Alors que depuis le 23 juin 2016, le processus du Brexit soulève de nombreuses incertitudes quant au devenir de la communauté française du Royaume-Uni, l’organisme chargé du classement des monuments historiques, Historic England, vient de souligner, en août dernier, l’importance majeure, tant architecturale qu’historique, du temple de Soho square au centre de Londres en revoyant son classement d’un grade II à un grade II*, catégorie qui recouvre moins de 6% des bâtiments classés au Royaume-Uni et n’est accordé qu’aux bâtiments dits d’une importance particulière.
En cette année de célébration des 500 ans de la Réforme, Historic England a notamment justifié cette révision par le fait que l’Eglise de Soho, en tant que dernière église protestante française du Royaume-Uni, est devenu le symbole même de la tolérance religieuse anglaise qui les a vu accueillir dès le XVIe siècle les premiers réfugiés huguenots fuyant les persécutions en France.

L’histoire de l’Eglise actuelle, toujours lieu vibrant de vie et de célébration, remonte en effet au milieu du XVIe siècle, quand le 24 juillet 1550, le jeune roi Edouard VI, fils d’Henri VIII, accorde par charte royale la liberté de culte à une communauté protestante alors composée non seulement de Français mais de Néerlandais et d’Allemands.

L’importance des vagues successives d’émigration, estimées à 65 000 personnes au total dont 40 à 50 000 fuirent les persécutions du règne de Louis XIV, entrainent la création de nombreuses églises qui se structurent et s’organisent afin d’assister les nouveaux réfugiés. Au tournant du XVIIe et du XVIIIe siècles, on compte près d’une trentaine d’églises à Londres même et une petite vingtaine en dehors. La majorité d’entre elles sont dites non-conformistes c’est à dire fidèles à la tradition réformée continentale alors que quelques-unes adoptent la liturgie anglicane, qu’elles pratiquent en français.

Dans la capitale, les protestants s’installent à Spitafields, ainsi qu’au centre, à Soho. L’Est devient le centre textile où se développe le tissage de la soie. A Soho, on trouve notamment les horlogers, les orfèvres et les imprimeurs.

Cette histoire d’une incroyable richesse est préservée au sein des archives de la bibliothèque de l’Eglise : de sermons originaux manuscrits de Calvin, aux Chartes Royales octroyées pour l’ouverture de temples, aux minutes des réunions du Consistoire, ces documents retracent la vie d’une communauté face aux vicissitudes de l’histoire. Les récits touchants prennent corps à la lecture des listes de dons distribués pour soulager ceux qui ont souvent dû fuir en laissant leurs biens derrière eux.

Aujourd’hui, le Consistoire s’est lancé dans un nécessaire projet de restauration et de conservation de ce bâtiment classé, conçu en 1893 par Sir Aston Webb (architecte du Victoria and Albert Museum ou de la façade de Buckingham Palace) et qui a subi les attaques du temps. Fuites du toit, humidité des murs, vitraux cassés, systèmes d’électricité, de gaz et de plomberie archaïques en sont les témoins.

Notre besoin de financement est de plus d’un million de livres et nous nous devons d’élargir notre appel au-delà des frontières britanniques pour espérer le couvrir.

Pour plus de renseignements sur l’histoire du temple, le projet de restauration et la campagne de financement vous pouvez consulter notre site internet :  www.egliseprotestantelondres.org.uk.

Vous pouvez même y donner en ligne. Un grand merci d’avance !

 

par Bénédicte Fougier (Vice-Présidente du Consistoire de l’Eglise Protestante Frnçaise de Londres)

Chronique mensuelle des Amitiés huguenotes internationales (anciennement Comité protestant des amitiés françaises à l’étranger) diffusée sur France Culture, à 8 h 55, le 5 novembre 2017.

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