Quelques jours nous séparent du deux-cent-cinquantième anniversaire de la mort de Jean-Sébastien Bach, né à Eisenach en 1685 et mort à Leipzig le 28 Juillet 1750. Or, il est toujours présent et bien vivant dans le cœur des fidèles, des mélomanes, des chanteurs, des instrumentistes, des organistes et des chefs : à l’Église comme à la salle de concerts, et dans le monde entier. Ce constat tient du miracle, qui prend d’ailleurs une dimension œcuménique.

Par suite de l’alignement au goût du jour, de l’envahissement de l’esthétique de l’Empfindsamkeit, au siècle des Lumières et de l’Aufklärung, à l’époque des fils de Jean-Sébastien BACH et, notamment à la cour du Roi Frédéric le Grand, où s’était répandue la phrase bien connue : « Le Vieux Bach est arrivé », son œuvre était déjà passée de mode. Il faudra attendre 1829, pour que résonne à nouveau la Passion selon Saint Matthieu dirigée par Félix Mendelssohn d’origine juive qui, après sa conversion au luthéranisme, s’est appelé Mendelsshon-Bartholdy pour se différencier de l’autre branche de la famille. A lui revient l’immense mérite d’avoir tiré le célèbre Cantor de l’oubli.

La vogue des grands ensembles vocaux et des chorales paroissiales en Allemagne, en Alsace et en Angleterre, dans la seconde moitié du XIXe siècle, d’une part ; les organistes dont Karl Staube (1867-1950), le Chœur de Saint Thomas (Thomanerchor) et le Dresdner Kreuzchor, avec Rudolf Mauersberger (1889-1971), puis à Strasbourg, le Chœur de Saint Guillaume dirigés par Ernest Munch (1859-1928) auquel succéda, en 1928, son fils Fritz (1890-1970), pasteur et directeur du Conservatoire, d’autre part, ont largement contribué à la diffusion des œuvres du « cinquième évangéliste ».

Si l’année 1950 a été marquée par de nombreuses manifestations : festivals, concerts, publications et numéros hors-série, colloques, de même l’année 1985, l’année 2000 bat tous les records d’audience. Bach est présent dans tant de festivals, entre autres en Allemagne, à Liepzig, Dresde, Stuttgart, pour n’en citer que quelques-uns, et récemment dans le Rheingau où nous venons d’organiser un voyage culturel.

En France, Bach a été interprété dans de nombreuses églises, par exemple, à Paris; à l’Oratoire du Louvre, où l’Ensemble Laudate Dominum (Fontainebleau) et la Hampton Choral Society (Richmond), dirigés par Jean-Jacques Prévost, ont fait entendre la Messe en si mineur, selon la conception du « chœur de masse », éloignée de celle des actuels « Baroqueux » français, allemands et anglais. En l’Église Saint Thomas d’Aquin (à Paris), Arsène Bedois a intitulé son brillant concert du 4 Juin 2000, « Bach, le musicien théologien ». Lors du Festival en Sorbonne, « Venez célébrer Jean-Sébastien Bach », Jacques Grimbert a dirigé des extraits de la Passion selon Saint Matthieu, avec la participation d’un chœur d’assemblée. Dans nos émissions d’une heure hebdomadaire, « Images bibliques » (Radio Lumière 101), nous réservons tout au long de l’année liturgique, une large place à la dynastie des Bach.

L’activité éditoriale a été intense, surtout en Allemagne, où les ouvrages de référence ont été privilégiés : avec le Bach Handbuch édité par Konrad Küster chez Baerenreiter à Kassel; et, aux Éditions Laaber, le Bach Lexikon, à l’instigation de Michael Heinemann, ainsi que le Johann Sebastian Bach und seine Zeite (« et son temps ») par Arno Forchert. Signalons également les nombreuses éditions en fac-similés et reprints de J.-S. Bach. En France, parmi d’autres initiatives, Jean-Claude Téboul consacre tout un numéro de la revue Ostinato Rigore à Jean-Sébastien Bach comportant, entre autres, notre importante bibliographie mettant essentiellement l’accent sur les ouvrages récents. Parmi les articles inattendus figurent ceux publiés dans les « Nouvelles de La Cause », dans « La Promotion violette » (journal des Membres des Palmes académiques) et même, la MGEN (Mutuelle Générale de l’Éducation Nationale) a tenu à rendre hommage au Maître de Leipzig…. Enfin, dans le domaine discographique, André Isoir a réalisé chez Calliope une intégrale de l’œuvre d’orgue.

Après l’édition complète des cantates religieuses, Das Kantatenwerk (Harnoncourt, Leonhardt, en 60 CD, TELDEC), paraît, pour la circonstance, une nouvelle intégrale de toutes les cantates….

Ces quelques exemples, parmi d’autres, illustrent la portée de l’hommage rendu au plus grand Cantor de tous les temps qui a toujours œuvré « SOLI DEO GLORIA ».

(Émission Comité Protestant des Amitiés Françaises à l’Etranger diffusée le dimanche 6 août 2000, à 8h25, sur France Culture).
Par Edith Weber
Professeur émérite à l’Université de Paris-Sorbonne
« La Lettre » N°26 de Décembre 2000

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