En prélude à une visite du Château de Chamerolles, dont la chapelle royale contient le plus ancien Décalogue huguenot connu en France, notre comité a visité le Manoir de Bondaroy, près de Pithiviers, la demeure du poète huguenot Jean de La Taille. C’est sur la route d’Orléans à Fontainebleau. Il en reste surtout une belle façade Est de l’enceinte, avec ses deux tours carrées et son porche central surmonté d’une chambre haute. Nous avons été accueillis par M. Eric de La Taille, dont le père Roland avait racheté le manoir de leurs ancêtres. C’est par lui que nous connaissons l’existence des Tables de la Loi huguenotes du Château de Chamerolles.

L’association Suisse pour le Refuge Huguenot représentée par Mme Simone Saxer, et la nouvelle secrétaire générale de la Société Huguenote de Grande-Bretagne et d’Irlande, Mme Barbara Julien, ont honoré cette manifestation de leur présence. Mme Luce Madeline, Présidente de l’association « Mémoire protestante en Orléanais » est également venue à notre rencontre.

Qui était Jean de La Taille, seigneur de Bondaroy ? Ce sont le père et l’oncle paternel de Jean de La Taille, Louis et Guillaume, qui les premiers embrassèrent les idées nouvelles de la Réforme protestante. Jean de La Taille est né vers 1533 et a vécu environ quatre-vingts ans. Il fut placé à Paris chez l’excellent précepteur humaniste Marc-Antoine Muret, comme plus tard son frère Jacques, qui mourut de la peste à vingt ans, non sans avoir écrit un brillant opuscule que Jean de La Taille publia. Il s’intitule « La Manière de faire des vers en françois comme en grec et en latin » ; un précieux exemplaire en est conservé à la Bibliothèque du Protestantisme Français.

Jean de La Taille suivit ensuite à Orléans les cours de droit civil du célèbre Anne de Bourg, mais « les muses vinrent le tenter, et il sacrifia à ces sirènes qui lui semblaient plus belles que les lois, mieux peignées et de meilleure grâce ». Il admire Ronsard et Du Bellay, s’attache à versifier clairement dans notre langue, et y révèle une certaine aisance.

Mais, comme aîné de la famille, il dut soutenir l’honneur de son nom sur les champs de bataille. Il se comporta vaillamment dans les trois premières guerres civiles dites des troubles pour le fait de la religion sous la bannière huguenote du prince de Condé, puis de l’Amiral Coligny. Il n’avait pas de goût pour la guerre et exprimera en vers sa souffrance de voir la France se déchirer de ses propres mains. Il fut blessé au visage à la bataille d’Arnay-le-Duc en 1570. Le jeune prince Henri de Navarre lui fit l’honneur de le faire panser par ses chirurgiens. Il sut tirer gloire de la balafre qui lui en resta, et qui lui barrait le front et la joue droite. Jean de La Taille se retira ensuite dans son manoir de Bondaroy où il écrivit les poèmes et les pièces de théâtre qui constituent sa plus grande gloire.

Sa première œuvre poétique fit son succès : c’est sa « Remontrance pour le roi à tous ses sujets qui ont pris les armes contre Sa Majesté ». Il place son poème dans la bouche du roi Charles IX et prêche l’absurdité de la guerre fratricide et la réconciliation. Dans la même ligne, il donnera un poème en trois chants : « le Prince nécessaire » qu’il a bien sûr dédié à Henri de Navarre.

Jean de La Taille est l’inventeur des Trois Unités disant qu’il faut toujours représenter l’histoire et le jeu en un même jour, en un même temps, et en un même lieu. C’est l’unité d’action, de temps et de lieu de la tragédie classique dont il est ainsi le précurseur. Sa première tragédie en vers en cinq actes, avec chœur, se nomme : « Saül le furieux ». La pièce montre la révolte de Saül contre le désamour de Dieu. Elle illustre son époque troublée pour signifier que la puissance monarchique reste dépendante de Dieu. Sa seconde tragédie en est la suite, et se nomme : « La famine ou les Gabéonites » également tirée de la Bible. Jean de La Taille a aussi donné deux comédies : « Les Corrivaux » où deux jeunes gens amoureux prétendent au même endroit, et « Le Nécromant » qui est une libre interprétation d’Arioste.

Son œuvre théâtrale a été publiée à part, et son abondante œuvre poétique -des élégies, des chansons, des sonnets d’amour et autres épitaphes- ont été rassemblés et publiés en quatre petits volumes par le chartiste René de Maulde en 1878.On recommence de nos jours à publier l’œuvre de Jean de La Taille. J’en citerai comme exemple le recueil d’études publié à Orléans par l’éditeur Paradigme, avec entre autres, les contributions de, Marie-Madeleine Fragonard, Olivier Millet, Marguerite Soulié, Paul Ricoeur et Franck Lestringant. Le titre de cet ouvrage est : « Par ta colère, nous sommes tous consumés », avec le sous-titre : « Jean de La Taille auteur dramatique ».

Emission du Comité protestant des Amitiés françaises à l’Etranger diffusée sur France-Culture, le dimanche 5 décembre 2004, à 8h25
par le pasteur Paul LIENHARD

Summary : THE HUGUENOT POET JEAN DE LA TAILLE, SEIGNEUR DE BONDAROY

by Pastor Paul Lienhard, December 5th 2004

Our Comité recently visited the Manoir de Bondaroy, where the Huguenot poet Jean de la Taille,(b.1533), once lived. We were honoured to have with us Mme Saxer (Switzerland), Mrs. Julien (G.B.), and Mme Madeline (from Orleans).

Jean de la Taille (whose father became a reformed protestant), studied law and later, poetry. As the eldest son, he had also to go and fight in the wars of religion, first under Condé, then Coligny, two great protestant leaders. However he disliked fighting and after having received a wound in his face in 1570, he retired to his mansion in Bondaroy, where he wrote his most successful plays and poems.

We mainly remember Jean de la Taille because he originated the theory of unity of action, time and place, which was to be so important for classical tragedy in later years.

Recently his work has been republished, for example “We are all consumed by your anger”, with the subtitle: “Jean de la Taille, a dramatist.”

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