
Anduze de 1638
Pour Théodore de Bèze, le “successeur” de Calvin à Genève, le ministère de la parole et la discipline sont les deux traits qui font une “Église dressée”, une Église sur le modèle de Genève. A défaut, tout au plus peut-on reconnaître une “Église plantée”. De fait, dès le début des années 1540, en dépit de la répression antihérétique dans le royaume, de petites Églises clandestines sont signalées en France. Elles ont été “plantées” par des prédicateurs éphémères s’échappant dès que repérés, des maîtres d’école ou des religieux entrés en dissidence à la suite de lectures ou de voyages.

temple d'Anduze
D’après Théodore Bèze, la première Église réformée « dressée », à la genevoise, est née à Paris en septembre 1555. Presque en même temps sont « dressées » les Églises de Poitiers, Angers, Loudun, Meaux. En l’espace de cinq ans, dans toutes les provinces, plus de douze cents « petits troupeaux » se sont constitués en Églises réformées clandestines, sur le modèle de Genève. Le pullulement des Églises réformées en France entre 1555 et 1560 reflète un bond en avant des adhésions individuelles et familiales à la « nouvelle religion ». La population réformée du royaume atteint environ 10 % de la population globale : gens des villes pour la plupart, avec une forte présence de noblesse, d’élites municipales, de juristes. À ce moment, la clandestinité n’est plus tenable, pas plus que la politique de répression. Les assemblées se tiennent souvent au grand jour et en pleine ville.
Les Églises réformées « dressées » suivent la liturgie de Genève, avec le chant des psaumes. Elles sont pourvues chacune d’un corps d’anciens, tandis que les ministres passent fréquemment d’un lieu à l’autre et contribuent à l’essaimage. C’est ainsi qu’à Anduze, le 20 juin 1560, l’« Eglise de Dieu » est dressée, c’est-à-dire définitivement organisée. Des registres sont ouverts pour y consigner tous les actes publics : naissances, mariages, décès. Anduze a un pasteur venu de Genève, un consistoire composé de diacres et d’anciens. La rupture avec Rome est consommée. La population entière, hormis trois familles restées catholiques, entre résolument dans les rangs de la Réforme, y compris les prêtres et le vicaire d’Anduze.
par Denis Carbonnier