La Réforme a contribué profondément à l’identité de l’Europe. Elle est née au commencement du XVe siècle en République tchèque, et cette dernière est devenue membre de l’Union Européenne au mois de mai 2004.

Bien sûr, le concept de « réforme tchèque » n’indique aucun caractère nationaliste ; il désigne la spécificité de la Réforme dans ce pays, tout comme on dit « réforme allemande » –c’est-à-dire luthérienne- ou « réforme suisse –c’est-à-dire calviniste.

Tous les mouvements que l’on peut attacher à la Réforme partagent des idées communes. Ainsi par exemple :

  1. Tous tendent à rendre la Bible accessible à chacun, dans sa propre langue
  2. Tous soulignent le lien direct du croyant avec Dieu : ils refusent en effet que l’organisation ecclésiastique serve d’intermédiaire.


La chapelle de Bethléem, à Prague, est le premier édifice construit pour la seule prédication de la parole de Dieu, à la fin du XIVe siècle. Symboliquement c’est là que commence la Réforme tchèque, avec Jean Hus, le réformateur, qui y prêche pendant près de dix ans. Mais au concile de Constance, en 1414, Jean Hus est condamné à brûler vif. Ses disciples, dénommés les « Hussites », essayent alors de combattre les croisades lancées pour anéantir le mouvement.

Les « Quatre articles de Prague », vers 1420, résument le programme des Hussites :

  • libre prédication de la parole de Dieu
  • communion sous les deux espèces
  • fin du pouvoir séculier de l’Eglise
  • et enfin la même justice civile pour tous.

Le Calice, nom donné à la coupe de la Sainte Cène, posé sur la Bible,

représente encore aujourd’hui le symbole de la Réforme tchèque.

La Réforme tchèque a plus tard permis la naissance d’une nouvelle petite église, l’Unité des Frères, sans aucun lien avec Rome. La traduction de la Bible en tchèque, cadeau très précieux s’il en est, a été faite par cette Eglise de l’Unité des Frères.

Un détail intéressant aujourd’hui : en 1458, le roi Georges de Podiebrady, lié aux Hussites, tente de consolider la royauté contre le pouvoir du pape. Dans ce but, il élabore un plan de paix en Europe, et le présente aux nations européennes.

Plus importante cependant est la lutte pour la liberté de conscience. A la fin du XVe siècle, un traité de conciliation entre l’Eglise hussite et l’Eglise catholique de Rome est signé. Pour la 1ère fois en Europe, le respect mutuel est garanti, même pour les serfs. En 1609, Rodolphe II, par ses lettres impériales, assure à chacun dans le royaume de Bohême un droit égal à la liberté de culte.

Mais c’est déjà trop tard. La guerre de trente ans marque le début de la « recatholicisation ». Pendant les 150 années qui suivent, appelées époque des ténèbres, sous la répression, les protestants émigrent ou ne survivent que dans la clandestinité.

En 1781, l’empereur Joseph II signe l’Edit de Tolérance. Ce dernier autorise l’existence de l’église luthérienne et de l’église réformée. L’église issue de la Réforme tchèque, qui était homogène sous la répression, est ainsi scindée artificiellement. Il faudra attendre 1918 et la proclamation de la République Tchécoslovaque pour que l’église soit enfin réunie sous le nom d’Eglise Evangélique des Frères Tchèques.

De nombreux catholiques tchèques, après la première guerre mondiale, se sont tournés vers la Réforme. Ils ont renoué avec le premier mouvement hussite, ce qui a donné naissance à l’Eglise tchécoslovaque hussite : cela donne une communauté très « Haute Eglise » avec un rite assez catholicisant plus que protestant réformé.

(Emission du Comité Protestant des Amitiés Françaises à l’Etranger, diffusé sur France-Culture le dimanche 3 octobre 2004, à 8 h 25. Texte dit par Alix Guiraud).
Par Madame Eva MALMUKOVA,
Pasteur de l’Eglise Evangélique des Frères Tchèques
Lettre N°34

Summary : PROTESTANTISM IN THE CZECH REPUBLIC, by Mrs. Eva Malmukova, Pastor of the Evangelical Church of Czech Brethren, October 3d 2004

The Protestant Reform movement greatly contributed to the creation of a truly European identity; it first started at the beginning of the XVth century in the Czech Republic, which became a member of the European Union in May 2004.

The Czech Reform, like the European movement, emphasised the accessibility of the Bible to everyone, in his own language and a direct contact with God, without the intervention of the Church. This reform began in the late XIVth century with Jean Hus, who was later burnt at the stake in 1414. In 1420, the “Four Articles of Prague” summarised the ideas of his followers, called Hussites: Freedom to preach the Word of God, the taking of both bread and wine at Holy Communion, the same civil justice for all and an end to the secular power of the Church.

Later, the Unity of Brothers translated the Bible into Czech. But during the next 150 years the Catholics imposed a repressive regime on the country, which made it very dangerous to be a protestant.

However, in 1781, Joseph II signed the Edict of Tolerance, which gave freedom of worship to the Lutheran and Reformed churches. In fact, after the First World War, many Czech Catholics turned to Protestantism, thus going back to the roots of the original Czech Hussite Reform.

Laisser un commentaire