Avant de vous relater les circonstances du Colloque de Sully-sur-Loire en l’honneur de Maximilien de Béthune, Baron de Rosny, Duc de Sully, Pair et Maréchal de France, je me dois d’exprimer l’hommage de notre Comité à son Président d’Honneur, Monsieur Couve de Murville, décédé avant Noël à l’âge de 92 ans. Il fut aussi, à son rang, un grand serviteur de notre pays.

Sully, qui survécut trente ans à son roi Henri IV, mourut au Château de Villebon, entre Beauce et Perche, et fut inhumé à Nogent-le-Rotrou avec son épouse Rachel de Cochefilet. Leurs restes furent transférés au Château de Sully-sur-Loire à la fin du siècle dernier. Dans le cadre de la restauration du château, devenu propriété du Département du Loiret, une réplique de leur mausolée, qui les représente agenouillés et les mains jointes, a été installée le 23 octobre dernier dans la chapelle du château, préalablement dépouillée de toute autre ornementation. Ce fut l’occasion d’une sobre cérémonie religieuse présidée par le pasteur d’Orléans, Georges Tourne, le coffre contenant les restes du couple étant porté par deux soldats en présence des autorités officielles.

L’Association « Les Amis du Château de Sully », présidée par Isabelle Reille, avait organisé à cette occasion un savant Colloque intitulé : « SULLY TEL QU’EN LUI-MÊME » pour cerner, derrière la légende du grand ministre, la forte personnalité du compagnon d’armes puis ministre d’Henri IV, resté envers et contre tout fidèle à sa foi calviniste, comme l’a montré le Professeur Bernard Barbiche dans sa communication sur la religion de Sully. Il faut lire son ouvrage, publié chez Fayard en 1997, intitulé SULLY, l’homme et ses fidèles. Jean-Pierre Babelon, Président du Colloque, traita de « Henri IV et Sully à travers leur correspondance ».

Sully fut attaché dès sa jeunesse à la personne d’Henri de Navarre et échappa de justesse au massacre de la Saint Barthélémy en brandissant un livre d’heures.

Son rôle de Surintendant des Finances est le plus connu. Il réussit à maîtriser le budget de l’État par des méthodes rigoureuses et si brutales qu’il se fit détester de beaucoup de gens et, devenu Gouverneur de la Bastille, il y laissa une réserve de 40 millions, un trésor difficile à évaluer aujourd’hui. Sa puissance de travail et la mise en place de tout un réseau de secrétaires et de lieutenants, dépendants de lui seul, établirent son pouvoir. Toutes les charges qu’il cumula furent réorganisées pour la première fois d’une manière centralisée. La charge de Grand Voyer lui permit d’organiser les voies de communication, celle de Grand Maître de l’Artillerie d’assurer la puissance de l’armée royale. C’est pourquoi il travaillait et résidait à l’Arsenal à Paris. L’Arsenal et la Bastille ne sont pas étrangers à l’implantation du Temple des Réformés parisiens, dans le cadre de ledit de Nantes, à Charenton tout proche.

Les revenus de ses charges cumulées et les gratifications exceptionnelles du Roi le mirent à la tête d’une immense fortune, qu’il géra activement durant sa longue retraite. Il laissa son nouveau château de Rosny inachevé en signe de deuil quand le roi périt assassiné. C’est à Sully-sur-Loire qu’il dicta à quatre secrétaires et imprima l’ouvrage dont je cite le titre exact : « Mémoires des Sages et Royales Économies d’État, Domestiques, Politiques et Militaires d’Henry le Grand ».

Sully fut indispensable à la réalisation de tous les grands projets du Roi qui ne lui tenait pas longtemps rigueur de ses remontrances. Dans ses Mémoires, il justifie son œuvre de manière souvent partiale, mais ils constituent une très riche source historique.

Il conçut un « Grand Dessein » qui ne put être concrétisé à cause de la fin brutale du règne : c’était de promouvoir un Comité permanent des grandes nations chrétiennes d’Europe pour régler autrement que par les armes tout conflit à venir et à organiser une action commune contre le danger venant de l’Est : il s’agissait de la pression turque. C’est Winston Churchill qui s’intitula en 1948, en hommage à Sully : « le Serviteur du Grand Dessein“.

Sully représenta les intérêts du Roi dans beaucoup d’assemblées protestantes et fut nommé pour cela, entre autres, Gouverneur du Poitou.

En conclusion, le Professeur David Buisseret, de l’Université du Texas, énuméra les domaines de l’œuvre de Sully qui restent à approfondir pour les chercheurs. Je n’en citerai qu’un : celui de la cartographie. Ce Professeur américain contribua au retour en France des 40 volumes des papiers de Sully, sauvés en 1945 d’un incendie, et partis en Amérique. Ils se trouvent maintenant aux Archives Nationales.

(Émission du Comité protestant des Amitiés Françaises à l’Étranger, diffusée le dimanche 6 février, à 8h25 sur France-Culture)
par le Pasteur Paul Lienhardt
« La Lettre » N°25 de Juin 2000
Colloque de Sully-sur Loire, 23 octobre 1999

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