maison pionier

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Le Québec est apparu longtemps comme un pays aux origines catholiques. Depuis quelques années avec les études généalogiques, l’histoire se révèle plus complexe.

C’est le roi Henri IV qui demanda au royannais Pierre Dugua de Mons, protestant, de “le représenter aux confins de la terre de l’Acadie” en 1603. Ce dernier engagea 120 hommes et ouvrit un comptoir de pelleterie et de pêche à Port-Royal en 1605.

Samuel Champlain, nommé lieutenant de l’expédition par Du Gas de Mons, remonta le Saint-Laurent et fonda Québec en 1608. Henri IV mourut en 1610. De Mons renonça à son rêve de Nouvelle France en devenant gouverneur de Royan, place forte protestante. Champlain rechercha un autre protecteur, d’abord Henri de Condé embastillé en 1617 puis le duc de Montmorency ; finalement l’avenir de la Nouvelle France reposa essentiellement sur l’énergie de Champlain. Il y emmena son épouse en 1620.

En 1627, Richelieu créa la compagnie des Cent Associés à laquelle il céda la propriété de la Nouvelle France. Il leur donna le monopole du commerce à condition que le territoire soit colonisé de Français catholiques. Il n’y avait plus qu’une poignée de Français, contre 4000 Anglais et Hollandais en Amérique du Nord. Ces derniers les attaquèrent pour obtenir les comptoirs. Richelieu, occupé par le siège de la Rochelle, n’envoya pas de secours aux québécois qui durent se rendre aux Anglais en 1629.

Champlain se démena à Londres pour retrouver sa colonie ; dès 1632, le roi d’Angleterre restitua à Louis XIII Québec et la région du St Laurent. Champlain revint à Québec en 1633 avec 200 colons et 5 missionnaires jésuites. Il construisit des ports, rétablit le commerce des pelleteries. Il mourut à Québec le jour de Noël 1635. Une question subsiste : Champlain était-il protestant ? Ses parents et son épouse l’étaient. Il n’est pas enterré à l’église. De Mons fut témoin de son mariage. Tout cela porte à croire que Champlain était huguenot, mais on peut supposer qu’il fut catholique « de façade » car il avait besoin du soutien du roi de France.

“Dugua de Mons est considéré comme le cofondateur de Québec. C’est lui qui avait l’autorité politique et qui a fourni l’argent, les bateaux et le personnel pour que Champlain puisse réaliser le “rêve américain d’Henri IV” dit Jean-Yves Grenon, ambassadeur du Canada.

Certains poitevins ont suivi ce rêve. 270 pionniers des Deux-Sèvres sont partis : des soldats, des engagés, des migrants libres, des prisonniers rescapés des galères ou de la pendaison, des faux-sauniers comme Michel Jamonneau d’Augé, héros du roman à succès « La rose du Fleuve » de Michelle Clément Mainard. 64% d’entre eux sont probablement d’origine protestante et 35 % sont de religion indéterminée.

Ils quittaient un Poitou où la vie était difficile voire impossible pour les protestants pour une région où il y avait des terres à défricher, du bois à volonté pour ériger sa propre maison, de la nourriture à profusion….Cependant, ils découvraient, un pays rude où la neige était présente 5 mois de l’année. Le Saint-Laurent, artère principale de vie : axe de communication, source de nourriture,…se transformait l’hiver et gelait parfois en un seul jour. Sur ce territoire, ils ont rencontré des tribus : les Hurons, les Iroquois….

Les premiers émigrants européens, devenus coureurs des bois comme Moïse Morin originaire de Niort, récoltaient les peaux. Ils étaient le lien entre les indigènes et les nouveaux arrivants. Moïse Morin, pour garder son protestantisme, passe chez les anglais. Il est signalé en 1701, avec d’autres niortais, à la fondation de Détroit.

Ce pays s’est progressivement organisé en s’inspirant du royaume de France.

Six congrégations religieuses s’installèrent entre 1615 et 1760. Elles eurent tous les pouvoirs. Elles possédaient des terres qui furent concédées en bordure du St Laurent, avec accès au fleuve pour chaque parcelle. Ces missions visaient l’assimilation complète des Amérindiens aux mœurs françaises : religion, langue…Les Ursulines et les Hospitalières eurent le mérite de fonder écoles et hôpitaux. Cette présence religieuse était prégnante, la morale très stricte.

Cette terre peuplée uniquement d’hommes, se languissait. Colbert mit en place une politique de peuplement et envoya « les filles du Roi ». C’étaient des orphelines de bonnes familles qui reçurent une dot de Louis XIV pour peupler le pays. De 1663 à 1673, 800 à 900 y sont parties comme Catherine Fièvre, originaire de Niort dont le père fut dragonné. Elle se maria à Québec à l’âge de 17 ans.

De plus chaque année des émigrants, artisans et agriculteurs complétèrent ces départs. Avec cette politique, La Nouvelle France passa à 10 000 habitants en 1680. L’émigration féminine se limita à 1770 personnes. Mais ces dernières avaient l’obligation de donner un enfant chaque année. Après l’allaitement, les prêtres insistaient pour que les femmes fassent leur devoir…

Cette colonisation eut des conséquences. La civilisation amérindienne disparut. En France, en 1763, la perte du Canada porta un coup aux industries et au commerce. A Niort, les tanneries, chamoiseries et fabriques d’étoffe licencièrent. Le blason de Niort, conserve une trace de ce commerce passé avec une représentation de deux sauvages de la Nouvelle France. En revanche, la langue française fut protégée au Québec et mise en valeur par les institutions catholiques.

(Emission du Comité Protestant des Amitiés Françaises à l’Etranger, diffusée sur France-Culture à 8h25, le dimanche 1er juin 2008, présentée par Alix Guiraud)

par Delphine Palluault[1]

Lettre N°41


[1] Responsable, chargée du développement du Musée du Poitou Protestant

Une Réponse à “Les pionniers du Québec originaires du Moyen Poitou”

  1. AGCF dit :

    Samuel Champlain est-il natif de la Rochelle ?
    Généalogie acadienne et québécoise Actualités: voir bulletins semestriels AGCF
    infos: agcf.acadie-quebec@orange.fr
    (débat en cours sur Champlain et son oncle protestant de la Rochelle qui l’a formé Guillaume Allène proche de la Cour, résidait Villa des Quatre Vents à LR
    voir bulletins AGCF 2012 sa généalogie à Marseille)

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