tableau d'une assemblée du désert

MAX LIENHARDT, ASSEMBLEE AU DESERT (MUSEE DU DESERT, MIALET)

Comment, au cours du XIXe siècle, l’art a-t-il contribué à créer l’image du protestant français ? Nous allons tenter de répondre brièvement –très brièvement- à ce point non négligeable de la construction de l’identité protestante dans le siècle qui a vu, enfin, sa reconnaissance.

L’Edit de Tolérance de 1787 puis les articles organiques du Concordat de 1802 signent le début de la réintégration des protestants dans le paysage officiel de la France. L’art ou plutôt les arts vont s’emparer de sujets protestants et proposer une lecture nouvelle de l’histoire, dont les promoteurs ne seront pas forcément liés à la religion nouvellement reconnue. Ainsi, ils participeront à la réception et au modelage de la figure protestante dans l’opinion publique.

Si les seuls portraits des réformateurs, multipliés par la gravure, sont davantage destinés au public protestant, des épisodes édifiants de leur vie seront autant de sujets choisis par les peintres comme La Mort de Luther à Eisleben ou Calvin au colloque de Genève peints par l’artiste protestant Pierre-Antoine Labouchère. Ils sont souvent associés à la Bible, socle de la culture protestante.

Des épisodes historiques sont représentés, exposés au Salon qui constituait une remarquable rôle de caisse de résonance auprès du public. Le plus significatif est bien sûr la Saint-Barthélemy qui permet de dénoncer l’intolérance religieuse et politique, aussi bien passée qu’actuelle. Ainsi, au Salon de 1833, Robert-Fleury expose-t-il Scène de la Saint-Barthélemy, Assassinat de Brion, gouverneur du Prince de Conti. Dix ans plus tard, le même artiste exposera Le philosophe Ramus attendant la mort le jour de la Saint-Barthélemy.

Dans cette première moitié du XIXe siècle, la scène et la littérature s’emparent aussi de sujets protestants, traités parfois sur le mode sentimental. Comme Meyerbeer dans Les Huguenots, Mérimée met en scène les amours d’un jeune protestant et d’une catholique. Et quelques années plus tard, Alexandre Dumas publie La Reine Margot dont on connaît la postérité.

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Dans les années 1840, paraissent deux ouvrages à coloration historique, dont le contenu influencera le regard des protestants sur eux-mêmes avant de toucher le public non protestant. Il s’agit de l’Histoire des Eglises du Désert de Charles Coquerel, et de l’Histoire des Pasteurs du Désert de Napoléon Peyrat. Ces deux personnalités distinctes mettent en avant et chacun de manière bien différente la période du Désert (nommé ainsi par référence à la longue traversée du Désert par le peuple d’Abraham) et plus particulièrement le Désert cévenol, laissant dans l’ombre les souffrances et résistances des autres régions. La révolte armée face au pouvoir royal est magnifiée et symbolisée dans l’action valeureuse des camisards. Chaque protestant se sent l’héritier de ces « héros du désert ».

A son tour, le monde artistique va s’emparer de ce nouveau thème. Fleurissent alors sur le thème des Camisards et des luttes contre le pouvoir royal des romans pseudo historiques auxquels on ajoute pour faire bon poids une bleuette sentimentale. On peindra et gravera des Assemblées du Désert , on glorifiera le courage des clandestins surpris par les troupes catholiques, on représentera des Episodes de la guerre des Cévennes. Les chefs camisards – Jean Cavalier, Roland – saisis en pleine action, deviennent les sujets de tableaux. Les prisonnières de la tour de Constance entraînées par Marie Durand vont être aussi célébrées et témoigneront de leur résistance aussi déterminée que non violente cette fois. Karl Girardet, Pierre-Antoine Labouchère (encore lui !), Jules Salles, Max Leenhardt excelleront dans ce type de sujets.

Toutes sortes de gravures, lithographies, chromolithographies, etc. (le XIXe siècle est le siècle de la reproduction des œuvres d’art) relayées par la naissance et l’essor des cartes postales vont multiplier à l’envi ces épisodes et personnages héroïques qui contribuent à la représentation que le protestantisme français se donne d’abord à lui-même avant d’être saisi par le regard extérieur.

par Hélène Guicharnaud
(Émission du Comité Protestant des Amitiés Françaises à l’Étranger diffusée sur France Culture, à 8h55, le 6 novembre 2011)

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