Entouré par le Dauphiné, le Languedoc et la Provence, terres de France, et celle du Comtat Venaissin, terre du Pape, la Principauté d’Orange était en situation peu confortable.

Dès le XIVe siècle et jusqu’en 1702, bien que plusieurs fois occupée, la Principauté avait réussi à garantir son indépendance.

En 1544, Guillaume le Taciturne de la Maison Nassau-Dillenbourg, avait hérité de la Principauté lointaine, qui avait très tôt adopté la Réforme. Ce Prince protestant et ses successeurs garantirent aux deux confessions chrétiennes les mêmes droits civils et religieux.

Au XVIIe siècle cependant, supportant mal ce bastion réformé, hautement fortifié par Maurice d’Orange-Nassau – et lieu de refuge pour les protestants traqués en France – Louis XIV ordonna sans vergogne de raser l’enceinte en 1661 et, deux ans plus tard, de faire sauter la citadelle d’Orange. En 1685, il l’occupe simplement et étend le régime de la Révocation de l’édit de Nantes aussi à la Principauté.

Au moment de la Guerre de Succession du Palatinat, en 1688, une coalition européenne, dite « Ligue d’Augsbourg », s’était formée autour de Guillaume III d’Orange – et Roi d’Angleterre en 1689 – afin de faire front à l’expansionnisme du Roi de France. Dès lors, considérée par la France comme territoire ennemi, Orange resta occupée jusqu’à la Paix de Rijswijk en 1697, paix qui restituait la Principauté à son maître légitime.

Les Orangeois retrouvaient brièvement et pour la dernière fois leur indépendance. Ils applaudirent le retour de leurs pasteurs, incarcérés depuis douze ans et reconstruisirent leurs temples.

Pour se garantir de l’hérésie réformée, Louis XIV émit alors des édits restrictifs aux relations avec la Principauté.

En 1701, lors de la Guerre de succession d’Espagne cette fois, la Principauté se trouva mêlée aux conflits d’intérêts des grandes puissances européennes, à nouveau coalisées contre la France.

Pour comble d’infortune, le Prince Guillaume III d’Orange meurt en 1702 sans postérité.

Le moment est opportun. Afin de devancer d’autres prétendants, dont le Roi Frédéric I de Prusse, la France fait valoir ses prétentions sur la Principauté et l’occupe à nouveau. D’emblée, les Orangeois perdent leur souveraineté et les réformés se voient encore soumis aux rigueurs de l’édit de Fontainebleau. Ceux qui voulurent rester fidèles à leur foi furent expulsés.

A cette époque, la Principauté comptait environ 10 000 habitants, dont le tiers était protestant.

Par égards diplomatiques, il leur fut cependant permis de s’expatrier sans avoir à fuir clandestinement comme leurs coreligionnaires français. Ils bénéficièrent aussi de trois mois pour vendre leurs biens – dont peu voulurent « étant suspects d’attirer la colère de Dieu ». Des passeports individuels furent accordés aux exilés et des itinéraires précis réglèrent leur départ pour Genève en 1703. Séparés de leurs familles, les hommes durent passer par Nice – qui dépendait de la Savoie – puis par le Col de Tende, Turin, le Mont-Cenis, St-Jean-de-Maurienne, Annecy et parvinrent, accablés, 22 jours plus tard à Genève.

Les femmes et les enfants embarqués sur le Rhône, à bord de barques surchargées, endurèrent intempéries et aussi insultes, 29 jours durant.

Les Genevois les attendaient déjà à Seyssel et les accueillirent avec les Cantons protestants suisses durant l’hiver 1703-1704 en attendant l’occasion de les acheminer par bonne saison et en sécurité jusqu’en Brandebourg et Prusse, où Frédéric I – se considérant comme héritier légitime de Guillaume III d’Orange – les reçut.

En 1713, la Paix d’Utrecht attribua définitivement la Principauté d’Orange au Royaume de France.

(Émission du Comité Protestant des Amitiés Françaises à l’Étranger du dimanche 2 décembre 2001, sur France-Culture, à 8h25)

Par Simone Saxer*

*Membre fondateur de l’Association Suisse pour l’Histoire du Refuge Huguenot.

Bibl.: le Professeur Fred FELIX a fait revivre le « Journal de route d’un exilé d’Orange en 1703 », en français, accompagné d’une carte retraçant cet itinéraire d’Orange à Genève, dans le Bulletin de l’Association Suisse pour l’Histoire du Refuge huguenot,1993, n°15, ; et a publié plus récemment : « Die Ausweisung der Protestanten aus dem Fürstentum Orange 1703 und 1711-1713 », Genève Droz /Bad Karlshafen 2000, en allemand.

2 Réponses à “Les protestants d’Orange”

  1. BRAHIC dit :

    Le buletin No 15 dans le quel se trouve l’ article de monsieur F felix est il
    disponible? comment lire cet article ‘ ou se procurer celui cI ?
    Avec mes remerciments

    P Brahic

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