Les associations franco-canadiennes sont actuellement en effervescence pour préparer les festivités des célébrations du quatrième centenaire de la fondation de la Nouvelle France par un gentilhomme huguenot méconnu : Pierre Dugua de Mons.

Qui était ce riche huguenot saintongeais, né à Royan vers 1560 ?

Pierre Dugua de Mons participa, en Normandie, à la lutte de la monarchie contre la Ligue catholique et l’Espagne au tout début du règne d’Henri IV. Le Roi l’estima et le récompensa en 1594.

La paix revenue, Pierre Dugua de Mons entreprit un voyage en 1599, en compagnie de Pierre Chauvin de Tonnetuit, notable protestant de Honfleur qui s’intéressait au commerce des fourrures avec les Amérindiens.

Or, à cette même époque, Henri IV, qui souhaitait relancer les projets de colonisation des régions d’Amérique découvertes par Jacques Cartier, confia alors à Pierre Dugua, négociant entreprenant, la double mission de conquérir des terres nouvelles et de convertir les Amérindiens au christianisme.

Pour cela, il lui conféra le 8 novembre 1603, le titre de « Lieutenant général au pays, côtes et confins de l’Acadie ». Pour financer l’opération le Roi lui accorda le monopole du commerce des fourrures.

Pierre Dugua de Mons en personne conduisit la première expédition à bord du navire, le « Don de Dieu » qui atteignit la côte des Amériques en juillet 1604, il y a 400 ans. Parmi les volontaires se trouvait un de ses amis saintongeais : Samuel Champlain.

Les difficultés furent nombreuses en raison du terrible hiver canadien et du scorbut, mais aussi en France où il était très critiqué pour son monopole qui finançait ses projets pour lesquels le roi ne lui donnait aucun moyen

En 1606, il ne put se rendre en personne à Port Royal mais y envoya un navire pour ravitailler la colonie. Puis, malgré le bon développement de la colonie ainsi que les excellentes relations des Français avec les autochtones de la région, Henri IV révoqua prématurément le monopole en juillet 1607. N’ayant plus les moyens de financer le maintien de la colonie, Pierre Dugua de Mons la rapatria.

Un sursis inespéré accordé par le Roi en 1608 permit à Pierre Dugua de Mons, toujours Lieutenant général, de financer entièrement une mission sur le Saint-Laurent qu’il confia à son ami Samuel Champlain. Celui-ci construisit un fort, le premier bâtiment de Québec qui devint la capitale de la Nouvelle France.

En 1612, il renonça à son titre de Lieutenant général. Il n’avait plus le soutien d’Henri IV et Louis XIII lui reprochait d’être huguenot et protestant obstiné, contrairement à Champlain, nouveau converti.

Il se retira en Saintonge où il mourut en 1628. L’année suivante les Anglais prenaient le Québec.

Aujourd’hui qui se souvient de ce huguenot obstiné dont les rois très catholiques ont cherché à effacer la mémoire au profit de Champlain ?

L’Acadie reconnaissante a érigé une statue à Pierre Dugua de Mons qui jeta les bases d’une Amérique française qui a perduré jusqu’à nos jours, en dépit de difficultés, des reniements et des abandons.

A Royan, où il naquit, après trois années de recherches, le Musée municipal consacre à son œuvre une place importante : en 2000, sa biographie est parue ; en 2002, une cassette vidéo de 52 minutes raconte son aventure .

Qui va célébrer la mémoire de Pierre Dugua de Mons ?

Le Québec francophone certes, l’Etat français aussi puisque ensemble ils émettront un timbre-poste en 2004.

Royan, sa patrie, qui tout au long de l’année scolaire écoulée a fait connaître ce Saintongeais aux écoliers et lycéens de la ville, prépare maintenant les festivités franco-canadiennes de 2004.

Bien évidemment la Maison du protestantisme charentais s’est déjà intéressée à ce financier protestant et lui a donné une place dans ses expositions annuelles.

Mais il reste beaucoup à réaliser pour que Pierre Dugua de Mons ainsi que son œuvre soient connus des protestants québécois et français.

