gravure de Philippe de Mornay, seigneur du PlessisEn 1559, Philippe de Mornay devint seigneur du Plessis. Il hérita de sa grand-tante maternelle d’un domaine : le Plessis-Marly, à Longvilliers dans les Yvelines. Il était donc paradoxal que la présence de protestants dans cette région soit toujours niée. De récentes recherches prouvent le contraire.

En 1601, le culte est établi au Plessis par Philippe de Mornay et Charlotte Arbalesque son épouse, conformément à la clause de l’édit de Nantes autorisant deux temples par baillage. Le temple a pu être édifié dès cette date. Il y avait aussi un cimetière. Maurice de Lauberan, Jacques Rondeau, Joseph Hammer furent les pasteurs de la paroisse.

50 familles, soit 200 à 250 personnes, tant du Plessis que des hameaux et villages alentours, Bouc-Etourdy, Saint Arnoult, Sermaise, Orcemont, Dourdan, forment cette communauté rurale qui semble avoir entretenu de bons rapports avec ses voisins catholiques. On y trouve des gentilshommes, dont à partir de 1664 les Chartier-Le Faucheux nouveaux propriétaires et seigneur du domaine, leur fermier, des marchands, des vignerons, un armurier, mais surtout pour plus du tiers, des ouvriers en soie. C’était l’activité de la ville proche de Dourdan qui bénéficiait d’un privilège accordé par Colbert pour la confection des bas. Colbert avait fait installer au château de Madrid (à Neuilly) une magnanerie et une manufacture de bas de soie au métier où plusieurs maitres de Dourdan ont été formés. Certains sont aussi installés à Paris dans l’enclos du Temple ; parmi eux, un maitre anglais, Richard King : des relations existent donc avec Paris et l’Angleterre. Il est possible que des muriers aient été cultivés dans la région…

Les premières persécutions s’abattent dès 1683, la rente du pasteur est donnée à l’Hôtel Dieu de Dourdan, le consistoire surveillé. Le 24 octobre 1685, sur ordre de Bazin de Bezon, intendant de la généralité d’Orléans, le temple est abattu, le cimetière détruit. En novembre, 52 personnes vont abjurer collectivement, principalement des femmes et leurs enfants.

Au Plessis, comme ailleurs, on reste ou on s’exile. Les familles Trinité, Lucas, Noue, Hatons, Lenoir sont restées et ont persisté dans leur foi. Le culte se poursuit au Désert. Les enfants ne vont ni au catéchisme ni à la messe. Il n’y a pas (ou rarement) d’inhumation au cimetière catholique. En 1696, dix ans après la révocation de l’édit de Nantes, des témoins certifient que Louise Calabre, décédée en couches à 25 ans, a toujours dit qu’elle voulait mourir catholique : elle n’est donc jamais allée à l’église. Louise Hatton abjure deux fois : nul ne l’a donc inquiétée. Lorsque le prêtre Lambert réclame à sa hiérarchie l’abjuration des Noue, le vicaire de l’évêque de Chartres juge qu’il n’y a « pas lieu de le faire ». En 1701, deux couples échangent des promesses devant notaire, ils seront en 1704 contraints à des mariages devant un prêtre. Un procès a lieu en 1724 à l’encontre de Jacques Trinité pour prosélytisme et André Chardon pour changement de religion ; il n’est pas suivi de persécution.

Dès 1686-1687, 15 familles ont gagné le Refuge anglais : les Jigu, Hattons, Tabourdeux, Pantonnier, Vian, tisserands en soie, l’armurier Daniel Renault, les Poitevin, les Paillards, les Valteman. Ils s’installent à Canterbury et à Londres. Le fermier du Plessis, Hector Valteman fait le voyage en Angleterre en 1696 ; à cette occasion son neveu Hector Henry est baptisé en l’église de la rue Threadneedle.

étiquette de bouteille de vin

Petit-Verdot

Les Marais, vignerons, gagnent les Provinces-Unies. A Delft en 1687, ils s’embarquent sur le Voorshooten pour Le Cap en Afrique du Sud. Ils créent un vignoble, Le Plaisir de Merle. La mémoire du Plessis-Mornay y est toujours vivante !

Ainsi, dans cette partie des Yvelines il y avait bien des protestants dont le souvenir même avait totalement disparu. Et il y a tout lieu de penser que nombre d’entre eux nous sont encore inconnus…

 

Par Dominique Cantryn

(Émission du Comité Protestant des Amitiés Françaises à l’Étranger diffusée sur France Culture, à 8h25, le  6 février 2011)

Une Réponse à “Le chemin des huguenots – Le Plessis Mornay – à la recherche d’une communauté oubliée”

  1. Len Marais dit :

    Bonjour Christiane.
    Can you explain the relationship between the Marais Family and Le Plessis de Marle (Le Plessis de Mornaix/Les Plessis Mornay)? Was this the chateau of Philippe de Mornay and the Marais Family farmed in the area, or did they also live in the chateau?
    Merci
    Len Marais
    South Africa

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