Fondé en 1915, le Comité Protestant des Amitiés Françaises à l’Etranger a pour but de maintenir le contact entre d’un côté, les Sociétés Huguenotes et les Eglises protestantes dans les anciens pays du Refuge – ces pays qui ont accueilli les protestants français persécutés dans leur pays -, et de l’autre côté, la France et les protestants français.

On parle du « Refuge ». En fait il y a eu deux Refuges :

  • Une première vague d’émigration pour cause de religion a eu lieu au XVIe siècle, dès les années 1530-1540, puis s’est intensifiée à la suite de la Saint-Barthélemy, le 24 août 1572. Cet exode a surtout concerné Genève au temps de Calvin et l’Angleterre sous le règne d’Elisabeth Ière.
  • La seconde vague de l’exode, quantitativement beaucoup plus importante, a lieu au cours de la période qui précède et suit la Révocation de l’Édit de Nantes, en 1685.


Certes, à l’obligation catholique imposée par la force et par la législation du roi Louis XIV, les réformés se sont dans leur grande majorité pliés, en abjurant.

Cependant, presque aussitôt, ils ont tenté de s’y soustraire de différentes manières, en désobéissant aux lois. Résistance passive, par l’abstention des pratiques et de l’instruction religieuses catholiques. Résistance active aussi, par le maintien d’une pratique religieuse familiale et la participation à des assemblées clandestines.

Une autre forme de désobéissance: la fuite.

En dépit des interdictions réitérées depuis 1669, et des surveillances des frontières, les dragonnades et l’édit de Fontainebleau de 1685 ont déclenché des vagues d’émigration sans précédent. Et cela, malgré des sanctions très sévères : les galères pour les hommes, la prison pour les femmes, la confiscation des biens pour tous. Outre la peine de mort pour les passeurs.

Il n’empêche : par la mer, par les routes ou leurs sentiers de montagne, des hommes, des familles – parfois des villages entiers – ont fui, cherchant à gagner les pays du Refuge.

L’exode, torrentiel dans les deux années qui ont suivi la Révocation, n’a pas cessé jusqu’au milieu du XVIIIe siècle, reprenant après chaque poussée de répression.

On estime à 200.000, peut-être même à 300.000, le nombre de ceux qui ont ainsi émigré dans les pays du Refuge entre 1685 et 1715, c’est-à-dire plus du quart des réformés français.

Partout, dans ces pays amis, se manifeste un grand effort d’assistance aux migrants : à Genève et en pays de Vaud est instituée la « Bourse française », organisme de secours aux réfugiés qui se poursuit jusqu’au XIXe siècle.

L’Angleterre absorbe généreusement la seconde vague des réfugiés avec l’appui de la première.

Mais c’est dans les Provinces-Unies, c’est-à-dire la partie septentrionale des actuels Pays-Bas, et en Allemagne que les conditions d’accueil sont les plus favorables et l’émigration la plus massive.

Dans les Provinces-Unies, on ne trouve pas moins de 85.000 réfugiés pour deux millions d’habitants. L’édition, alors en plein essor, permet non seulement la diffusion de la pensée, mais celle de la langue française. De ce fait, la Hollande devient la vraie patrie du calvinisme français.

Le Grand Électeur de Brandebourg favorise la venue des Français afin de contribuer à redresser l’économie du pays après la guerre de Trente ans. Dans ce but, il envoie à Francfort, véritable plaque tournante de l’immigration, un délégué pour inviter les réfugiés à se rendre à Berlin. Au début du XVIIIe siècle, le quart de la population de Berlin est français et toutes les classes de la société sont représentées.

À l’évidence, ce phénomène est un événement capital de l’histoire européenne. Ce mouvement démographique a des répercussions dans tous les domaines.

Le niveau élevé de la civilisation en France permet aux artisans exilés – notamment dans le secteur textile – de favoriser l’industrie dans les pays d’accueil.

Aux pays de l’Europe centrale, exténués par la guerre de Trente ans, les huguenots français ont apporté des forces nouvelles, tant sur le plan économique que sur le plan culturel.

Ces mouvements de population ont permis et stimulé un renouveau de la pensée Ils ont notamment suscité une réflexion sur le problème des libertés et ont contribué à ouvrir la voie à la philosophie des Lumières.

(Emission du Comité Protestant des Amitiés Françaises à l’Etranger, diffusée sur France-Culture à 8h25, le dimanche 2 janvier 2005)
Par Denis CARBONNIER, président du Comité

Summary : THE HUGUENOT EXODUS

by Denis Carbonnier, president of the Comité

The Comité Protestant des Amitiés Françaises à l’Etranger was founded in 1915 in order to maintain a link between Huguenot societies in the countries which once welcomed persecuted French protestants and protestants in France today.
The period 1530 – 1540 saw the first wave of emigration, while the second took place around 1685, date of the Revocation of the Edict of Nantes. Between 1685 and 1715 about 200.000 Protestants at least emigrated, even though the punishment was severe if they were caught:(the galleys for the men, prison for the women and the confiscation of all possessions). Many efforts were made in the surrounding countries to welcome the emigrants, in Switzerland a special “French fund” was set up, England took in many Huguenots in both waves, but the United Provinces (the northern part of Holland) and Germany welcomed the largest number : 85,000 refugees came to Holland while in Germany, at the beginning of the XVIIIth century, a quarter of the population of Berlin consisted of Huguenots. So we can say that these often highly skilled refugees contributed to a major step in European history and helped to increase the wealth of the countries that welcomed them.

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