisse italienne de Gênes ainsi que l’hôpital évangélique (aujourd’hui l’un des meilleurs de la cité). Haut magistrat, philosophe d’inspiration kantienne, il est aussi parlementaire, défenseur de la laïcité, l’instruction et l’essor du mezzogiorno, tout en poursuivant inlassablement ses activités de prédicateur  Alessandro Gavazzi, de prêtre, devient compagnon de Garibaldi ; exilé à Londres, il se convertit, devient pasteur et rentre au pays, il participe à l’expédition des Mille aux côtés de Garibaldi, dont il est le chapelain. Albarella d’Afflito, philosophe et parlementaire, la marquise Marianna Florenzi  ou la journaliste Jesse White Mario, sont d’autres figures marquantes.

Les protestants italiens, soutenus et développés par les sociétés bibliques, et les Eglises du Réveil, ont participé avec enthousiasme à l’unification de leur pays ; ils ont milité pour son renouveau politique, indissociable d’un renouveau religieux et moral, rêvant d’une Italie protestante, inspirée du modèle libéral britannique. Ils diffusent la Bible et fondent des écoles aux flancs des églises naissantes. Ils ont contribué au Risorgimento aussi bien au plan civil, culturel et militaire.  Aujourd’hui où l’Italie traverse une crise morale sans précédent, l’engagement actuel des protestants italiens pour le civisme et la démocratie, est l’héritier des combats de leurs ancêtres.

par Thierry Rousset

Sources :

Giorgio Spini : Risorgimento e Protestanti ; 1ère édition Naples 1956-Edizioni Scientifiche Italiane ; 3ème édition Claudiana- Turin 1998

Valdo Vinay : Evangelici Italiani esuli a Londra durante il Risorgimento, Claudiana 1961

Evangelici in Parlamento : 1850-1982 . Rome, Camera dei deputati

Dora Bognandi & Mario Cignoni : Profili di evangelici nell’Italia unita ; Claudiana 2011

(Emission du Comité Protestant des Amitiés Françaises à l’Étranger diffusée sur France Culture, à 8h25, le 7 aout 2011)

 

Dans le cadre des commémorations du 150e anniversaire de l’unité italienne, le Musée de l’Armée (Invalides, Paris, octobre 2011-15 janvier 2012) a monté une exposition intitulée « Napoléon III et l’Italie :1848‐1870, naissance d’une Nation » évoquant différents épisodes de l’histoire de l’amitié franco-italienne dont le soutien militaire de Napoléon III à Victor Emmanuel II, roi du Piémont-Sardaigne, à Solferino, étape décisive amorçant le processus d’unité italienne (une modification des frontières, car c’est en remerciement de son soutien que Victor Emmanuel cède Nice et la Savoie à la France, … et la création de la Croix Rouge par Dunant indigné par les atrocités de cette bataille). De nombreux documents issus notamment du service des armées (pour lequel travaillaient des peintres comme Charles Meissonnier concurrencés par les premiers photographes en extérieur), des œuvres prêtées par le Museo del Risorgimento (Milan), la Fondation Alinari (Florence), la Fondation Napoléon, et des panneaux didactiques illustraient les différentes étapes et tous les acteurs du Risorgimento que l’on peut traduire par Résurrection ou Réveil, reconquête progressive des différents royaumes afin de fonder un seul état.

Tableau de Meissonnier, Napoléon III à Solférino

MEISSONNIER, NAPOLEON III à SOLFERINO (Musée d’Orsay)

 

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