(Emission du Comité Protestant des Amitiés Françaises à l’Etranger, diffusée sur France-Culture à 8h25, le dimanche 5 octobre 2003)

A propos des huguenots en Nouvelle France…

Le coup d’envoi des commémorations du 400e anniversaire de la fondation de l’Acadie a été donné en France par la projection du film réalisé par la mairie de Royan au Centre culturel canadien de Paris, puis le lendemain, 8 novembre 2003, par une cérémonie officielle au château de Fontainebleau pour l’anniversaire du décret d’Henri IV nommant Dugua lieutenant général en Nouvelle France, avec mission de peupler les terres découvertes en Amérique du Nord, au XVIe siècle.

Des commémorations officielles sont prévues, en 2004, au Canada, et aux Etats Unis, dans la ville de Calais, près de l’île Ste-Croix (Etat du Maine). Espérons que la mémoire huguenote y sera évoquée équitablement.

Le Huguenot Heritage consacre son dernier numéro aux Huguenots en Acadie.

De nombreuses précisions concernant l’histoire des huguenots au Canada peuvent être consultées sur le site : www.huguenot.netnation.com en cliquant sur le lien Histoire de la nouvelle France par Michel Barbeau.

Citons ainsi d’autres huguenots qui ont joué un rôle majeur dans l’histoire de la découverte du Canada :

En 1534, c’est le protestant Philippe de Chabot, grand amiral de France, gouverneur de Bourgogne et de Normandie, compagnon du roi François 1er, qui convainquit celui-ci de l’intérêt de la première expédition qu’il confia à Jacques Cartier.

Protestant également, Jean-François de Roberval, nommé en 1540 lieutenant général du Canada, qui créa une première colonie (1540-1543) au Cap Rouge dans la région de l’actuel Québec. La maladie, la famine et l’hostilité des Indiens eurent raison de cette implantation.

L’Amiral de Coligny avait lui-même conçu les implantation en Nouvelle France comme de possibles colonies pour les réfugiés huguenots (1555-1565).

C’est un huguenot, Pierre Chauvin qui, nommé par Henri IV, fut le premier gouverneur du Québec.

Un autre huguenot, Jean Biencourt de Poutrincourt commanda Port-Royal (1608).

La mort d’Henri IV marque un tournant dans les relations entre catholiques et protestants en Acadie, mais en 1620, ce sont encore deux huguenots, Guillaume et Emery de Caen qui obtiennent le monopole, révoqué en 1627 au profit de la Compagnie de Nouvelle France ou des Cent Associés, créée sous l’impulsion de Richelieu, qui écarte définitivement les protestants. Par la suite, des personnages d’origine huguenote jalonnèrent encore l’histoire de la Nouvelle France, mais eux ou leurs parents avaient rejoint le catholicisme : Isaac Berthier, Jean Sicard de Carufel, Louis de Buade Comte de Frontenac, de Subercase, Denonville, Gédéon de Catalogne, Montcalm et François Mounier.

En 1713, par le Traité d’Utrecht, Louis XIV cède l’Acadie, Terre-Neuve et la baie d’Hudson à l’Angleterre ; en 1763, le Traité de Paris consacre la cession de la Nouvelle France à l’Angleterre.

par le pasteur Robert Martel,
membre du Comité Pierre Dugua de la ville de Royan
Lettre N°32

Summary : PIERRE DUGUA DE MONS

Franco-Canadian associations are busy celebrating the fourth centenary of the foundation of “New France” by an unknown Huguenot gentleman called Pierre Dugua de Mons, who was born in Royan in 1560. In 1603, Henri IV sent Dugua de Mons (who had been given the title General Lieutenant to the Territory of Acadia), to America with the double mission of conquering new territory and converting the American Indians to Christianity. This was financed by a monopoly on all fur trade, but apart from that, the king gave no financial help whatsoever for the expedition. In 1607 the king stopped the monopoly so the colonisation had to come to an end.
However, in 1608 the king financed an expedition to the Saint Laurent River, which Dugua de Mons handed over to his friend Samuel Champlain, who built a fort there – the first building in Quebec, which became the capital of “New France”.
In 1612, Dugua de Mons renounced his title of Lieutenant – Louis XIII reproached him for being a Huguenot and obstinately protestant, compared to Champlain, who had converted to Catholicism. Dugua de Mons retired to Saintonge, where he died in 1628.
A statue in Acadia remembers him and the municipal museum of Royan has brought out a biography and a videocassette about him. Also, Quebec and the French State are issuing a stamp in his honour in 2004.

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