Joyau de la Renaissance et résidence royale, le château de Fontainebleau, peut être évoqué comme le théâtre d’épisodes majeurs de l’histoire du protestantisme.

Sur un ancien donjon, François Ier crée en 1528, un immense château décoré par les brillants artistes italiens qui constituèrent la 1ère Ecole de Fontainebleau.

Si François 1er est hostile à la Réforme, sa mère, Louise de Savoie et sa sœur, Marguerite d’Angoulême sont les protectrices des premiers Réformateurs dont Lefèvre d’Etaples et les biblistes de Meaux : le protestantisme se répand rapidement dans leur entourage.

Pour mettre un frein à son expansion, Henri II publie à Fontainebleau une ordonnance qui interdit, sans autorisation des docteurs de la Sorbonne, d’imprimer et de vendre des livres concernant la Bible.

Sous François II, Catherine de Médicis réunit en 1560 une assemblée des notables, probablement dans la Salle du Conseil, sous la galerie François 1er. Elle essaye de calmer les haines engendrées par les dissensions religieuses, et de trouver un appui auprès des calvinistes pour contrer la toute-puissance des Guise. Il s’ensuivra un peu moins de rigueur : les pasteurs seront autorisés à célébrer des cultes dans les appartements des seigneurs réformés séjournant à Fontainebleau – comme Coligny, le Prince de Condé et Renée de France, future duchesse de Ferrare.

Henri IV est le second grand constructeur du palais de Fontainebleau. Grâce aux fonds réunis par Sully, surintendant des finances, il mène le gigantesque chantier de la Seconde Ecole de Fontainebleau. Plusieurs artistes protestants y travaillent : l’architecte Salomon de Brosse, le sculpteur Barthélemy Prieur, le graveur Abraham Bosse, l’émailleur sur terre érudit Claude Bertelemy et sa famille qui compte d’autres émailleurs sur terre ainsi que des peintres. On peut aussi citer les vitriers et peintre-verrier du château Claude Tissarant, et Claude Doublet. Olivier de Serre aurait dessiné deux parterres.

C’est l’époque où Henri IV et les protestants bellifontains adoptent le 1er emblème huguenot : un S barré signifiant Fermesse, c’est à dire Fermeté.

Après la conversion d’Henri IV, sa sœur, Catherine de Bourbon, continue à faire prêcher en sa maison de Fontainebleau . De nombreuses familles bellifontaines sont réformées. En 1600, un temple est enfin autorisé à Bois-le-Roi, accessible par coche d’eau, à mi-chemin entre Melun et Fontainebleau.

La porte du baptistère à Fontainebleau servit de cadre au baptême du Dauphin, par le Cardinal de Gondy, mais le futur Louis XIII est entouré de nombreux huguenots comme la princesse Louise de Coligny-Orange, le Maréchal de Bouillon, Duplessis Mornay, Odet de la Noue député général des Eglises réformées, des pasteurs Chamier et Gigord. Son médecin, Héroard est protestant.

L’escalier en fer à cheval est construit pour Louis XIII par son architecte, le protestant Jean Androuet Du Cerceau.

Louis XIV séjourne souvent à Fontainebleau au début de son règne. Il y donne de somptueuses fêtes. Par la suite, il réside à Versailles, et n’y vient qu’une fois par an.

Le curé de Fontainebleau demande de chasser les protestants du personnel du château et de fermer le temple de Bois-le-Roi. Le pasteur s’exile en Hollande.

En 1685, l’édit de Fontainebleau, dit Révocation de l’édit de Nantes est signé dans le salon de Mme de Maintenon, au 1er étage de la Porte dorée. La plupart des protestants fuient, souvent à l’étranger, ou abjurent. La triste chaîne des galériens passe à Fontainebleau.

L’édit de tolérance est signé par Louis XVI à Versailles en 1787, mais il a été préparé à Fontainebleau où se rencontrent La Fayette et Rabaut St Etienne.

Louis Philippe restaure le château, et c’est à Fontainebleau qu’a lieu le 30 mai 1837 l’extraordinaire célébration « œcuménique » du mariage de son fils aîné, le duc Ferdinand d’Orléans et de la princesse luthérienne Marie-Hélène de Mecklembourg-Schwerin. Il se déroule en trois célébrations successives : tout d’abord un mariage civil, puis une bénédiction par l’évêque de Meaux dans la chapelle de la Ste-Trinité, et enfin, dans la galerie des Colonnes, un second mariage religieux luthérien, au cours duquel les époux reçurent une bible des mains du pasteur Rodolphe Cuvier… Un coffret orné de peintures sur porcelaine, toujours conservé à Fontainebleau, dépeint ces cérémonies.

Intemporel, Fontainebleau est un site merveilleux à découvrir ou à revisiter, comme l’a fait récemment un groupe du Comité Protestant des amitiés françaises à l’étranger.

Emission du Comité Protestant des Amitiés Françaises à l’Etranger, diffusée le dimanche 2 octobre 2005, sur France-Culture, à 8 h 25.
par Christiane GUTTINGER
Lettre N°36

Summary : PROTESTANT HISTORY IN THE CHATEAU OF FONTAINEBLEAU

by Christiane GUTTINGER

This chateau has many connexions with French Protestantism.

In 1528 Francis Ier created a chateau decorated by wonderful Italian artists. (Ist School of Fontainebleau). His mother and his wife both encouraged the first Reformers, but Henri II made it illegal to print or sell books about the Bible without prior authorisation. Catherine de Médicis in 1560, in the reign of Francis II called together leading members of the aristocracy to try and appease the two religious groups (catholics and protestants). But it is Henri IV, who much enlarged the chateau with some of the best architects, sculptors and engravers of the time, (many of whom were protestant). This was the 2nd School of Fontainebleau. When he was converted to Catholicism, his sister allowed pastors to preach in her house in Fontainebleau and a protestant church was at last built nearby. The future Louis XIII was christened in the chapel here, in the presence of many Huguenots. But Louis XIV signed the Revocation of the Edict of Nantes in 1685, which was so repressive that many protestants had to escape from France. Finally in 1837, Louis Philippe’s son married a Lutheran princess and there were civil, catholic and protestant ceremonies to celebrate their wedding. Fontainebleau is timeless and beautiful, always a pleasure to rediscover.

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