Nous avons reçu une relation très intéressante et même touchante de la famille et de la vie du pasteur François de Beaulieu, maintenant âgé de 92 ans, qui vit à l’Ile-aux-Moines, dans le Golfe du Morbihan, depuis sa retraite, il y a 26 ans.

Les ancêtres français de monsieur de Beaulieu sont originaires de Rennes et se sont convertis dès le début du protestantisme en Bretagne. Jacques de Beaulieu, époux de Denise de Clary, figure parmi les anciens de la première paroisse réformée de Rennes, tout en exerçant la profession de procureur au Parlement de Rennes, de 1550 à 1562 . C’est probablement lui qui a laissé son nom au campus de l’Université de Rennes qui s’appelle Campus de Beaulieu.

Un des descendants de Jacques de Beaulieu, prénommé César, se trouvait être pasteur à Quintin, en Côte d’Armor, et officiait parfois au château de La Moussaye dans les années 1660, dans cette région bretonne très acquise au protestantisme depuis les débuts. Dix-huit ans plus tard, à la suite de la Révocation de l’Edit de Nantes, il dut émigrer en Angleterre ; il se fixa à Ipswich, dans le comté de Suffolk, au nord de Londres, en tant que pasteur d’une communauté d’émigrés protestants.

César de Beaulieu eut cinq enfants. L’un de ses fils, François-Charles, accepta, avec d’autres coreligionnaires, l’invitation du roi de Prusse à venir s’installer à Danzig, port d’immigration de la Prusse orientale, qui avait été décimée par deux épidémies de peste. Cette branche de la famille de Beaulieu vécut ainsi plus de deux siècles dans les territoires situés à l’est de Berlin, et y acquit de vastes propriétés agricoles et deux châteaux.

Au début de la première guerre mondiale, le père de notre correspondant de l’Ile-aux-Moines fut tué dès 1914.

François, son fils, né à Brême en 1913, fit des études de théologie à l’Université Humbolt de Berlin, ainsi qu’à Tübingen. Sa rencontre avec le pasteur allemand Dietrich Bonhoeffer, lors d’une année d’études à Londres en 1933/34, l’engage dans un combat considérant que l’Eglise pouvait servir de contrepoids à l’expansion des idées néfastes du nazisme. Condamné pour activités anti-nazies, il fut envoyé sur le front russe dans un bataillon disciplinaire, puis, après-guerre, fut réhabilité comme victime du nazisme.

A la fin de la deuxième guerre mondiale, les troupes russes occupant la Prusse orientale expulsèrent la population civile allemande, confisquant toutes leurs terres, propriétés et avoirs. Ayant tout perdu, trois membres de la famille de Beaulieu décidèrent alors de regagner le pays de leurs ancêtres et de s’installer en France après un exil de 260 ans !!

A son arrivée à Paris, François de Beaulieu rencontre le pasteur Marc Boegner, alors président de la Fédération Protestante de France. Sur sa recommandation, il travaille au Service de l’Aumônerie des Etrangers Protestants qui dépendait de la FPF et assure un service paroissial à l’Eglise allemande de la rue Blanche . Parallèlement, en accord avec le Ministère français des Anciens Combattants, il recense quelques 200 000 tombes de militaires allemands dont les sépultures étaient recherchées par leurs familles en Allemagne .

François de Beaulieu est naturalisé français en 1947. Il épouse Françoise Rigault, fille d’un historien d’Orléans. Il est appelé comme pasteur titulaire de l’Eglise Réformée d’Alsace-Moselle où il exerce son ministère jusqu’à sa retraite en 1979. Il se fixe alors à l’Ile-aux-Moines. Ses deux fils sont professeurs en Bretagne.

L’histoire de cette famille huguenote contrainte à l’émigration et revenue en France, dans sa région d’origine, la Bretagne, après plus de deux siècles et demi d’absence est un témoignage touchant de fidélité à ses racines françaises.

Cette épopée illustre la vocation du Comité protestant des Amitiés françaises à l’Etranger qui s’efforce d’entretenir ou de recréer des liens entre les descendants de huguenots disséminés à l’étranger et leur patrie d’origine, inscrite dans leur mémoire familiale et restée chère à leur cœur.

(Emission du Comité Protestant des Amitiés Françaises à l’Etranger, diffusée sur France-Culture à 8h25, le dimanche 1er mai 2005)
Par Micheline GUILLIERME
Lettre N°35

Summary : THE BEAULIEU FAMILY

By Micheline GUILLIERME

The pastor François de Beaulieu (now aged 92 and living in Brittany), told us recently about his Huguenot ancestors: it is an interesting story.

His family was among the first to be converted to Protestantism in Rennes, (Brittany) in the 1560’s.  Then one ancestor, called Cesar, had to emigrate from Brittany to England in 1678, where he settled in Ipswich. He had five children, one of whom accepted the King of Prussia’s invitation to come and settle in Danzig, east of Berlin. The family did very well, acquiring a great deal of property and staying in the area for two centuries, until the First World War, when François’ father was killed.

And now to return to François, the subject of this article.  While studying theology, he met Dietrich Bonhoeffer in London in 1933/34 and joined the Christian anti-nazi movement.  For this reason he was then sent to the Russian front.  After the Second World War, the Russians occupied eastern Prussia and forced the population to go into exile, leaving all their possessions behind them. It was at this stage that three members of the family decided to return to France. François took on French citizenship in 1947, married Françoise Rigault and served as a pastor for the Reformed Church of Alsace-Moselle until he retired. So this is a touching story of a Huguenot who came back to his roots after 260 years of exile!

3 Réponses à “La famille de Beaulieu”

  1. GRAEF Aurel dit :

    Le pasteur François Debeaulieu était mon pasteur lorsqu’il exerçait à CREUTZWALD.
    Je l’ai rencontré en 2004 sur l’isle aux moines, cet homme m’a raconté à plusieurs reprises ses aventures de la période de la deuxième guerre , je suis retourné en 2011 pour me recueillir sur sa tombe ainsi que celle de son épouse, je peux dire que j’ai perdu en son décès , mon père spirituel . Sa façon de réfléchir m’imprégne encore aujourd’hui et chaque jour qui passe je pense à lui et à l’éducation qu’il m’a inculqué.
    C’était un homme exceptionnel .
    Aurel GRAEF de Moselle.

  2. koltes dit :

    vous l’avez bien connu , j’en suis heureuse , c’est mon cas , il était pasteur chez nous , ce qui me manque c’est une photo de lui , j’ai son livre l’ile aux moines , très beau , une photo de lui et de sa famille ce serait sympa je vous remercie

    • Bonjour,
      Je suis le fils du pasteur de Beaulieu (avec le même prénom et c’est moi qui ai écrit le livre sur l’île mais aussi un livre sur la vie de mon père). Vous trouverez beaucoup d’informations le concernant sur mon site: http://www.francoisdebeaulieu.fr et un onglet contact s vous voulez une photo ou poser une question.
      Cordialement,
      FdB
      Merci au webmaster de transmettre la réponse à Koltes qui ne viendra peut-être pas la voir sur le site.

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