En novembre 1999 se tenaient à Versailles les Assises de la Fédération Protestante de France. « Une espérance à vivre, une société à construire », tel était le thème de ses Assises au cours desquelles un forum a réuni les Œuvres, Institutions et Mouvements qui s’enracinent dans le Protestantisme français.

Parmi ces œuvres, la Maison de Retraite Protestante de la Muette. Cette Maison se trouve à Paris, dans le 12ème arrondissement. Elle a été fondée par le Diaconat du Consistoire Réformé de Paris en 1854 avec le souci, comme en témoignent ses archives, de venir en aide aux vieillards protestants « indigents et isolés » de Paris. Cette aide était apportée sur le plan matériel, avec le gîte et le couvert, dont la charge était portée par la solidarité protestante. En contrepartie, chacun était invité à participer à la vie commune en rendant de menus services. Cette aide était également apportée sur le plan spirituel, à la fois par les responsables directs de la Maison et par les pasteurs du Consistoire. Il y avait donc une cohérence forte entre les objectifs sociaux et religieux de l’Église qui se manifestait dans cette institution particulière comme dans celles qui se sont créées, à cette époque, pour répondre aux besoins de ceux, enfants, adultes ou vieillards, que la maladie, le handicap, la misère ou l’âge avaient laissés à l’abandon. On ne parlait pas, alors, d’exclusion.

Pour la troisième fois de son histoire, la Maison de Retraite Protestante de la Muette a reconstruit ses locaux qui seront inaugurés au printemps. Ces travaux ont duré près de trois ans pendant lesquels les résidents ont été hébergés dans les locaux de la Fondation de Rothschild, toute proche, et à l’occasion des grandes fêtes carillonnées, c’est dans les locaux des Petites Sœurs des Pauvres que se sont exprimées l’espérance et la foi de chacun. Trois années qui ont permis de vivre un œcuménisme fort !

Un tableau, qui sera vraisemblablement exposé dans le hall de la nouvelle maison, permet de raconter succinctement l’histoire de « La Muette ». Il est dû au pinceau d’un ancien des Chasses de Sa Majesté la Reine des Pays-Bas, Martinus Juijtenbrouwer. Il représente le jardin de la première Maison de Retraite, au cours de l’été 1891. La facture de la toile est naïve : au milieu de massifs fleuris sous les arbres quelques pensionnaires sont mis en scène; l’après-midi semble paisible. Un chat se promène sur le toit. Le chien de la maison poursuit des oiseaux. Le Directeur joue aux cartes avec un pensionnaire. Au fond du jardin on peut voir sa petite-fille sur la balançoire. Son arrière-petite- fille, aujourd’hui résidente à La Muette, nous a en quelque sorte commenté le tableau. On sait peu de choses du peintre. Les archives racontent cependant que le peintre avait été, pendant la guerre de 1870, commandant du bataillon des amis de la France. Resté dans notre pays, il avait été naturalisé. Comme beaucoup d’artistes il avait eu quelques difficultés à vivre de sa pratique et c’est la société de bienfaisance néerlandaise qui lui avait apporté les subsides nécessaires à son hébergement à la Muette.

Nous sommes ici dans l’anecdotique. Pourtant il y a dans l’histoire de ce peintre âgé, étranger, ami de la France, recueilli dans une institution protestante, quelque chose qui témoigne de notre raison de vouloir être encore aujourd’hui, dans une société qui se cherche, une institution protestante.

On objectera sans doute qu’il n’est pas nécessaire d’être chrétien et protestant pour construire des maisons de retraite de qualité. N’est-ce pas une mission de service public ? Est-il encore utile que des associations « protestantes » continuent à s’engager dans ce type de services où se sont engagées des sociétés commerciales ?

Bien sûr, et malgré toutes les questions et les objections réelles et sérieuses, la réponse est OUI. Je crois, nous croyons qu’il est des lieux où l’Évangile doit être dit et l’Espérance annoncée. Je crois, nous croyons que c’est justement en des lieux où la vie semble s’effilocher, perdre sens, où l’esprit semble déserter, parfois, des corps fatigués et usés, que la présence aimante, pleine de tendresse de Dieu doit être manifestée.

Je vous dis cela, ce matin, parce que nous avons besoin d’être aidés. Aidés et encouragés. Aidés à construire une société où nos aînés ne seront pas laissés à la solitude et à l’abandon. Encouragés à transmettre l’espérance qui est la nôtre : celle d’une vie où rien, pas même la mort, ne peut nous séparer de l’amour de Dieu.

Si vous disposez d’un peu de temps, vous pouvez être utiles; vous pouvez aussi nous aider par des dons (CCP PARIS 0290183×020 73).

Écrivez-nous, venez nous voir, 43 rue du Sergent Bauchat, 7512 Paris.

(Émission du Comité protestant des Amitiés Françaises à l’Étranger, diffusée le dimanche 5 décembre 1999, à 8h25 sur France-Culture)
par le pasteur Bernard Massias
« La Lettre » N°25 de Juin 2000

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