Des chefs d’œuvre des musées de Budapest sont exposés actuellement à Paris[1]. Si Budapest évoque la perle de l’empire austro-hongrois, on sait moins que c’est un foyer intense du protestantisme. La Réforme se diffusa très rapidement en Hongrie grâce à des prédicateurs de talent et la protection des princes ; à la fin du XVIe siècle, la Hongrie est à 80 % gagnée à la foi évangélique.

Sous l’occupation ottomane, les communautés protestantes restent actives à Budapest. Après la défaite des ottomans en 1686, les Habsbourg mènent une politique de recatholicisation et de persécutions. L’édit de tolérance de 1781 (25 octobre) restitue aux protestants les droits civiques et la possibilité de construire des églises, sans clocher toutefois. C’est en 1894 seulement que la pleine égalité leur est accordée. Commence une période de renouveau comme en témoigne l’architecture religieuse de ces communautés, malgré leur histoire très tourmentée sous les Habsbourg ou l’ère communiste. Les protestants constituent environ un tiers de la population du pays : Réformés principalement, Luthériens et Unitariens auxquels se rattache le compositeur Bela Bartok.

 

Notre promenade débute place Deak, carrefour de Budapest. Elle est flanquée d’une imposante église luthérienne de style classique. Le lycée luthérien à ses côtés, eut pour élève Sandor Petofi, le grand poète romantique ; le musée luthérien adjacent, comporte notamment le testament de Luther, la coupe de baptême de Kossuth, le héros de l’indépendance.

Calvin est à l’honneur avec la place du même nom dans le quartier universitaire, Temple de Budapestdominée par le bulbe du temple (1816) connu pour ses splendides vitraux art déco ; une statue de Calvin a été érigée en 2013 (450e anniversaire de sa mort) sur cette place emblématique. Tout près se trouve la prestigieuse université protestante Gaspar Karoli.

Sur les rives du Danube, se dressent deux temples remarquables, l’un néogothique, au pied du château, célèbre par ses tuiles vernissées et sa flèche, du grand architecte protestant Samuel Pecz ; l’autre, face à l’île Marguerite, édifié en 1940, avec son majestueux portique néo classique et    son campanile élancé.

Temple à Budapest

 

 

Le chef d’œuvre architectural est le temple de Fasor,Temple de Fasor. Vue intérieure. près du Parc de la ville, dans le quartier des ambassades. Ses murs couverts de majolique (Zsolnay), ses verrières, ses bronzes, en font un des joyaux de l’art Sécession à Budapest. Cette paroisse, avec ses écoles, fut un des hauts lieux de la Résistance à l’occupant nazi, un refuge pour les juifs puis pour les victimes du stalinisme.

Dans la même rue, un très beau sanctuaire luthérien néogothique de Pecz (1905-1913) comporte un retable du grand artiste luthérien Benczur et des vitraux Sécession (Miksa Roth, grand artiste verrier).

L’entre-deux guerres, avec le dépeçage du pays par le Traité de Trianon, voit un afflux de population, notamment de la Transylvanie protestante. L’expansion urbaine s’accompagne d’une intense phase de construction religieuse : les temples adoptent l’art déco, plus souvent le style régionaliste transylvain créé par le protestant Karoly Kos, comme celui de la cité jardin Weckerlé, inspiré des églises en bois dans les Carpathes.

Depuis la chute du rideau de fer de nombreuses églises réformées ou luthériennes sont édifiées : ainsi le célèbre temple en forme de prisme hexagonal, en acier et verre, dans le quartier de Kelenfold, a fait l’objet d’un prix national.

Ils témoignent de la vitalité religieuse retrouvée et du renouveau architectural de l’art sacré hongrois.

 

par Thierry Rousset (Émission du Comité protestant des amitiés françaises à l’étranger diffusée sur France Culture, à 8 h 55, le dimanche 1er mai 2016)

 

Bibliographie :

Ferenc Matits : Protestant churches, collection « Our Budapest », Commune de Budapest éditeur, 2003

Janos Krähling : Modern Hungarian churches, Periodicapolytecnica, 2011.

Tibor Fabiny: Guide du musée national luthérien, traduction du Dr Bela Harmati.

Internet : www.Reformatus.hu ;   www.Evangelikus.hu   ; www.Unitarius.hu

 

[1] Pendant que le musée des Beaux-arts de Budapest (Szépmüvészeti Múzeum) se lance dans une vaste campagne de rénovation qui l’oblige à fermer ses portes, les chefs-d’œuvre les plus remarquables, dont la collection des princes Esterhazy, seront exposés au Musée du Luxembourg, 19 rue de Vaugirard, Paris 6°, du 9 mars au 10 juillet 2016.

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