C’est le 28 avril que la Société Huguenote de Grande-Bretagne et d’Irlande a commémoré le 4ème centenaire de l’Edit de Nantes. Un culte a été célébré à l’Abbaye de Westminster puis, le présidente de la Société et un descendant des trois dames huguenotes enterrées dans l’Abbaye ont déposé une gerbe sur leur tombe. Cette cérémonie a été suivie d’une réception à la Chambre des Lords. La présence à ces manifestations de l’ancien archevêque de Cantorbéry, des ambassadeurs de France et de Grande-Bretagne dit assez le rayonnement de cette société avec laquelle nous entretenons d’étroites relations.

Qui sont ces trois dames enterrées à l’Abbaye de Westminster ? Il s’agit de la grand-mère, de la mère et de la fille, toutes trois prénommées Esther.

La première Esther était l’épouse de Barthelemy Hervart qui fut contrôleur général des finances de Louis XIII. Sans l’existence de l’Edit de Nantes, il n’aurait jamais pu occuper une charge aussi importante. Leur fille Esther épousa en 1656 le marquis Charles de la Tour du Pin de Gouvernet. Cette famille se lia d’amitié avec l’envoyé extraordinaire du roi d’Angleterre Charles II : Henry Saville. Celui-ci demanda pour son neveu Lord Eland la main de leur fille prénommée également Esther. Le mariage eut lieu en 1684.

Au moment de la Révocation de l’Edit de Nantes, la marquise de la Tour du Pin de Gouvernet et madame Hervart, toutes deux demeurées veuves, vivaient en Suisse. Pendant deux ans, la marquise adressa suppliques sur suppliques à Louis XIV, lui demandant l’autorisation de rejoindre avec sa mère, en Angleterre, sa fille lady Eland. Finalement il y consentit et, fait exceptionnel, elles furent autorisées à emmener tous leurs biens, à la seule condition que la marquise ne prenne pas avec elle ses autres enfants. Ils restèrent donc en France et abjurèrent. Avant de disparaître, la marquise, restée seule, fit ériger en mémoire de sa fille disparue en 1694, un monument au pied duquel elles reposent toutes trois.

Pour marquer solennellement le 4ème centenaire de l’Edit de Nantes, la Société Huguenote de Grande-Bretagne et d’Irlande décida de recueillir des fonds en vue de restaurer l’épitaphe aujourd’hui à demi effacée, gravée sur le monument des trois dames huguenotes, les trois Esther. Ce qui a été achevé pour la cérémonie du 28 avril.

J’ajoute que de nombreux huguenots ou descendants de huguenots ayant servi leur nouvelle patrie avec distinction, reposent à l’Abbaye de Westminster.

(Emission du Comité Protestant des Amitiés Françaises à l’Etranger diffusée le dimanche 2 août 1998, à 8h25, sur France Culture).
Par André CLEMOT
« La Lettre » N°22 de décembre 1998

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