Affiche de l'exposition à la bibliothèque Mazarine

On peut lire ce genre de formule sous la plume de théologiens sourcilleux, ou dans des édits royaux, au temps de François 1er.
Depuis 1518, date de l’arrivée à Paris des premiers livres de Luther, le théologien allemand qui défiait Rome, toutes les autorités ont tenté de leur faire barrage.
500 ans après 1518 : belle occasion pour une exposition de ces livres à Paris.
La Bibliothèque Mazarine et la Société de l’histoire du protestantisme français ont ainsi réuni une sélection de leurs livres rares dans le cadre prestigieux de la Bibliothèque Mazarine.

L’exposition présente d’abord quelques témoins des sensibilités et des aspirations nouvelles à la veille de la Réforme de Luther : la Nef des fous de Sabastien Brant, une Danse macabre, la première édition du Nouveau Testament grec d’Erasme.

On découvre ensuite les premiers imprimés qui ont fait connaître en France Luther.
Un théologien subversif, mettant au centre de la doctrine et de la vie chrétienne, l’Evangile, la parole de Dieu dans l’Ecriture, la promesse du salut gratuit, saisie par la foi, la foi seule. Citons une édition de son Traité de la captivité babylonienne de l’Eglise, avec un portrait de Luther d’après Cranach ; la bulle Exsurge Domine du pape Léon X, sommant Luther de se rétracter ; et d’un an plus tard, en avril 1521, la condamnation des écrits de Luther par la Faculté de théologie de Paris.

Dorénavant il était interdit d’imprimer et de vendre en France les ouvrages de Luther et de ses partisans. Mais l’intérêt pour les idées de Luther ne faiblit pas chez les étudiants et dans les cercles humanistes. En témoignent des impressions clandestines de Luther à Paris (en latin). En témoignent aussi, les traductions en français du Nouveau Testament, par Jacques Lefèvre d’Etaples, dans l’enthousiasme du programme de Luther d’ouverture de l’Ecriture aux laïcs.

Un volet important de l’exposition présente les premières traductions ou adaptations de Luther et de luthériens en français, à l’usage des laïcs ne lisant pas le latin, en particulier les femmes. Il y fallait bien des précautions pour éviter les foudres de la censure.

Signalons là un manuscrit exceptionnel, un catéchisme enluminé, offert à Marguerite de Navarre, la soeur du roi François 1er, protectrice du réseau « évangélique » français (plus ou moins proche des réformateurs d’Allemagne et de Suisse). Ce manuscrit donne la traduction de deux catéchismes dialogués du luthérien Johann Brenz, et y ajoute, d’un auteur anonyme, une partie sur la confession des péchés : la vraie confession des péchés, est-il écrit, est faite à Dieu seul, mais le conseil est tout de même de se conformer par prudence à la pratique obligatoire de la confession à l’oreille du prêtre, ramenée à une simple coutume.

Parmi les autres pièces rares de l’exposition, il faut encore citer un exemplaire des Placards contre la messe, petite affiche qui fit tant scandale en 1534, et déclencha une répression spectaculaire prise en mains par François 1er.
D’une certaine manière, cette affaire a conduit à un tournant majeur de la Réforme en France. En effet, elle força Jean Calvin, qui était alors une des têtes du réseau « évangélique » clandestin, à se découvrir. Il va se réfugier à Bâle, et là publier sous son nom, en 1536, un livre d’inspiration nettement luthérienne, l’Institution de la religion chrétienne, d’abord en latin, mais pour les Français, au soutien des « évangéliques » persécutés en France.

Quelques années plus tard, Calvin faisait de Genève la ville phare d’un nouveau modèle d’Eglise ( dérivé des modèles luthériens et suisses) et en même temps un centre de propagande « réformée » visant la France.

En 1547, juste après la mort de Luther, les théologiens de l’Université de Paris ne s’y trompent pas. Dans leur Catalogue des livres censurés (l’Index), Calvin et les livres de Genève deviennent les cibles principales.
Où l’on peut lire la mutation des « maudits livres luthériens » en maudits livres calvinistes.

 

par Marianne Carbonnier-Burkard
L’exposition de tels livres d’exception à la Bibliothèque Mazarine est ouverte au public juqu’au 15 février 2019. L’entrée est libre. Courez-y !
(Culture protestante, chronique mensuelle des Amitiés huguenotes internationales, diffusée sur France Culture, à 8 h 55, le 6 janvier 2019).

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