Robert Baden-Powell

Robert Baden-Powell

Il y a cent ans naissait le scoutisme. Son inventeur, Robert Baden-Powell, était un officier anglais de cinquante ans qui avait passé l’essentiel de sa carrière dans les armées coloniales. Comme beaucoup de ses contemporains, il avait acquis la conviction que, faute de régénérer la vigueur physique et morale de sa jeunesse, la puissance britannique était vouée au déclin. Pour remédier à cela, Baden-Powell avait mis au point une méthode originale d’éducation, qu’il avait lui-même expérimentée en emmenant une vingtaine de jeunes garçons camper sur l’île de Brownsea, en août 1907. Très largement inspirée de la pédagogie moderne des new schools britanniques, la méthode de Baden-Powell accordait une place centrale à l’éducation physique et au plein air. Appréhendant l’adolescent avec optimisme, elle lui accordait une large autonomie afin de développer chez lui le sens de l’initiative et des responsabilités. Enfin, Baden-Powell affublait ses boy-scouts d’un costume colonial et développait autour de sa méthode un univers d’aventure propre à séduire l’esprit romanesque des adolescents.

Le succès du scoutisme s’étendit rapidement au-delà des frontières du Royaume-Uni. En France, les premières tentatives d’application furent menées entre la fin de l’année 1910 et le début de l’année 1911. Contrairement à une idée reçue, ce ne sont pas les Églises, protestantes et catholique, qui furent à l’origine de ces initiatives, mais des individus qui voyaient dans le scoutisme un moyen de renouveler l’éducation physique, morale et civique de la jeunesse par le plein air et la pédagogie moderne.

Parmi ces initiateurs, les responsables des Unions chrétiennes de jeunes gens jouèrent un rôle de premier plan. En effet, ce mouvement protestant de jeunes adultes s’était doté quelques années plus tôt de sections cadettes rassemblant des enfants et des adolescents des quartiers populaires. Mais ces patronages unionistes s’avéraient décevants. Les activités proposées semblaient mal adaptées et les cadets peu motivés. Le scoutisme, en revanche, suscita immédiatement leur enthousiasme et celui des adultes chargés de les encadrer. Dès le printemps 1911, des patrouilles d’éclaireurs commencèrent à être organisées au sein des sections cadettes.

Aux yeux des responsables des Unions chrétiennes, la méthode de Baden-Powell apparaissait en premier lieu comme un moyen d’adapter les principes de l’éducation nouvelle aux jeunes des quartiers populaires. L’uniforme, l’organisation hiérarchique, la loi et la promesse de l’Éclaireur, l’appel au sens de l’honneur et à l’autodiscipline semblaient offrir des garanties suffisantes pour que l’on ose mettre en œuvre une pédagogie fondée sur la liberté et l’autonomie de l’adolescent auprès d’un public réputé indocile et frondeur. En second lieu, le scoutisme permettait d’utiliser les ressorts de cette pédagogie moderne dans la perspective d’une éducation spirituelle visant à ancrer solidement l’adolescent dans la foi chrétienne.

Le mouvement des Éclaireurs unionistes, formé par la transformation des sections cadettes en troupes d’éclaireurs reçut bientôt l’adhésion de nouvelles unités fondées dans le cadre de paroisses protestantes. Il devait alors s’accroître jusqu’à devenir, dans l’entre-deux-guerres, le principal mouvement de jeunesse protestant français.

Cette brève histoire de l’invention du scoutisme et des conditions dans lesquelles il fut adopté par le protestantisme français nous rappelle un aspect essentiel de la méthode de Baden-Powell : la recherche d’un équilibre entre la dose d’autorité que comporte nécessairement toute éducation et la part de liberté sur laquelle repose toute pédagogie regardant la jeunesse avec confiance et optimisme. C’est probablement en cela que le scoutisme, maintenant centenaire, reste encore d’actualité.

(Emission du Comité Protestant des Amitiés Françaises à l’Etranger, diffusée sur France-Culture à 8h25, le dimanche 1er avril 2007, texte lu par Christiane Guttinger.)

par Arnaud Baubérot (Université de Paris 12 – Val-de-Marne)

Lettre N°39

Arnaud Baubérot a publié, L’invention d’un scoutisme chrétien. Les éclaireurs unionistes de 1911 à 1921 , Ed. Des Bergers et des Mages, repris par les éditions Olivétan, à Lyon (tél.04 72 00 08 54) ou disponible auprès de l’auteur, 25,80 port inclus.

Il a aussi dirigé un ouvrage collectif, Le scoutisme entre guerre et paix au XXe siècle, Ed. L’Harmattan, 2006, 21,20 €

Le centenaire du scoutisme donne lieu à diverses manifestations recensées sur le site de la FPF. et Arnaud Bauberot interviendra, dans l’après midi du 2 septembre, lors de l’Assemblée du Désert (voir dernière page de couverture).

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