Nos amis de l’Association Suisse pour l’Histoire du Refuge Huguenot nous ont fait parvenir la plaquette illustrée de 48 pages, intitulée : GUIDE-MéMORIAL DU MONUMENT INTERNATIONAL DE LA RéFORMATION A GENEVE. Son auteur était Charles Borgeaud, professeur à l’Université de Genève au début du 20e siècle. Ce Guide-Mémorial est trilingue : français, anglais, allemand. Ce monument, unique en son genre, est connu dans le monde protestant sous le nom de Mur des Réformateurs..

La première pierre du monument fut posée en 1909 pour marquer deux grands jubilés : le quatrième centenaire de la naissance de Jean Calvin et le trois cent cinquantenaire de la fondation du Collège et de l’Académie de Genève du vivant du Réformateur.

Le projet historique fut conçu par un Comité présidé par le professeur Lucien Gauthier de Genève. Un concours international fut lancé auquel soixante et onze projets furent soumis. Le programme imposé de ce concours était de représenter l’héritage mondial du calvinisme à travers des statues monumentales des Réformateurs calvinistes et des hommes d’état pionniers et protecteurs de la Réforme calvinienne. Huit bas-reliefs placés de part et d’autre d’un groupe central devaient représenter les événements marquants de cette histoire. Le Comité sut mobiliser dès 1907 les Protestants de Suisse, de France, d’Angleterre, d’Ecosse, de Belgique, de Hollande, d’Allemagne, de Bohème, de Hongrie et d’Amérique.

Le monument fut terminé en 1917. Deux grands sculpteurs français furent retenus : Paul Landowski, le père du compositeur Marcel Landowski, et Henri Bouchard. La réalisation du Monument était très avancée mais non terminée en 1914. Genève obtint, en remerciement des bienfaits de la Croix-Rouge, des permissions pour que le soldat Bouchard puisse venir travailler à l’immense monument.

J’ai trouvé ces précisions dans la plaquette descriptive du Musée Bouchard installé dans son ancien atelier dans le 16e arrondissement de Paris.

Je vais maintenant vous décrire le monument dans l’ordre recommandé par le Guide-Mémorial.

Le Mur des Réformateurs occupe un front de 100 mètres, du mur de la courtine des fortifications de la Genève du XVe siècle appelées les Bastions. Deux blocs de pierre aux extrémités du Monument portent les noms de Luther et de Zwingli, les deux Réformateurs qui ont accompli leur œuvre en dehors du calvinisme et qui ont leur monument à Worms et à Zurich. Une inscription en lettres monumentales à l’antique court sur le mur comme un titre : POST TENEBRAS LUX. C’est la devise de Genève et c’est tout le programme de la Réforme protestante. Elle est également le thème du logo de la Société de l’Histoire du Protestantisme Français.

Au centre du Mur des Réformateurs, sur un socle en avant-corps, le groupe central de quatre statues de cinq mètres de hauteur : Guillaume FAREL, Jean CALVIN légèrement en avant du groupe, Théodore de BEZE et John KNOX. Au centre du socle : le trigramme grec de Jésus, c’est à dire les trois premières lettres de son nom. Les quatre hommes sont en robe doctorale avec une Bible en main. C’est une œuvre commune de Paul Landowski et Henri Bouchard.. Les personnages de trois mètres de haut, encadrant les bas-reliefs sur les deux ailes du Monument ont tous été réalisés en alternance par nos deux sculpteurs.

L’aile droite du monument, c’est à dire en se déplaçant vers la gauche, montre le premier prêche de Pierre Viret à Genève avant l’arrivée de Calvin. Le Guide-Mémorial détaille bien sûr les scènes que je ne puis ici qu’énumérer. Puis vient Gaspard de COLIGNY, suivi de la signature de l’Edit de Nantes par le Roi de France Henri IV. Suit Guillaume d’ORANGE; dit le Taciturne, troisième grande victime de l’intolérance de l’époque. Puis vient la déclaration de l’Indépendance des Provinces Unies à la Haye. Puis Frédéric-Guillaume, le Grand Electeur du Brandebourg, et l’accueil des réfugiés français dans ses états après la Révocation de l’édit de Nantes.

L’aile gauche du monument montre la Réforme prêchée à Édimbourg par John KNOX, Roger WILLIAMS, le Ministre puritain américain portant un livre avec « Soul Liberty » : liberté de conscience. Vient ensuite la fondation de la première colonie de la Nouvelle Angleterre par les Pères pélerins, Olivier CROMWELL, la présentation à Guillaume d’Orange, roi d’Angleterre et son épouse la reine Marie, fille du roi d’Angleterre Jacques II, de la Déclaration des droits fondamentaux de la monarchie constitutionnelle. Enfin étienne BOCKSAY, le héros du soulèvement de la Hongrie réformée contre les Habsbourg et le même, présentant la paix de Vienne à la Diète hongroise, donnant la liberté religieuse au Royaume de Hongrie.

Le Monument, avec les textes et les dates inscrits sur la pierre, est austère, grand et beau, le Guide-Mémorial est succinct et précis tout à la fois.

(Émission du Comité Protestant des Amitiés Françaises à l’Étranger, du dimanche 1er Avril 2001, à 8h25, sur France-Culture)
par le Pasteur Paul Lienhardt
« La Lettre » N°27 de Juin 2001

En marge de ce sujet, nous ne saurions trop vous recommander la visite du musée-atelier Henri Bouchard (25 rue de l’Yvette, 75016 Paris, Tel.01 46 47 63 46, ouvert les mercredis et samedis a.m., sauf 2ème quinzaine de juin) et du musée Paul Landowski (14 rue Max-Blondat à Boulogne-sur-Seine, Metro Jean-Jaurès, Tel. 01 55 18 46 41, ouvert mer., sam. et dim.).

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